Le blog du kraken

mai 26, 2007

La désinformation

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 8:34

« La désinformation consiste à propager délibérément des informations fausses pour influencer
une opinion et affaiblir un adversaire. »
- “Propager” sous-entend un caractère public. Plus que le simple bouche-à-oreille ou l’usage de
messages privés, il faut avoir recours à des médias et à des vecteurs.
- “Délibérément” demande au moins chez l’acteur la connaissance de sa finalité, même si les
“repreneurs” et propagateurs de l’information peuvent être inconscients du processus. Qui se
ment à soi-même par erreur ou aveuglement idéologique ne peut désinformer mais seulement
répandre la désinformation.
- “Des informations” ce qui requiert qu’il s’agisse de relations de faits, de descriptions de la
réalité, non de simples jugements moraux ou opinions. La désinformation a pour base la
description d’événements fictifs.
- “Fausses” implique qu’elle comportent des affirmations contraires à la réalité ou recadrées de
façon à en altérer l’interprétation. Il ne saurait s’agir de simple rhétorique, d’exagération, etc. qui
ne constituent pas un processus de falsification. Ni même de constructions ou explications de la
réalité à l’aide de stéréotypes ou catégories idéologiques. Le mensonge dans la désinformation
porte sur la réalité qu’il décrit, sur la personne ou l’appartenance de qui la rapporte et sur le but
de son énonciation qui est de provoquer un dommage. Cela en fait une sorte de mensonge au
cube. Et un jeu à trois : initiateur, public, victime. La désinformation fait souvent appel de
véritables mises en scène ou la construction d’apparences de réalité. Cela marque la frontière
entre la falsification et la simple illusion. Les politiques de “deux poids deux mesures” dans la
présentation des faits par les médias lorsqu’ils donnent plus de place à ce qui accable un camp
qu’un autre ou les procédés de ceux qui n’appliquent pas les mêmes critères d’indignation en
fonction d’un régime ne constituent pas de la désinformation.
- “Pour influencer une opinion” veut dire que l’on cherche à imposer une croyance ou des
attitudes à un public plutôt qu’une décision à un responsable, même si les deux peuvent se
combiner. Ce public peut être l’opinion adverse, des alliés, des neutres ou l’opinion
internationale en général ; on peut viser le grand public ou des cercles plus restreints. La
désinformation se distingue de l’intoxication qui est la fourniture délibérée d’éléments de
décision erronée à l’adversaire. La désinformation n’est possible que là où existent un espace
public, un lieu de débat et une pluralité d’opinion et de connaissances. Elle n’a de sens que là où
sont en concurrence diverses sources de savoir et diverses interprétations. Big Brother ne
désinforme pas, il contrôle le présent, le passé et le futur, il contrôle jusqu’à la langue même.
Dans un système totalitaire, il y a la vérité officielle et la rumeur clandestine. Le dictateur dicte
ce qui doit être su et cru, et pour y résister on ne peut recourir qu’à une propagation clandestine
de contre-information. La désinformation n’est donc possible que là où il y a connaissance
imparfaite de la réalité, non-fiction absolue, là où règne au moins un pluralisme apparent.
- “Et affaiblir un adversaire” : la désinformation est un instrument utilisé dans un conflit. Elle
sert à diminuer les capacités offensives de l’autre. Ceci se fait, soit en divisant l’autre camp, soit
en l’inhibant (moralement, par désorganisation, etc…). Ce procédé vise à produire un dommage.
En cela, la désinformation, toujours négative ou agressive, diffère de la publicité commerciale,
de l’endoctrinement, etc. dont la finalité est d’obtenir l’adhésion. C’est pourquoi elle recourt à
l’imputation d’actes ou d’intentions inavouables à l’adversaire, à la perversion de son image ou
plus simplement encore la désinformation accroît la confusion et le désordre. Elle devient alors
le contraire de l’information au sens étymologique : mise en forme de connaissances. Ceci se
réalise à travers deux dimensions de la croyance qu’elle suscite : d’une part comme incitation
propageant des passions et sentiments de manière quasi épidémique, telle de la haine, et, d’autre
part, comme représentation erronée, confuse, biaisée de la réalité. Le délire idéologique, la
faculté d’auto-illusion, la clôture informationnelle, l’hallucination interprétative, et tant d’autres
formes de déni de la réalité dont il existe de multiples exemples ne constituent pas de la
désinformation, pour autant qu’elles ne sont pas dirigés contre un adversaire.
La désinformation se distingue ainsi du mensonge, de la ruse, de l’intoxication, de la légende, de
la rumeur, de la publicité, du bobard journalistique, du faux bruit, du trucage, de la rhétorique, et
de la propagande, même si elle fait peu ou prou appel à ces éléments.
Internet s’est souvent révélé le domaine où la mauvaise information chasse la bonne. Il manque
des procédures d’accréditation ou de vérification fiables. Ce que nous avons théoriquement
gagné en pluralité de sources d’information, il se pourrait que nous l’ayons perdu en capacité de
vérifier les sources ou en temps de réaction. Comment la vieille désinformation joue-t-elle de
tant de mésinformation potentielle ?
La technique change les facilités, les fragilités et les finalités de la désinformation.
La facilité de la désinformation s’accroît.
La production est simplifiée La fabrication de faux, y compris de fausses images numériques
parfaites, est à la portée de tous les logiciels. Leur introduction sur Internet, parfois de façon
anonyme et plus vite que les grand médias, est accessible à tout un chacun. Plus besoin
d’imprimerie ou de bureaux, plus besoin de soumettre sa prose à un directeur de publication
pénalement responsable.
La propagation – cela va de soi - est plus commode : les réseaux échappent à toutes les frontières
ou à toutes les censures
La réception rencontre moins d’obstacles : l’énorme masse de l’information disponible, plus le
nombre de sites ou de médias classiques qui se recopient mutuellement. Le tout n’encourage
guère l’esprit critique.
Le plus jeune média du monde réactive le plus archaïque : la rumeur. Elle se caractérise par son
contenu (elle porte sur des sujets amusants, surprenants, croustillants ou scandaleux, souvent en
rapport avec de grands thèmes symboliques, l’argent caché, le complot, l’empoisonnement,
etc…) La rumeur suppose aussi un minimum de vraisemblance : soit elle dénonce une faute ou
un scandale, soit elle relate un malheur, une catastrophe. Elle a un certain degré de rareté et de
confidentialité qui lui donne sa valeur d’échange (il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent
pas). Elle semble ou prétend souvent contredire une vérité ou un silence officiel et surtout,
surtout elle se réclame d’une source inconnue ou invérifiable, toujours indirecte. Toutes les
conditions sont donc réunies pour faire d’Internet son milieu de propagation idéal.
L’existence de communautés d’internautes recherchant la moindre occasion de diffuser et
commenter une nouvelle, de lancer une chaîne, de se valoriser en étant les premiers informés le
rend aussi réceptifs aux cancans de commères en réunion. Le village global annoncé par Mc
Luhan est bien un village, y compris par la médisance et la vacuité des propos.

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