Le blog du kraken

juin 12, 2007

La chasse aux pirates2

Classé dans : Liberté d'internet — derkraken @ 9:54

Piratage: les FAi bientôt chargés de la prévention auprès de leurs clients?

Le nouveau gouvernement travaillerait sur un projet de décret pour imposer aux FAI d’envoyer à tous leurs abonnés des messages de prévention contre le téléchargement illégal d’oeuvres. Un premier pas vers la riposte graduée ?

Juridique

Les internautes pourraient bientôt recevoir des messages de prévention contre le piratage dans leur boîte e-mail. Selon des projets de décret et d’arrêté que s’est procuré le quotidien Les Echos, le gouvernement a déjà planché sur la question. Son objectif: créer une nouvelle obligation pour les fournisseurs d’accès internet (FAI), d’informer leurs clients au sujet de la contrefaçon et du téléchargement d’oeuvres protégées.

Actuellement, les FAI n’ont qu’une seule contrainte: faire apparaître la mention «La piraterie nuit à la création artistique» sur leurs publicités vantant la vitesse de téléchargement permise par le haut débit. Cette obligation date de 2004 et de la Charte que les FAI ont signée avec les ayants droit de la musique. Le gouvernement désire aujourd’hui qu’ils fassent plus, en envoyant au moins deux fois par an, un message de prévention par e-mail, révèlent Les Echos.

Son contenu: il rappellerait que le téléchargement ou la mise à disposition d’oeuvres protégées via internet est interdite. Et mentionnerait les sanctions auxquelles s’exposent les contrevenants: «Cette violation est passible de condamnations civiles et de sanctions pénales.»

La ministre de la Culture favorable à la riposte graduée

Ce dispositif est différent du concept de riposte graduée, cheval de bataille de l’industrie du cinéma qui a failli être adopté lors du vote de la loi Dadvsi. Dans le cas de la riposte, il s’agit d’envoyer des courriers électroniques automatisés aux internautes, repérés par les ayants droit en train de télécharger illégalement. Le premier e-mail serait une simple mise en garde; les sanctions tombant si l’internaute en question venait à récidiver (amendes, voire procès).

Les ayants droit plaident depuis longtemps pour cette solution, mais la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) s’était opposée aux systèmes de surveillance automatisés qu’ils avaient choisi pour traquer les fraudeurs. Cet obstacle est levé depuis fin mai, et l’annulation par le Conseil d’État de la décision de la Cnil. Les sociétés d’auteurs travaillent donc actuellement sur une nouvelle mouture de leur système.

Christine Albanel, la nouvelle ministre de la Culture, s’est déjà prononcée en faveur de la riposte graduée, et a exhorté FAI et ayants droit à se mettre d’accord sur le sujet. En attendant, le gouvernement se prépare donc à renforcer l’obligation de prévention qui incombe déjà aux FAI. Les décrets en question ont été examinés et validés par la Commission parlementaire des P&T, et doivent encore être soumis à l’Arcep.


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juin 7, 2007

L’ouverture de la chasse aux pirates

Classé dans : Liberté d'internet — derkraken @ 6:29

Au terme d’une longue enquête, Ratiatum est en mesure de révéler les raisons pour lesquelles aucune poursuite judiciaire contre des pirates français ne devrait avoir lieu avant de longs mois, voire avant plusieurs années. Notre enquête met à jour plusieurs anomalies que tentaient jusqu’à présent de dissimuler les chasseurs de pirates et leurs clients. Informée de certains éléments de cette enquête et contactée mercredi par téléphone pour y répondre, la Société Civile des Producteurs Phonographiques (SCPP) “ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet pour le moment”.

Petit rappel des faits :
Le 17 janvier 2005, nous apprenions que deux prestataires parisiens, AdVestigo d’une part, et CoPeerRight Agency d’autre part, étaient clients de la SCPP pour automatiser la chasse aux pirates. “AdVestigo pour la caractérisation du traitement des empreintes de fichiers sur les réseaux, et nous-mêmes pour la recherche et l’identification”, nous confirmait alors Stéphane Michenaud, le responsable de la société CoPeerRight Agency. En septembre dernier, plusieurs grands journaux dont Libération relatent un conflit entre les deux sociétés prestataires, sur fond de violation de brevets industriels. “On a l’impression que CoPeerRight est en train de s’écrouler et fait tout pour garder ses clients”, déclarait alors Marc Guez, le président de la SCPP (qui rappelons-le, n’a pas souhaité s’exprimer sur les résultats de notre enquête). Alors est-ce vraiment la raison qui a poussé CoPeerRight Agency à attaquer son concurrent ? C’est ce que nous avons voulu vérifier en retraçant tous les évènements un à un.

La SARL CoPeerRight Agency (CPRA) gérée par Stéphane Michenaud a été immatriculée au RCS de Paris le 21 mai 2003. Dès le 27 mai, la société dépose une première demande de brevet (.pdf) portant sur un “procédé et système pour lutter contre la diffusion illégale d’oeuvres protégées dans un réseau de transmission de données numériques”. En clair, CPRA demande en 2003 à l’Etat français de lui accorder le monopole d’exploitation sur certaines techniques antipiratage, en particulier celles qui visent à envoyer des fichiers corrompus sur les réseaux P2P en se faisant passer pour de vrais utilisateurs. Le brevet est délivré le 29 juillet 2005. Dans son premier jet, CPRA revendiquait également des droits sur la recherche des fichiers mis en partage par les utilisateurs, mais l’état de la loi en 2003 ne lui permettait pas d’ajouter la collecte d’informations sur les utilisateurs eux-mêmes. C’est la révision de la loi informatique et libertés obtenue en août 2004 qui va permettre à CPRA de demander une modification de son brevet (.pdf) à l’INPI pour apporter en première revendication le fait d’obtenir les “caractéristiques du fichier trouvé ainsi que des informations d’identification de l’utilisateur mettant en partage le fichier trouvé”. Après une longue étude du dossier et des garanties apportées par la société à la protection des données personnelles des internautes français, la CNIL donne son agrément en mars 2005 à CPRA pour constituer un fichier d’infractions à partir de ces procédés, sous le mandat d’un syndicat. La demande divisionnaire (celle qui permet de modifier le premier brevet) est déposée le 5 avril 2005, et elle est juridiquement réputée déposée à la date de dépôt du brevet modifié, c’est-à-dire le 27 mai 2003.

Et c’est là que les choses commencent à sentir le vinaigre pour AdVestigo, le concurrent de CPRA, et pour l’industrie du disque. Car alors qu’elle n’était censée selon les dires de la SCPP ne s’occuper que de la partie “caractérisation du traitement des empreintes de fichiers sur les réseaux”, AdVestigo a en fait offert les mêmes services de recherche et d’identification que son concurrent. En d’autres termes elle aurait violé le brevet de CPRA. Cette dernière l’apprend à ses dépens lorsque le président de la SCPP, Marc Guez, leur indique par un mail du 22 mars 2005 que la proposition commerciale de CPRA “se situe à un niveau de prix nettement plus élevé que celui de l’accord passé avec AdVestigo”. Privée ainsi de son marché, CoPeerRight Agency obtient le 1er juillet 2005 du TGI de Paris le droit d’effectuer une saisie contrefaçon (c’est-à-dire une perquisition visant à rassembler les preuves d’une contrefaçon du brevet) dans les locaux d’AdVestigo. Elle sera réalisée cinq jours plus tard, le 6 juillet. Constatant dans le rapport de saisie qu’elle a de sérieux éléments contre AdVestigo, laissait croire à la violation 11 revendications de son brevet sur 13) CPRA assigne son concurrent en contrefaçon le 20 juillet, et demande près de 4,5 millions d’euros de dommages et intérêts.

Lors de notre enquête, nous avons eu communication des 16 pages de l’assignation (.pdf), un document privé que la société AdVestigo aurait bien aimé garder secret. Et pour cause :

AdVestigo utilise MLDonkey, un logiciel open-source sous licence GPL.

En page 6 de l’assignation, il est marqué qu’AdVestigo déclare mettre en oeuvre “plusieurs protocoles de réseau poste à poste à l’aide d’un logiciel ’sous licence GPL normalement non commercialisable’, appelé MLDonkey”. Contactée par Ratiatum lors de cette découverte, AdVestigo a semblé des plus embarrassée et nous a rappelé le caractère confidentiel du document. Un logiciel sous licence GPL ne peut pas être exploité commercialement sans au minimum communiquer les sources aux clients. Ne sachant que nous répondre de prime abord, c’est après quelques heures qu’Advestigo prendra position en nous affirmant que le logiciel MLDonkey n’est pas exploité commercialement par la société, mais n’est utilisé qu’à des fins de tests. De plus, “nous n’avons pas touché un seul octet du code source”, nous assure la société.

En quelques mois, les évènements s’enchaînent. En avril 2005, CoPeerRight Agency fait savoir à AdVestigo et aux sociétés clientes (SCPP, Sacem et SDRM) qu’elle a déposé une demande de brevet portant sur l’identification des pirates, et que cette demande bénéficie d’une date d’antériorité remontant en 2003. Le 13 juillet, AdVestigo assigne CoPeerRight Agency en référé et l’accuse de “dénigrement à son égard”. AdVestigo produit pour seule preuve un mail envoyé le 23 mars à Marc Guez (lequel l’a relayé à AdVestigo) dans lequel CPRA indiquait à la SCPP ses soupçons de contrefaçon à l’encontre d’AdVestigo. Le juge déboute AdVestigo. Dans la même période, le 31 mars, c’est Marc Guez lui-même qui invite CPRA à porter plainte contre ses concurrents. “En ce qui concerne les atteintes aux droits de propriété intellectuelle de votre société auxquels la société AdVestigo porterait atteinte, il vous appartient de faire valoir ceux-ci par tout moyen de droit qui vous paraîtrait pertinent”, écrit ainsi le patron de la SCPP.
Suivant ces conseils avisés, le 3 août 2005, en plus d’AdVestigo qui était déjà sous le coup de la procédure lancée le 20 juillet, CoPeerRight Agency attaque la SCPP et les deux autres sociétés de gestion collective commanditaires des plaintes contre les internautes français. Selon CoPeerRight Agency la Sacem, la SCPP et la SDRM auraient dû revoir les termes de leur relation commerciale dès qu’ils ont eu connaissance de la teneur du brevet amendé le 5 avril et de sa probable violation par AdVestigo. En restant clients et en continuant d’utiliser les services contrefaits d’AdVestigo, les trois sociétés seraient elles-mêmes devenues contrefactrices. Un comble pour celles qui souhaitaient lutter contre la contrefaçon.

Une chasse aux pirates sans doute gelée pour plusieurs années

CoPeerRight Agency n’attend pas de jugement du TGI de Paris avant le mois de juillet 2006. D’ici là, les sociétés collectives d’auteurs et de producteurs sont totalement bloquées, et AdVestigo se retrouve dans une situation des plus difficiles. La société concurrente de CPRA n’a même pas encore reçu le feu vert de la CNIL, un précieux sésame sans lequel aucune recherche d’infraction sur Internet ne peut être réalisée en France.

“Nous sommes complètement sereins”, nous assure toutefois AdVestigo, qui préfère pour le moment “attendre de voir ce qui va se passer”. D’ores et déjà en cas de victoire, CPRA s’attend à ce qu’AdVestigo prolonge l’affaire en appel puis éventuellement en cassation, ce qui pourrait maintenir le gel encore plusieurs années.

Il faut également noter que la demande de brevet divisionnaire de CPRA (déposée le 5 avril) n’a pas encore été délivrée par l’INPI. Mais AdVestigo promet déjà d’attaquer le brevet en nullité (c’est-à-dire le faire annuler en contestant sa validité) dès que le dépôt donnera lieu à délivrance du titre officiel, ce qui devrait être le cas d’ici la fin de l’année. Là encore, il s’agit de procédures très longues susceptibles de recours en appel et cassation, et l’action en contrefaçon ne pourra être jugée qu’après avoir examiné la validité du brevet.

Pendant tout ce temps, aucune chasse aux pirates ne pourra avoir lieu au profit de l’industrie musicale.

La chasse aux pirates, une activité peu rentable

Malgré des contrats se chiffrant à plusieurs dizaines de milliers d’euros mensuels, la recherche et l’identification d’internautes pirates sur les réseaux P2P n’est pas une activité rentable. Stéphane Michenaud, le directeur de CoPeerRight Agency, nous l’a confirmé de vive voix. “Il s’agit d’une activité qui demande énormément d’investissement en machines et en main d’oeuvres, qui ne peut pas être rentable”, nous a-t-il ainsi affirmé lors de cette enquête. Du côté d’AdVestigo, la déclaration est moins ferme, mais le fond reste le même. “Nous avons trop peu d’historique pour savoir s’il s’agit d’une activité rentable”, nous indique ainsi la société. Rien que pour répondre aux demandes de la Sacem et surveiller pour son compte les actes de piratage sur environ 10.000 oeuvres musicales, Advestigo prévoit une batterie de huit serveurs dédiés. La société embauche à temps complet 25 personnes, tandis que CPRA compte 12 employés en France, et davantage encore dans les locaux de sa filiale canadienne.

Pourquoi donc persister dans ce domaine s’il est si peu rentable ?

Du côté de CPRA, on mise sur les marchés européen, américain et asiatique, et surtout sur l’exploitation de données statistiques du P2P à des fins marketing. Chez Advestigo, c’est à court terme le seul marché européen qui est en vue, alors que d’ici cinq à dix ans l’essentiel du chiffre d’affaires du prestataire devrait se réaliser sur le marché des entreprises. AdVestigo teste en effet sa technologie d’empreinte des contenus sur le piratage des oeuvres multimédia, mais pour l’adapter ensuite et surtout à la surveillance des communications (messageries instantanées, e-mail,…) au sein des entreprises.

La chasse au pirate peut donc bien s’arrêter, ça ne dérangera guère que ceux qui espéraient encore pouvoir briser le P2P à coup de procès…

L’article date du 7 octobre 2005. On attend avec impatience les nouveautés et les évolutions en matière de lutte contre le p2p promis par le nouveau gouvernement.


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juin 4, 2007

Les 10 vérités qui dérangent sur “Ratiatum” au sujet du piratage

Classé dans : Infos — derkraken @ 8:32

PC Inpact a traduit la liste des 10 “vérités qui dérangent” (hommage à Al Gore) au sujet du piratage de la musique, établie par la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (IFPI). Puisqu’il est toujours nécessaire d’établir un dialogue constructif, Ratiatum a établi sa propre liste des 10 vérités qui dérangent l’industrie du disque (vous pouvez faire votre propre liste sur le forum de Ratiatum) :

1. Lorsqu’un consommateur achète un CD 16 euros, moins de 1 euro revient à l’artiste créateur de l’oeuvre.

2. L’industrie du disque a mis 10 ans à accepter de vendre de la musique sans DRM sur Internet, et seule EMI s’est pour l’instant pliée à cette demande continue des consommateurs.

3. Le droit d’auteur qui maintient un monopole de droits pendant 70 ans après la mort de l’auteur n’a aucune justification sociale ou économique, elle paralyse le renouvellement de la création au profit de l’exploitation continue des fonds de catalogue les plus populaires.

4. Les artistes-interprètes n’ont jamais eu autant de public dans les salles que depuis l’avènement de Napster.

5. AllofMP3.com a mis en évidence qu’il était possible de vendre de la musique aux internautes pirates, à condition de trouver un point d’équilibre entre l’offre et la demande.

6. La lutte acharnée contre les éditeurs de logiciels de P2P commerciaux comme Napster, Kazaa ou eDonkey a provoqué le développement continue d’offres de P2P libres et open-source avec lesquels il est impossible de négocier des accords de distribution légale.

7. La lutte contre les utilisateurs de logiciels de P2P libres et open-source favorisera le développement d’offres de P2P sécurisés et anonymes qui rendront la lutte très complexe et coûteuse voire impossible.

8. Le développement du piratage des chansons sur Internet n’a pas été contre-balancé par une politique de revalorisation de l’objet CD vendu en magasin. Au contraire, il y a eu une accentuation de la baisse de gamme et de la baisse des prix avec des boîtiers standardisés sans saveur.

9. Alors que toute l’histoire du développement du web montre une tendance générale à faire de l’internaute le premier promoteur des contenus, l’industrie du disque a refusé la licence globale qui visait à accorder aux internautes les mêmes droits et les mêmes devoirs (de rémunération) qu’aux stations de radios, les promoteurs traditionnels. Elle garantissait un nouveau canal de revenus à la filière musicale.

10. Le rôle des maisons de disques dans la chaîne de création et de distribution des oeuvres tend à se réduire à peau de chagrin, et c’est au fond ce qui les encourage à porter plainte aveuglément contre leurs propres clients.


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L’avenir du disque

Classé dans : Textes — derkraken @ 7:51

Il eut d’abord le cylindre, en suite le disque de cire, puis de vinyle pour finir avec le support laser. Qu’y aura t-il après ?

Bien sincèrement, le disque tel que nous le connaissons, risque de laisser place à la mémoire non volatile ou flash si vous préférez, le but ultime de tout systèmes électroniques etant de supprimer tout ce qui est mécanique, or un disque, même si la lecture est optique il faut qu’il tourne, donc mécanique. L’avenir est à la flash, au memory stick si vous préférez et comme cette technologie a tendance à la miniaturisation à l’extrême, je ne serai pas étonné de voir, dans 10 ans, 10Go dans une carte de la taille d’une pièce de 1€. Je crois même, comme c’est très à la mode, que ces flash seront plutôt du format d’une carte de crédit et si nos support audio numérique ou/et vidéo atteignent un jour de tel taille, plus besoin de pochettes ou de jaquettes, donc plus besoins d’acheter physiquement ces médias, la mort du disquaire et des maisons de disques est donc bien proche.

Il est certain que demain tous nos films, livres, revues, disques, … préférés ne seront plus disponibles que par internet, sauf quelques exceptions et cela veut aussi dire la fin du monopole des maisons d’éditions qui n’auront plus de raison d’être, tout individu pourra créer sa propre maison d’édition et vendre ses oeuvres sur le net librement (dans un certain cadre juridique évidemment).Les auteurs n’auront plus les mêmes pouvoirs qu’aujourd’hui, pas qu’ils en auront plus ou moins, mais leurs pouvoirs seront différents, ils pourront créer, mais ne pourront plus maîtriser la circulation de leurs oeuvres, les majors ont beau faire de la répression, le peer to peer est là et pour longtemps, il en existe même des cryptés dont il est impossible de savoir ; qui échange quoi avec qui.

Et le droit d’auteur ?

Avec le numérique, il sera impossible de contrôler le transport des données, mis à part dans les lieux publiques et les sites publiques, le reste sombrera dans un marché noir, dans une circulation illicite et incontrôlable.

Comment faire, pour contrôler le caractère légale des informations ?

- Tout filtrer et/ou Placer des agents de polices virtuel prendrai trop de ressources.
- Limiter la bande passante, interdire l’accès au web serait contre l’évolution des nouvelles technologies.
- Protéger les fichiers avec des DRM ou autre systèmes me rappel les logiciels aux protections infalsifiables, ça tiendrait quelques temps, mais c’est tout.

Le mieux est de faire prendre conscience des enjeux, créer une sorte de déontologie, la répression ne fait qu’installer la fraude et les mauvaises attitudes et si aujourd’hui la répression est encore possible, qu’en sera t-il demain quand le trafic numérique sera tellement intense qu’il sera impossible de contrôler quoi que ce soit, là il sera trop tard, les mauvais habitudes seront prise et définitivement ou bien alors on sombre dans la propagande avec incitation à la délation, comme au temps du petit moustachu.

C’est aujourd’hui qu’il faut prendre les choses en main et proposer quelque chose de viable, de réellement viable et le copyleft l’est.

Quand on parle de copyleft beaucoup disent « Et comment vont vivre les artistes ? », selon le journal Libération, Nouvel Observateur et d’autres sources, peu d’artistes et mêmedes artistes très connus ne vivent pas de leurs activités culturelles, à peine 10 à 15 % d’entre-eux selon les différentes sources, pire des artistes aussi connus que Les Wampas, Anne Pierlé, Musta Largo, Autour de Lucie, … sont aux limites de la précarité.

C’est ça que les majors appel faire vivre les artistes et que les télécharger illégalement les tuent !

Mis à part Johnny (et encore), JJ Goldman, C Dion, H Segara, .. le system tel que nous le connaissons ne fait vivre que très peu d’artistes, pire il les opprime et pour preuve un témoignage parmi tant d’autres, celui de Grazielle de Michele, vous vous souvenez « le pull-over blanc », se plaint que sont album « le Clown d’Alicante » est sorti depuis 10 ans et jamais il ne fût commercialisé, rappelez vous aussi Axel Bauer (Cargo de Nuit) qui a réalisé quelques albums jamais sortis, car jugés non rentables.

L’industrie du disque ne fait vivre que leurs patrons et actionnaires et quelques artistes, payent leurs personnels et puis c’est tout.

Une bonne solution serait d’encourager la contribution volontaire, le mécèna, le sponsoring d’artiste. Imaginez si un artiste aussi connu que Calogero distribuait son CD librement sur son site avec une bannière publicitaire, tout comme au début d’internet, ces webmaster qui se faisaient un peu d’argent avec la pub sur leur site. En suite l’artiste peu se faire rénumérer pour des prestations publiques ou autres …
Artistes, le monde change, prenez le train en marche !

La mort de ces grosses sociétés d’éditions ne peut être que bénéfique pour l’artiste et légitime dans un monde ou chacun peut s’exprimer librement avec des moyens tel qu’internet. Ce monde arrive devant nous, sachons nous y adapter.


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CE QUE POURRAIT ÊTRE UN ART LIBRE

Classé dans : Textes — derkraken @ 7:41

CE QUE POURRAIT ÊTRE UN ART LIBRE
Jean-Pierre Depétris
1. L’art sort du marché

1. L’art du vingtième siècle était dans le système marchand, dans le même sens où l’art rupestre était dans les grottes, ou l’art sacré dans les temples.
Il était un art marchand, comme on dit art sacré, art rupestre.

2. Pourquoi le dire au passé ? Il existe bien encore un marché de l’art, un marché du livre, un marché du disque, sans parler d’un très grand marché du multimédia. Le marché existe, mais y distingue-t-on encore un art contemporain, comme furent visibles dans le marché, disons au hasard, Rembrandt, Turner ou César ?

3. Il y a dix ans encore, j’étais persuadé que ce marché privé de l’art allait être remplacé par un marché public. Le marché public n’a rien changé à la disparition de l’art du marché.
On passe seulement d’un marché privé de l’art à un marché privé d’art.

4. En cherchant bien, on trouvera peut-être dans ce marché quelques œuvre intéressantes. Elles s’y noient bien plus qu’elles n’y apparaissent.
L’art contemporain n’apparaît plus dans le marché, alors qu’il y a peu de temps encore, on ne le trouvait que là. Il n’apparaissait pas en dehors.

2. L’art et la marchandise

5. Comment l’artiste était-il entré dans le marché ? Sous l’ancien régime des privilèges, il y est entré par « privilège du Roi », sous la révolution bourgeoise, il y est entré par la reconnaissance de son « droit de propriété », avec les idées socialistes, il y est entré comme « travailleur intellectuel ». Depuis la seconde guerre mondiale, le problème se complique : employé culturel, petit entrepreneur… ?

6. Pourquoi est-il entré dans le marché ? Parce que le marché était son véhicule.
L’art est d’abord entré dans le marché par la littérature, et la littérature par l’imprimerie. La photographie, le disque, le cinéma, ont fini de faire entrer tout l’art dans le marché. Cette époque est terminée.

7. Le modèle marchand de l’art est le livre. Qu’est-ce qu’un livre ? Pour le marché, la définition est simple : ce sont des feuilles de papiers contenant des signes linguistiques, brochées ou reliées, en un certain nombre d’exemplaires.
C’est une définition très claire, mais qui suppose quand même qu’il n’existait pas de livre avant l’imprimerie.

8. Cette définition implique aussi que le livre n’est pas fait par un auteur, mais par un imprimeur et/ou un éditeur. (La reconnaissance d’un droit vient donc remédier à la négation d’un fait.)

9. Le sens juridique et commercial du mot livre est sensiblement différent de son sens courant dans toutes les langues naturelles, qui suppose, lui, l’articulation de signes graphiques dans un ensemble cohérent sur un support quelconque.
Les deux définitions sont même sensiblement contradictoires, puisque l’une désigne le livre indépendant de tout support, l’autre l’assimile au support.

10. De fait, dans le monde moderne, le livre n’existait que sous la forme d’objet manufacturé. Dans le monde marchand, un livre inédit n’était tout simplement pas un livre.
La photographie, le gramophone, le cinéma, la radio ont étendu cet état de fait à toute activité artistique.

3. Objet et langage

11. Le remplacement des procédés de reproduction analogiques par des procédés numériques a d’abord semblé être une apothéose du marché ; en fait, il sonnait son glas.
Pourquoi cela ? Parce que la numérisation implique la contingence du support.

12. Le numérique ne fait pas qu’émanciper l’œuvre du support, il abolit la séparation entre écriture et édition.
Il n’y a pas d’un côté le manuscrit unique que produit l’auteur, et qui attend l’imprimeur pour devenir un livre réel. Le fichier numérique est immédiatement réitérable.
Mieux, l’œuvre n’est pas comme le plan ou le projet qui attend d’être réalisé en dur : le livre imprimé. C’est plutôt le livre imprimé qui devient la copie, la reproduction toujours réitérable de l’œuvre originale.

13. Ici la définition du livre rejoint celle qui a toujours eu cours dans les langues naturelles, et elle contamine aussi toute création artistique.
Le plasticien, le musicien, tendent irrésistiblement à considérer le document numérique comme l’œuvre véritable.

14. Il ne s’agit pas de prédire la disparition de la toile unique, ou de la musique vivante et in situ, pas plus que celle de l’événement, la manifestation, la performance ou du happening, mais aucun artiste ne peut encore ignorer que son œuvre est susceptible de s’émanciper de la toile, de l’instrument, de la situation.
Irrésistiblement, il est amené à se reconnaître l’auteur de cette part émancipable de tout support et réitérable à l’infini.

15. Supposons un très bon orateur qui ne sache pas écrire, ou ne se soucie pas de le faire, ou seulement ne sache pas écrire comme il parle. Un autre note ses paroles. Quel en est l’auteur ? Celui qui parle, certainement, et non le scribe.
C’est une situation fréquente dans l’antiquité (l’Iliade, le Tripicata). Elle cesse avec la généralisation de l’écriture. L’auteur (est devenu celui qui) écrit.
Maintenant, irrésistiblement, l’auteur devient celui qui édite un fichier numérique.

16. Au vingtième siècle, on a fini par dire que l’éditeur faisait le livre, et non l’auteur. Disiez-vous « un livre inédit », on vous corrigeait : « un manuscrit inédit ».
Et ce n’était pas toujours sans raison. Il y eut des livres d’éditeurs, seulement écrits par des rédacteurs.

17. Aujourd’hui, un éditeur est principalement un programme, un outil pour l’écriture. Écrire devient éditer un texte.
Il en va de même pour la musique. Le musicien ressemble à un ingénieur du son. Le travail de l’artiste se déplace toujours plus vers celui qu’il abandonnait précédemment en aval de son œuvre.

18. Dans ses Cours sur l’Esthétique, Hegel attribuait à la poésie une place supérieure aux autres arts en ce qu’elle seule pouvait s’émanciper de tout support, et donc de l’espace et du temps. Manifestement, les autres arts la suivent dans cette voie.

19. Comment les autres arts suivent-ils la même route que la poésie ? (Il n’est pas question ici d’analyser comment l’art s’émancipe de tout support depuis ces deux derniers siècles, même si cette analyse est incontournable, mais de savoir comment, pratiquement, il le fait en ce moment même.)
En prenant la forme de fichiers numériques immédiatement réitérables à l’infini ? Pas seulement.
En étant immédiatement édités par l’auteur lui-même ? Non plus.
Ils la suivent d’abord en devenant eux aussi, essentiellement, des documents composés de signes graphiques ; en devenant, d’un certain point de vue, du texte, du moins du langage, en acquérant son caractère textuel.

20. C’est ainsi que l’art sort du marché : en sortant de l’objet manufacturé, donc de la marchandise.
L’art cesse d’être dans le marché pour être dans le langage.

4. L’objet linguistique

21. Nous pourrions dire que l’art sort du marché pour entrer dans la noosphère, ou pour devenir immatériel. Ça ne résoudrait en rien les ambiguïtés qui règnent sur ce qu’on doit entendre par signe, langage ou texte.

22. Pour complexe que soit la notion de document numérique, elle n’est pas pour autant obscure. Elle est seulement complexe dans le sens où elle suppose une architecture verticale de langages différents.
Texte en langue naturelle converti en langages de programmation, convertis en langages numériques, convertis en langage binaire.

23. Sur cette architecture, texte en langue naturelle peut être remplacé par image, son, ou à peu près tout ce qui est intuitif aux sens.
Cette première couche intuitive se trouve à la surface de diverses couches de langages qui deviennent de plus en plus indéchiffrables jusqu’à des suites binaires.

24. Dans le monde qui s’achève, le modèle de l’œuvre était le livre imprimé. Quel est-il aujourd’hui ? Le fichier propriétaire ? en source libre ? en code hexadécimal ? en code binaire ?
Cette question est moins complexe qu’elle ne le paraît d’abord. L’œuvre véritable est l’œuvre éditable (et non plus seulement réitérable), c’est à dire une copie transparente dont on peut modifier librement le code source.

5. L’art spectaculaire marchand

25. Le marché s’adresse à une clientèle. Celle-ci peut être un cénacle d’amateurs éclairés comme un très large public populaire. Elle n’en demeure pas moins une clientèle.
L’art marchand est essentiellement déterminé par une clientèle. S’il s’adresse à une clientèle d’avant-garde, il est d’avant-garde, s’il s’adresse à une clientèle populaire, il est un art populaire.

26. L’art marchand est déterminé par une nette séparation entre producteur et consommateur : le créateur et son public. Le premier est d’autant plus célèbre que le second est anonyme.

27. L’œuvre d’art marchande, comme toute marchandise, peut donner lieu à de nombreuses déclinaisons : œuvre unique et chère réservée aux collectionneurs, tirages limités et numérotés, éditions bon marché. Il pourra en exister aussi des produits dérivés.
Une même œuvre peut donc être déclinée pour des publics différents, et même pour tous les publics. C’est ainsi qu’une œuvre marchande peut conserver un caractère élitiste tout en devenant célèbre et sans que de larges masses l’ignorent.

28. La nette séparation entre le créateur et son public, qui se concrétise dans l’objet d’art, implique que la consommation ne touche pas à l’intégrité de l’objet. L’objet d’art ne doit pas être altéré dans sa consommation, qui doit donc être seulement contemplative, spectaculaire.

6. Art et travail intellectuel

29. Le marché de l’art a séparé le travail artistique des autres formes de travail intellectuel.
Le marché a séparé l’art des sciences, de la philosophie, des mathématiques, de la logique…, de toutes les productions intellectuelles qui ne peuvent produire des objets d’art.

30. Naturellement, on peut vendre un livre de mathématiques ou de physique comme n’importe quel autre livre. On peut vendre aussi n’importe quel objet manufacturé qui soit l’application directe d’une recherche scientifique, et envers lequel le brevet tient un rôle comparable à celui du droit d’auteur.
Il se trouve qu’il n’y a pas de marché de la science, de la philosophie ou des mathématiques, même sous la forme d’un marché des brevets, comme il y a un marché de l’art.

31. Le marché de l’art fonctionne sur une clientèle - sur des consommateurs directs -, et c’est principalement ce qui l’isole et le distingue des autres activités intellectuelles.
« L’art produit des œuvres », a-t-on dit, et les œuvres, dans le marché, deviennent des marchandises.
Une activité intellectuelle qui ne produirait pas immédiatement des marchandises ne serait pas de l’art.

32. L’art tend à devenir plus difficilement une marchandise. Cela tient en partie à l’évolution propre de l’art, et, en partie, à l’évolution du marché et de la marchandise.
Le marché tend à être de moins en moins libre ; l’art, de plus en plus.

7. Les contradictions de l’art marchand

33. En réalité, ni l’art ne veut sortir du marché, ni le marché ne veut expulser l’art, et leur divorce engendre des contradictions cocasses.
Une des plus cocasses est l’effet Bovary.

34. Dans l’art marchand, l’artiste peignait son monde (non plus un « autre monde » et s’y identifiait. « Bovary, c’est moi », Disait Flaubert à son procès.
À la fin du vingtième siècle, le monde s’identifiait à l’artiste : « Flaubert, c’est moi », aurait dit Madame Bovary.

35. Il n’est rien de comique à ce qu’un art soit fait par tous et pour tous, mais un tel art devrait alors être sensiblement différent d’un art marchand.
Supposons que les lecteurs de romans ne lisent plus que pour apprendre à devenir romanciers, qu’on n’entre plus dans les galeries que pour apprendre à peindre ; le marché risque d’abord d’en être sensiblement modifié, et, plus profondément, la nature de l’art et les méthodes de création.

36. Ce sont ces contradictions cocasses qui ouvrent l’époque nouvelle. Le marché de l’art n’est plus rien d’autre que celui de ces contradictions cocasses.

8. Programmation et travail intellectuel

37. Le marché avait séparé l’art de la vie intellectuelle. L’art se libère en brisant cette séparation.
Une part de l’art (marchand) se libère (en sortant) du marché, une autre sort de celui de l’art pour créer le marché de la culture, des loisirs et de l’animation sociale.

38. La libération de l’art et la recomposition du travail intellectuel se fait essentiellement autour de la programmation et grâce à elle.
D’une façon très pratique, la numérisation des données, l’ordinateur personnel et l’internet sont les principaux instruments de la libération de l’art. D’un point de vue plus profond, la dimension épistémologique du phénomène génère de nouveaux paradigmes.
(Un tel vocabulaire, certes, appelle plus d’explication qu’il n’en fournit.)

39. En s’émancipant du marché, l’art trouve des prises plus directes avec le réel. Il prend ses distances avec l’objet, l’œuvre, le produit marchand, au profit de la dimension symbolique, linguistique, sémiotique, sémantique, poétique, pragmatique ou performative.
Par cela, il devient essentiellement travail intellectuel.

40. Dans le même temps, les sciences et les mathématiques suivent des cheminements convergents avec celui de l’art.
Ici encore, la programmation tient une place déterminante.

9. Travail intellectuel et intuition

41. Les mathématiques ont adopté un cours nouveau depuis l’usage généralisé de l’ordinateur, avec la possibilité de faire effectuer par la machine des quantités de calculs qui auraient été inconcevables dans les époques antérieures.
Apparaît alors une nouvelle mathématique basée sur l’expérience et l’observation de « phénomènes numériques », et non plus sur l’hypothèse et la déduction.

42.À l’inverse, les sciences de la nature ont plus recours à des modèles automatiques, c’est à dire, abordent les phénomènes naturels à travers des programmes qui les simulent.
Elles découvrent alors des comportements mathématiques communs à des phénomènes sans rapport, ou transversaux à des disciplines, par exemple, la climatologie et l’évolution des cours boursiers du coton.

43. Alors que l’effort visait depuis longtemps la modélisation des phénomènes, le modèle lui-même se comporte à son tour comme un phénomène naturel.
Ou encore, alors que l’énoncé se proposait d’être l’explication, la description, la démonstration du phénomène (ce qui se conçoit bien s’énonce clairement), il devient ce qui demande élucidation (ce qui s’énonce bien doit être clairement conçu).

44. Une bonne part de l’activité cognitive appartenant en propre à la raison peut être abandonnée à des dispositifs logiciels. (Comprenons intelligence artificielle au sens de prothèse cognitive, comme on pourrait parler de perception artificielle à propos de prothèses auditives ou ophtalmiques, même si les lunettes ou les sonotones ne voient ni n’entendent rien par eux-mêmes.)
Le travail intellectuel humain est alors essentiellement orienté vers la conception intuitive.

45. Mathématiques et sciences rejoignent ici l’esthétique, non pas dans la recherche du beau, ni du vrai, mais de l’intuition.

46. « Nous savons que cet énoncé est vrai. Nous savons même qu’il participe du réel en ayant la possibilité d’intervenir sur lui et de le modifier. Mais nous ne comprenons pas ce qu’il veut dire. »
47. « Jusqu’à maintenant les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit maintenant d’interpréter leurs énoncés. » Cela peut se concevoir comme une conclusion stupide à quatre siècles de modernité.
C’est globalement celle qui est proposée sous le nom de « Culture ». L’enjeu est d’échapper à cette stupidité.

48. Le beau est l’essence qui apparaît, disait en substance Hegel dans ses cours d’esthétique. On peut bien considérer l’apparence comme contingente, mais que serait une essence qui n’apparaîtrait pas ?
Si nous concevons l’apparence comme un apparaître, alors nous concevons le réel comme une réalisation.

49. Dans le modèle classique, le savant cherchait à énoncer la réalité (la décrire, l’expliquer ou la déduire), tandis que l’artiste cherchait à la montrer, la rendre intuitive.
Ces deux perspectives se rejoignent en se dépassant : l’énoncé devient programme.
L’énoncé doit être intuitif et programmatif (performatif ?) à la fois. Les deux nécessités n’en font qu’une.

10. La double impasse marchande

50. En sortant du marché, l’art court un certain nombre de risques. Le premier est de se retrouver à la rue. Il risque de changer sa place dans le marché : de producteur qu’il était, devenir consommateur - consommateur d’informations, de publications, de matériels et de matériaux, notamment consommateur d’ordinateurs et de programmes ; au mieux, consommateur de technique et même de science.

51. Si l’art doit être fait par tous et pour tous, il est probable qu’il représente un immense marché. La production artistique ne sera plus productrice dans ce marché, mais consommatrice.
On comprend bien alors qu’un certain nombre d’artistes aient des positions conservatrices devant cette perspective. Mais que peuvent-ils espérer ?

52. Dans un tel marché, les artistes ne peuvent revendiquer un statut de professionnels qu’en s’en faisant les supports publicitaires. (Tel excellent photographe, par exemple, s’attachant à telle marque de pellicules et se faisant sponsorisé.)
Pourquoi pas ? L’art n’a jamais été alimenté par des sources moins contestables. Le problème est ailleurs : Si de telles conditions permettent la réalisation de l’art, les artistes les accepteront. Le leur permettent-elles ?

53. Si le marché de l’art devait devenir un marché de la consommation, après avoir été celui des œuvres, alors l’œuvre devrait s’y effacer au bénéfice du talent.
Nous pouvons oser la comparaison avec le sport : le sportif professionnel vent son talent. Il fait vendre indirectement des produits manufacturés qu’il ne produit pas mais qui le sponsorisent.

54. On pourrait imaginer des artistes qui font des « performances », dans le sens non anglophone du terme.
Que manquerait-il ? Il manquerait principalement la possibilité de compter les points, de mesurer la performance. Un sport a des règles précises, l’art devrait-il s’en donner ? Qui feraient les jurys, qui seraient les arbitres ?

55. Supposons qu’on distingue amateurs et professionnels sur les ventes, le chiffre d’affaire, l’audience publique… : le cercle ne se refermerait-il pas sur lui-même ?
(Zidane est-il célèbre parce qu’il est professionnel, ou est-il professionnel parce qu’il est célèbre ? Il est les deux parce qu’il marque des points.)
Le marché de l’art a déjà largement évolué en ce sens. Et que se passe-t-il ? L’art sort du marché.

11. Calcul et langage

56. L’art est plus sérieusement menacé de devenir simple consommation de science et de technique ; mais en ce cas, la menace serait encore plus grave pour celles-ci.
Un ordinateur est avant tout un instrument qui opère des calculs. C’est une évidence qui tend à se dérober. Les techniques et les sciences consommées seraient donc celles du calcul.

57. Qu’est-ce que les mathématiques ? On peut sérier la question : Les mathématiques sont-elles un langage ? Ou ont-elles une existence indépendante de leur langage ?
C’est une question très complexe qu’on peut encore varier : Le pluriel de mathématiques désigne-t-il une pluralité de langages ? Ou, au contraire, une pluralité de mathématiques seraient-elles unifiées en un seul langage ?

58. L’option tacitement choisie par la modernité semble bien être que plusieurs mathématiques sont unifiées par un seul langage.
Ce n’est qu’une option tacite, qui pourrait fâcher si l’on cherche à la justifier. Rien n’est moins clair, dans la culture contemporaine, que le possible rapport entre langage mathématique et un éventuel référent.

59. Un langage unifié des mathématiques pouvait avec quelque raison être considéré comme une bonne chose au début du vingtième siècle. À la fin, on se demande si, contre toute attente, on ne doit pas une excessive complexité des mathématiques à ce qui aurait dû les simplifier.

60. Les mathématiques sont-elles autonomes de leur langage ? C’est un peu comme si l’on se demandait si le monde était indépendant de la langue française : le monde réel, naturel, imaginaire, irrationnel… pourtant, la langue française le décrit bien ; elle sait aussi décrire, expliquer ou paraphraser le langage des mathématiques.
On pourrait penser que, dans certains cas, l’extrême difficulté des problèmes, et surtout l’extrême cloisonnement des diverses mathématiques, pourraient bénéficier d’un plus large recours à la langue naturelle.

61. Les mathématiques seraient le langage, non pas de Dieu, comme cela put paraître évident à quelques esprits initiateurs de la modernité, mais de la nature.
Reste à savoir jusqu’à quel point les mathématiques seraient un langage, et si leur rapport avec le monde physique est de nature linguistique.

62. Jusqu’à quel point une preuve mathématique peut-elle établir une certitude ? Jusqu’à quel point preuve mathématique et certitude ne sont pas une contradiction dans les termes ? La certitude relève de l’intuition synthétique ; la preuve, de la déduction analytique. Tout le problème est d’établir la déduction sur l’intuition. (L’inverse est-il pensable ?)

63. Les mathématiques contemporaines supposent une formidable confiance en un langage, une confiance qui excède largement le raisonnable. (« Le langage mathématique se révèle efficace au-delà du raisonnable », Wigner 1960.)

12. La nouvelle Babel

64. Le formalisme mathématique des débuts du vingtième siècle n’a pas offert ce qu’on attendait de lui, mais ce qu’on n’en attendait pas.
Si l’on avait cru qu’il allait nous aider à penser, ou seulement à compter, on s’est trompé, mais il s’est révélé efficace pour faire calculer des machines à notre place.

65. Les machines ne calculent pas comme nous. Elles manipulent des suites binaires que nous avons la plus grande peine à déchiffrer. Nous ne nous y essayons pas, d’ailleurs, nous les convertissons en d’autres langages, qui tiennent à la fois d’une langue naturelle - l’Anglais -, et d’un langage logico-mathématique : le code source.

66. À partir du code source, nous pouvons aller aux langages mathématiques, aux langues naturelles, aux langages machines, aux « langages » des sens : son, image, textures…

67. Le langage formel des mathématiques ne fait pas ici fonction de langage universelle. Il n’y a pas de langue universelle, mais une floraison de langages, de divers niveaux, qui, cette fois, contrairement au mythe de Babel, ne semble pas diviser, ni décourager les bâtisseurs.

13. Lecture écriture et édition

68. « Si la généralisation et le développement de systèmes d’exploitations basés sur des interfaces graphiques et métaphoriques de plus en plus perfectionnées, permettent de rendre l’usage de l’ordinateur accessible à celui qui n’a pas connaissance de son fonctionnement, ils nous éloignent et nous cachent la véritable nature du programme informatique et son potentiel métaphysique. » BlueSreen (.

69. À la fin du vingtième siècle, on a cru voir venir la fin de l’écriture. C’est le contraire qui advint : tout est devenu texte.
Le nom « source », dans « code source » est très explicite. Le code est à la source de tout. La source est libre quand elle est lisible, et elle est lisible quand les lignes de commandes sont explicites ou accompagnées de commentaires.

70. Au début de la modernité marchande, la vie intellectuelle concernait une élite lettrée bien circonscrite dans quelques capitales européennes ou gravitant autour. Rendre public son travail signifiait implicitement le faire connaître de cette élite. Aujourd’hui, presque chacun peut virtuellement s’adresse au monde entier dans une langue quasiment universelle.
Naturellement, cette possibilité reste toujours virtuelle, à l’autre extrême d’une communication privée menacée. Toute communication réelle se place entre ces deux pôles : universel et privé.

71. Quand bien même continuerait-il d’exister un milieu homogène composé de célébrités faisant fonction de leaders d’opinion, il serait réduit à donner un spectacle de masse de la pensée.
Sa production s’inscrirait dans un marché de masse de la culture et du loisir, dans le marché du divertissement clé en main.

72. La finalité de l’écriture, avant, était la production d’un texte édité. Elle l’est maintenant d’un texte éditable - voire de musiques, d’images… éditables.

73. Le problème qui se pose en ce moment-même sur les droits d’utiliser librement, de diffuser, de copier et de modifier, est déjà un problème d’arrière-garde. Le problème actuel est celui de la possibilité (et non seulement du droit) d’éditer.
Un travail intellectuel ne saurait qu’être éditable. Le concept d’édition remplace et unifie ceux de lecture et d’écriture.

14. Liberté et lisibilité

74. Personne ne sait très bien aujourd’hui ce qu’est un art libre. C’est une idée neuve, jamais évoquée avant. On a revendiqué un art révolutionnaire, un art engagé, un art pour l’art, un art pour tous et par tous, un art indépendant, un art populaire, un art démocratique,… on n’avait jamais sérieusement pensé qu’un art pût être libre, ni comment.

75. En partie, l’art libre s’inscrit dans le prolongement de la modernité du vingtième siècle et n’y apporte visiblement rien de neuf, en partie, il calque son principe sur ceux de la distribution des logiciels libres.
Il y a donc un rapport, jusqu’alors impensé, entre libre et lisible. Reste à mieux penser ce que serait cette lisibilité pour l’art.

© Jean-Pierre Depétris, avril 2003
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer
et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre.

Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft
Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d’autres sites.

Adresse de l’original : jdepetris.free.fr/load/arlib.html


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Historique du Mouvement Libre

Classé dans : Textes — derkraken @ 7:32

Le mouvement libre est apparu dans les années 80′s, lorsqu’un certain Richard Matthew Stallman s’est aperçu que tous les contenus informatiques (comprendre principalement logiciels, drivers, etc.) commençaient à se fermer, les éditeurs refusant de dévoiler le code source de leurs programmes (pilotes d’imprimantes pour la note historique). On commençait alors à entrevoir qu’il serait prochainement impossible de contrôler soi-même son ordinateur, de faire ce que l’on entend de son matériel et de ses logiciels.

Le manifeste GNU est né en partant de ce postulat, et voulant proposer une réelle alternative au monde propriétaire.

De ce point de vue historique, seuls les logiciels et matériels informatiques sont concernés par l’esprit libre. Cependant, le mouvement a depuis grandi, laissant le champ ouvert à la réflexion. Pourquoi ce terme de liberté, pourquoi cette philosophie de distribuer, modifier, comprendre un code source ferait-il la seule joie des programmeurs et autres geeks ?

Afin de fournir des documents garantissant les mêmes libertés que celles des logiciels libres, la FSF créa la licence GNU FDL, transposant ainsi les 4 libertés fondamentales d’un logiciel libre aux documents (estimant que les deux étaient liés et qu’un logiciel devait avoir sa documentation libre pour pouvoir lui-même être véritablement libre). Des logiciels et des documents informatiques, est-ce là les seuls domaines touchés par la culture libre ?
Non, bien évidemment, d’une même époque sont nés les mêmes constats, les mêmes envies, et la même philosophie. De nouveaux intervenants ont dès lors cherché à rendre possible l’échange d’œuvres afin de contribuer à l’enrichissement commun, pour une culture accessible à tous.

C’est de ce constat qu’est né la Licence Art Libre, une initiative française conduite par le collectif Copyleft Attitude, avec pour objectif de transposer les libertés de la GNU GPL aux oeuvres non logicielles.

Aujourd’hui le mouvement du logiciel libre s’est étendu au-delà des simples logiciels et la “culture libre” touche de nombreux domaines : musique, littérature, films, sites internet, graphisme, photographie, documents, dessin, …

Il existe en outre de nombreuses licences libres correspondant plus ou moins à chaque création, à chaque envie, à tout besoin. Les licences libres de la culture libre reprennent (pour la plupart) les 4 libertés fondamentales d’un logiciel libre. De même que pour les logiciels, certaines licences sont copyleft : elles imposent que tout travail dérivé ou que toute modification apportée à l’œuvre originale conserve la licence choisie par l’auteur initial.

Vous êtes l’auteur d’un roman, d’un poème, d’une étude universitaire, ou de tout autre écrit issu de votre main (ou de vos doigts) ? Vous êtes musicien amateur ou semi-professionnel ? Ou tout simplement un artiste envieux de diffuser ses oeuvres, de partages ses créations, et de les laisser évoluer.
Les licences libres sont certainement un outil formidable pour permettre une diffusion et une réutilisation optimale de celles-ci.
Vos oeuvres pourront ainsi circuler librement, être reprise dans d’autres, et évoluer, tout ceci dans le respect de la licence libre originale : ainsi, vous serez systématiquement cité dès que votre oeuvre sera reprise ou diffusée.
Mais, n’ayez aucune crainte, en aucun cas cette licence ne pourra permettre d’attenter au respect de l’oeuvre ou de son auteur (vous) : les droits moraux, inaliénables, empêchent toute dérive qui serait susceptible de vous porter préjudice.
Pour résumer, mettre une oeuvre sous licence libre vous assure une plus grande diffusion de votre oeuvre, une plus grande reprise de son contenu (il s’agit en quelque sorte d’un « droit de citation élargi ») et une plus grande renommée (vous assurant la paternité de vos oeuvres, et vous permettant surtout de toucher un public plus intéressant).

De nombreux portails vous permettent de déposer et promouvoir vos oeuvres. Sans être exhaustif :

* Pour la musique : Dogmazic.netBoxson.netKeopz.com
* Pour la littérature : InLibroVeritas.net
* Pour tous types d’oeuvres sous Licence Art Libre : Copyleft Attitude


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Si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous… Vous êtes en plein dedans !

Classé dans : Liberté d'internet — derkraken @ 7:29

Par Alex Türk, président de la Cnil

Si vous interrogez un homme politique en charge des questions de sécurité aujourd’hui sur ce qu’il pense des techniques de surveillance utilisées pour prévenir la criminalité, il y a de grandes chances pour que l’on vous parle des avantages de la vidéosurveillance. Vous pouvez entendre des arguments convaincants sur le gain de sécurité apporté dans les alentours, car ces systèmes agissent comme une dissuasion au crime.

Ou vous pourriez entendre parler du devoir de traque des terroristes par la collecte d’informations sur les passagers des compagnies aériennes ou par l’obligation d’utiliser des passeports biométriques. Peut-être découvrirez-vous comment l’informatique de confiance vous protège des logiciels malveillants et des virus. Ou comment l’examen des e-mails et l’écoute clandestine des appels aident la police à trouver de potentiels criminels de toutes sortes.

Tout cela devrait vous plaire puisque l’idée est que vous commenciez à penser que ces techniques sont les meilleures qui soient. Mais faisons face aux risques cachés mais néanmoins très présents de tout cela. Bien que les caméras publiques puissent aider la police à trouver des criminels, les systèmes modernes de vidéosurveillance, comme ceux utilisés à Londres, sont capables aujourd’hui de cibler toute personne que les opérateurs souhaitent surveiller en utilisant l’identification faciale automatique. Ainsi, cela permet à la police de créer une base de données détaillées de tous vos mouvements.

La conservation des enregistrements des passagers aux Etats-Unis ainsi que l’obligation pour tous de se soumettre aux passeports biométriques sont supposées aider à combattre le terrorisme. Mais cela permet aussi aux services secrets de collecter de l’information précise sur la nationalité de chaque voyageur. Des informations précises telles que vos empreintes digitales, la couleur de vos yeux, et une photo haute-résolution de votre visage. Informations que vous espériez habituellement qu’elles soient récoltées au sujet des criminels suspectés.

L’informatique de confiance promet d’accroître la sécurité de votre PC en permettant seulement à certains logiciels fiables de fonctionner sur votre ordinateur. Mais ce que l’on ne vous dit pas c’est que la personne qui décide des logiciels auxquels on peut faire confiance et qui sont donc autorisés à être installés sur votre PC n’est certainement pas vous.

D’un côté, surveiller des e-mails et mettre sur écoute des appels pour des mots-clés suspects permettraient d’arrêter quelques criminels de troisième ordre, mais d’un autre côté cela permet à toutes sortes de personnes impliquées dans le processus de surveillance de récupérer toutes sortes d’informations privées. Informations que vous ne voudriez justement pas partager avec le personnel du poste de police local.

Ces symptômes peuvent tous être pris comme une preuve de la lente mais régulière conversion de nos sociétés occidentales en états policiers.

Nos sociétés occidentales prétendent être des démocraties libérales mais nos leaders essaient d’imposer des lois des plus en plus répressives et instrumentalisent la peur publique de la terreur pour les justifier. Nous croyons que les personnes qui sont prêtes à perdre leur liberté pour une sécurité temporaire ne méritent aucun des deux et les perdront.


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juin 3, 2007

Lawrence Lessig

Classé dans : Anonymat — derkraken @ 2:11

Lawrence Lessig est incontestablement aujourd’hui l’un des plus célèbres juristes américains. Impossible d’entamer une conversation dans la Silicon Valley sur la question du logiciel libre, de la propriété intellectuelle et du Peer to Peer sans que son nom, ses livres ou ses positions ne soient immédiatement mentionnés. Et pourtant, il demeure quasiment inconnu en France, où ses ouvrages ne sont pas traduits.

Né en 1961, Lawrence Lessig est diplômé des meilleures universités américaines et anglaises : Wharton, Cambridge, Yale. Juriste chevronné, il aurait pu choisir une brillante et lucrative carrière d’avocat. Mais c’est vers l’enseignement et la recherche qu’il se tourne. D’abord à Chicago, à sa sortie de Yale en 1990, puis à Stanford, au cœur de la Silicon Valley. C’est là qu’il va se passionner pour les enjeux juridiques d’Internet, et prendre à bras le corps les questions de propriété intellectuelle.

Lessig, c’est d’abord et avant tout un fervent défenseur de la liberté d’expression , au sens libéral américain du terme. Et c’est cette position qu’il va défendre en tant que juriste actif et en tant que chercheur.

Sur le terrain, Lessig n’a cessé de faire entendre sa voix, notamment contre les grandes entreprises et les gouvernements qui veulent enfermer le réseau ou les logiciels contre ce qu’il appelle la « free culture ». C’est le procès Microsoft qui lui permettra d’accéder à la notoriété. Il sera l’un des conseillers les plus proches du juge Jackson, qui conduit le procès anti-trust du siècle contre la compagnie de Redmond. Il renouvellera son engagement de terrain en 2003, en tentant aux côtés d’universitaires, de musées, et de réalisateurs, de faire déclarer anti-constitutionnel le Sony Bono Act qui prolonge de 20 ans la durée légale des droits d’auteurs aux Etats-Unis. Il échouera à la Cour Suprême, dépassé par le puissant lobby des producteurs, mené par Disney.

La pensée de Lessig se retrouve dans trois ouvrages majeurs : Code and other laws of cyberespace , publié en 1999, The Future of Ideas , publié en 2001, et Free culture , publié en 2004 sous licence Creative Commons et téléchargeable librement sur Internet  www.freeculture.org). Impossible de résumer ici, en quelques lignes, la pensée riche de cet auteur prolixe et actif. Une interview donnée en 2004 au journal québécois Le devoir résume cependant bien son action. Il y déclare notamment :

“Le plaidoyer pour une culture libre achoppe sur une confusion qui est difficile à éviter, et même encore plus difficile à comprendre. Une culture libre n’est pas une culture sans propriété ; ce n’est pas une culture dans laquelle les artistes ne sont pas payés. Une culture sans propriété, ou dans laquelle les créateurs ne pourraient pas être payés, serait l’anarchie, et non pas la liberté. Et mon propos n’est pas de plaider pour l’anarchie”.

C’est pour répondre à ce paradoxe que Lessig a créé fin 2001 le concept de Creative Commons, qui se développe depuis un an en France. Creative Commons, dont Lessig est président, met à la disposition des artistes comme des créateurs de logiciels un système flexible de protection de la propriété intellectuelle, permettant à chaque auteur de définir lui-même les règles d’usage qu’il considère acceptables (pour en savoir plus : http://fr.creativecommons.org/index.htm ).

La dernière livraison de la Technology Review (juin 2005), éditée par le MIT, propose une bonne illustration des débats auxquels participe Lessig. Consacrant son dossier à la propriété intellectuelle, elle demande à plusieurs chercheurs – dont Lessig : « Qui possède les idées ? ». Belle question aujourd’hui ! Et la réponse de Lessig n’est guère surprenante : « Ceux qui les utilisent » ! Il ouvre ainsi le débat, notamment avec Richard Epstein – professeur de droit de l’Université de Chicago – qui répond que ce sont ceux qui les créent qui possèdent les idées. Le tout contrebalancé par l’entrepreneur Charles Ferguson, qui insiste sur le fait que ce n’est certainement pas Microsoft qui les possèdent !

Justifiant ainsi cette conclusion de l’éditeur de la revue : « C’est compliqué… ». Lawrence Lessig a encore bien du chemin pour faire avancer ses idées, qui rencontrent un écho croissant, alors que les procès contre les internautes adeptes du Peer to Peer font rages et que le logiciel libre connaît de plus en plus d’adeptes, y compris en entreprise. IBM n’a-t-il pas décidé d’investir 4 milliards de dollars dans Linux ? Et c’est bien sur le terrain juridique qu’une grande partie de cette société en réseau, encore mal ou pas régulée, va se construire. Les enjeux, y compris sociaux, en sont fondamentaux.

Lessig est un juriste engagé et militant. Il propose es solutions opérationnelles et pragmatiques pour répondre aux besoins de cette société en réseau qui se développe dans un univers qui ne se satisfait pas des règles juridiques de l’ancien modèle de production intellectuel, sans pour autant pouvoir avancer dans un monde sans droit.

Dominique Piotet, pour l’Atelier BNP Paribas

(Atelier groupe BNP Paribas - 10/06/2005)
 http://www.atelier.fr/article.php?artid=…


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Délation numérique

Classé dans : Infos — derkraken @ 2:05

Alors que le nouveau ministre de l’Education arrive dans ses bureaux, rappelons une des erreurs commises par le dernier gouvernement dont les répercussions risquent d’être terrifiantes pour les libertés individuelles.

Dès la rentrée 2007, la loi « prévention de la délinquance », autrement appelée Sarkozy II, obligera les directeurs d’école à remplir un fichier baptisé « base-élèves » qui sera accessible aux autorités locales, dont les maires. Tous les élèves seront fichés dans un fichier informatique unique, centralisé au niveau national, à Orléans. Pour chaque élève, les directeurs d’école « doivent indiquer » notamment les redoublements, les aides diverses (RASED..), la nationalité, la date d’arrivée en France, la langue et culture d’origine…

Premier scandale : des informations confidentielles seront accessibles aux élus. Ainsi, un élève qui échoue ou qui dévie une fois risque d’être catalogué sans pouvoir nécessairement rectifier les données consignées dans ce dossier. S’ils veulent vérifier l’exactitude de ces dernières, les parents devront faire une demande officielle à la CNIL et éventuellement engager des poursuites.

Deuxième scandale (plus grave) : les instituteurs qui dirigent les écoles deviennent de facto des agents de dénonciation auprès des services de l’immigration. Ainsi, le champ « nationalité » doit obligatoirement être rempli. Ensuite, il sera aisé pour n’importe quel élu de faire des listes d’enfants d’origine étrangère et de demander des arrestations en conséquence.

Quelques parents d’élèves mènent actuellement la fronde, en organisant des manifestations dans quelques grandes villes de France. La FCPE et Sud éducation essayent de mobiliser mais l’heure semble plus aux courbettes qu’à la révolte. La France a connu de tristes heures de délations nauséabondes, espérons qu’elle ne reproduise pas les mêmes erreurs…SC

Vu sur http://bingbangblog.canalblog.com/


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Stratégies de l’information

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 1:50

par François-Bernard Huyghe
 http://www.huyghe.fr.

Les stratégies informationnelles servent à accroître le pouvoir de celui
qui les emploie : elles augmentent sa capacité de faire prédominer sa volonté.

Qui dit stratégie dit agir dans des conditions adverses et en fonction de
facteurs dont on ne possède pas la maîtrise. La notion même de stratégie, art de
limiter autant que possible le hasard, implique que dans la vie réelle (et non
dans un jeu où le nombre de coups et les situations possibles sont limités par
des matrices), aucune méthode ne fonctionne à cent pour cent. Elle opère sur
des gens (c’est une pragmatique, pas une technique qui manie des choses). Elle
rencontre des obstacles, généralement la stratégie adverse et un pouvoir lui est
opposé : au minimum la résistance potentielle de celui sur qui elle s’exerce.
Donc pas de recette imparable.

Vaincre par les signes

Il est possible d’utiliser l’information pour vaincre:

- Soit en réduisant sa propre incertitude (ce qui correspond à une
définition classique de l’information), grâce à des renseignements ou des
connaissances qui favorisent les bons choix. Corollairement, il est utile
d’accroître l’incertitude de l’adversaire ou du concurrent. Le tout est de savoir
et d’empêcher de savoir afin de réaliser de meilleures performances. La
supériorité consiste ici en un différentiel de connaissance : A sait fabriquer telle
arme, pas B, A sait qu’il y aura demain tel mouvement en bourse, pas B. Il
s’agit de réduire à son profit le brouillard et la friction inhérents à tout conflit.

- Soit par des messages ou signaux qui produisent un effet sur la cible :
inciter, faire peur, séduire, convaincre…, et suscitent une réaction favorable à
ses desseins. La sémiologie parle de la fonction « conative » du message : elle
est centrée sur l’effet produit sur le récepteur. Ce principe est celui de la
publicité, de la propagande, y compris sous la forme la plus simple : faire
adhérer ou faire rejeter. Ce peut être celui de la déception au sens militaire :
tromper l’autre sur ses intentions, ses forces, sa localisation pour le pousser à la
faute.
- Soit en agissant sur la façon de traiter l’information, et ce qui la
structure. Ce peut être un système de transmission, un logiciel, un code. Mais il
est possible de s’appuyer sur les catégories mentales, sur l’idéologie, les
procédures et méthodes, la langue, les modes de raisonnement. Influencer,
former, voire formater sont les procédés les plus courants en ce domaine. Faire
adopter son vocabulaire, son code de déontologie ou ses habitudes de
consommation… Le secret est d’agir sur les réactions d’autrui, mais en amont,
quitte à modifier le code employé ou la prédisposition d’un acteur.
Pour faire formule, nous avions dit que la première stratégie d’information pèse sur les choses par le savoir, la seconde sur les gens par conviction ou incitation et la troisième sur l’information elle-même en modifiant le sens qu’elle prendra pour les acteurs.

Les trois types de stratégies se mêlent constamment et se soutiennent
mutuellement. Prenons un étudiant cherchant à assurer le succès de sa thèse et
à la rentabiliser professionnellement. Tout le travail de recherche,
documentation et bibliographie ressort à la première catégorie. Tout ce qui
touche à l’élaboration et à la mise en forme de son texte, bref toute son
éloquence à la seconde catégorie. Mais il faut aussi l’art de s’appuyer sur telle
école, sur l’autorité d’X ou de Y. Il faut la façon de réunir tel jury, tout le
dispositif matériel et relationnel qui soutiendra l’exposition et de légitimation
des idées exposées ressort à la troisième catégorie de même que la stratégie de
publication (le publish or perish des anglo-saxons) de présence dans les
colloques et séminaires, d’exposition médiatique, de réseaux.

De la même façon, une entreprise pratique la veille économique et faire
de la publicité et du marketing, ce qui correspond aux deux premières
fonctions, mais elle doit aussi songer à son image de marque, comprendre les
courants de valeurs et d’idées sur lesquels elle s’appuiera pour conquérir son
marché. Sans parler des pratiques de guerre économique où les sociétés
recourent à la désinformation et la déstabilisation informationnelles parfois
plus que ne le faisaient les États du temps de la guerre froide idéologique.

Notre troisième exemple, forcément dans le domaine militaire, peut se
trouver dans le classique des classiques, « L’art de la guerre » de Sun Zi.
Quand il conseille d’avoir des espions partout, cela ressort à la première
catégorie, quand il suggère de feindre l’inactivité au moment où on s’apprête à
lancer son attaque, à la seconde. Mais quand le général chinois recommande de
songer au moral de ses troupes ou, au contraire, de préparer les moyens de
démoraliser les adversaires ou de leur instiller une fausse confiance avant les
hostilités, il se range dans le troisième cas de figure.

Se soutenant mutuellement (pas de persuasion sans connaissance
préalable, mais pas de conviction si le terrain n’est pas réceptif), les stratégies
de l’information relaient et préparent les stratégies de force et de puissance.
Parfois même elles les remplacent. Les stratèges chinois considéraient le
stratagème comme le moyen le plus honorable de vaincre, suivi par la
diplomatie, et en dernier lieu la victoire militaire.

Savoir et croyance

Nombre de pratiques regroupées sous le terme ambigu de « guerre de
l’information » reposent sur la capacité matérielle de percevoir (ou d’empêcher
de percevoir) des signaux. Ainsi des capteurs et senseurs : un micro, un radar,
un scanneur correctement utilisé permettent d’écouter une conversation à
distance, de repérer un objet en mouvement, …. Inversement, un bon
camouflage, un brouilleur, la structure d’un avion furtif, l’emploi d’une encre
sympathique empêchent l’autre de déceler les indices de la présence d’un objet
ou d’un corps. Et une attaque contre un système informationnel adverse permet
de perturber la réception de sons ou d’images, la circulation de signaux
électronique, l’accès à un site ou à une base de données… Les stratégistes
américains ont théorisé cette notion en prônant « l’infodominance » dans le
cadre de la « Révolution dans les affaires militaires ». L’infodominance est, en
théorie, la situation de l’armée qui dispose sur le champ de bataille de capteurs
perfectionnés, de satellites et instruments d’interception, de moyens de
communication lui garantissant une coordination et une réaction instantanée.
Elle sait tout de l’adversaire qui ne sait rien d’elle et dont les systèmes
d’intelligence et de transmission sont détruits ou perturbés dès le début du
conflit, ses infrastructures critiques bien vite paralysées par un bombardement
chirurgical ou une cyberattaque. Cette vision utopique (les technologies de
l’information et de la communication garantissant la victoire quasiment sans
avoir à verser de sang) s’est récemment heurtée aux réalités de la guerre
asymétrique et du terrorisme. Ce qui, sur le papier, fonctionne très bien contre
un État avec armée, télétransmissions, réseau téléphonique, télévision nationale
et autres. ne vaut guère contre une guérilla.

Cet aspect purement technique de traitement des signaux est affaire
d’appareillage et de procédures. En dépit de ses applications « civiles »,
comme les conflits économiques, il n’est pas celui qui nous intéresse le plus
ici.

Dans ce cas, en effet la valeur de la stratégie est proportionnelle à celle
de l’information que l’on a acquise ou protégée. Tout repose sur sa
disponibilité (X sait ou ne sait pas que A) et sur la confiance que l’on peut
accorder à l’information (A est vrai ou pas).

Quand, les Alliés ont cassé le code de la machine de cryptologie,
Enigma, et ont pu ainsi déchiffrer les messages de l’armée nazie, ou quand ils
ont réussi à débarquer par surprise en Normandie, tandis que les Allemands,
intoxiqués par l’opération Fortitude les attendaient ailleurs, la question de la
valeur de cette stratégie ne s’est pas posée. Quand l’Union Soviétique a pu se
doter de la bombe atomique, en espionnant les U.S.A, la valeur de son système
de renseignement s’est révélée immense. Quand un initié de la Bourse sait si
telle OPA aura lieu et quand, il peut chiffrer son gain probable. Quand une
entreprise connaît l’offre de prix de sa concurrente, elle sait si elle peut
remporter le marché et à quelles conditions. Quand une société pharmaceutique
qui a décidé de produire un certain médicament est informée de l’état
d’avancement des travaux d’un laboratoire rival, elle sait si elle doit continuer
à investir ou pas dans ce domaine….

Si les stratégies “de capacité” reposent essentiellement sur l’acquisition
de connaissances (ou a contrario sur la possibilité de priver la partie adverse de
savoirs comparables), d’autres méthodes supposent l’emploi de messages
efficaces et recherchent un effet de croyance. Pour prendre un critère simple : il
importe que les premières soient vraies (et efficaces) et que les secondes soient
crues (et répandues). Les premières supposent de la capacité d’analyse, les
secondes des symboles efficaces suscitant une dynamique. Dans le premier cas,
il est possible de parler d’un «patrimoine informationnel» à défendre ou
accroître comme en Intelligence économique. Dans le second, le résultat de la
stratégie se mesure peut-être moins en nombre de convaincus (encore que l’on
puisse admettre ce critère si l’on veut par exemple mesurer par sondage
l’efficacité d’une campagne publicitaire ou électorale) qu’à leur position et à la
façon dont se manifeste cette conviction.

Il est assez tentant d’appliquer les catégories du mensonge et de la
vérité, voire de considérer les stratégies de l’information comme des façons de
créer une pseudo-réalité agencée de façon à provoquer les résultats attendus. Le
vocabulaire employé est symptomatique. Tantôt on parle de déception (qui
dans l’ancien français avait bien le sens de tromperie ou détournement avant de
prendre celui de « ne pas être à la hauteur des espérances »), tantôt de
désinformation ou de diversion, comme s’il s’agissait par ce « dé » privatif
d’indiquer que l’autre à été volé d’une part de la réalité, ou privé d’un élément
de jugement. Tantôt on parle de manipulation, de « management de la
perception », de mystification, de suggestion, d’intoxication, de subversion,
terminologie compliquée et redondante, mais qui chaque fois évoque une
action qui fausse l’évaluation de la cible.

Les mêmes notions sont déjà présentes dans le principe de la ruse. La
ruse (initialement un détour que fait le gibier à la chasse pour tromper ses
poursuivants) implique d’abuser l’autre par des apparences délibérément
agencées. Ruser, c’est feindre la faiblesse quand on est fort ou la force quand
on est faible, suggérer un danger imaginaire ou un gain impossible, apparaître
là où on n’est pas. Cela suppose deux éléments : une tromperie (la victime de la
ruse est illusionnée sur ce qui est réel ou probable) et une opportunité (la ruse
doit créer une occasion pour l’exploiter)

Pourtant, la notion de tromperie ou d’apparence ne rend pas compte de
l’ensemble des stratégies de l’information. Réduire à des bobards destinés à
tromper le public la propagande – qui du reste est d’autant plus efficace qu’elle
se réfère à de faits vérifiables - c’est passer à côté de l’essentiel. Assimiler les
stratégies d’influence à des mises en scène, c’est se condamner à ne rien y
comprendre. Quand bien même nous résoudrions la question de ce qu’est une
information « vraie », ou une idée vraie nous n’aurions pas rendu compte du
véritable pouvoir de l’information. Il n’est pas proportionnel à sa conformité au
réel.

On a souvent dit que le véritable pouvoir des médias est le pouvoir
d ’ o c c u p e r le temps des gens. Pour être complète, toute stratégie de
l’information doit occuper du temps, donc de l’attention, et gagner un
monopole (ou une prépondérance) dans le domaine de la parole ou de la
représentation. Par ailleurs le pouvoir de l’information réside aussi dans sa
capacité de déchaîner des sentiments, de rassembler des communautés
partageant les mêmes émotions. Soit l’exemple de la musique – dont on nous
accordera qu’elle n’est en soi ni vraie ni fausse - : elle peut s’intégrer à une
stratégie de qu’il s’agisse de grandes communions humaines dans un meeting
ou de l’effet « subversif » que peut exercer une certaine musique dans un
certain contexte culturel (rock dans le monde soviétique, musique occidentales
dans le monde islamique…). Dans nombre de stratégies de l’information, la
distinction du vrai et du faux n’est pas la plus pertinente.

Effet direct et indirect

Une autre distinction semble plus opérante. Les théories de la guerre ou
des jeux, distinguent souvent des stratégies directes, où l’action produit le
résultat escompté de par sa propre force ou son adéquation à la situation (une
bonne vieille charge de cavalerie par exemple) et, d’autre part, les stratégies
indirectes qui reposent sur la réaction d’un intermédiaire (feinter au Nord pour
attaquer au Sud). Elles sont nécessairement triangulaires, (mouvement initial,
phase intermédiaire, résultat final).

Il est fréquent de recourir à la comparaison entre les jeux d’échecs et de
go. Le premier repose sur des mouvements de pièces dotées de différentes
puissances et qui se prennent, se bloquent et se menacent. Tout l’art consiste à
faire le plus de dégâts chez l’autre ou du moins à arriver à la position la plus
dangereuse pour son roi. Dans le jeu de go, la règle est d’occuper des territoires
en posant des pierres Gagne celui qui contrôle le plus de territoires – ensemble
d’intersections vides qu’il entoure ou fait le plus de prisonniers, des pièces
adverses encerclées .

Cette distinction s’applique aux stratégies de l’information. Les plus
riches sont indirectes, et, du reste, les stratégies « directes » à l’état pur y sont
rares et secondaires. Une action de propagande primaire (je lance un slogan
« Votez X », l’électorat suit, j’ai gagné) ? Une action publicitaire (« achetez
Y », le public achète) ? Dans la réalité, il est rare de pouvoir ainsi cerner un
mécanisme où une cause produit un effet. Une stratégie théoriquement directe
– celle du discours persuasif par exemple – peut mobiliser des tactiques
indirectes : ce peut être l’appel à l’autorité ou aux normes acceptées, ou encore
l e recours au processus d’identification pour faire passer une thèse.
Corollairement une stratégie indirecte peut rarement faire l’économie à un
moment ou à l ‘autre des méthodes de conviction ou de séduction d’une
rhétorique « directe ».

Statégies directes signifie souvent stratégies explicites. La plaidoirie
d’un avocat est censée faire gagner son client. Une publicité faire vendre
davantage. Une menace faire peur. Une campagne électorale officielle faire
gagner des voix. Une opération de relations publiques faire parler de vous en
bien. Les professionnels qui vendent de telles prestations assurent que des
résultats mesurables peuvent être attendus de « bons messages » élaborés dans
les règles de l’art. Il y aurait beaucoup à dire sur la scientificité de ce discours,
mais il présuppose un rapport direct entre des moyens employés (des affiches,
des visuels, des logos, des discours..) et des résultats obtenus.

Dans le cas des actions indirectes, nous pouvons conserver l’image d’un
territoire issue des jeux de stratégie, mais entendue ici au sens métaphorique.
L’adversaire ou la cible ne peut plus manœuvrer que dans l’espace sémantique
qui lui est concédé et dans la direction voulue. Ainsi les stratégies qui visent à
limiter la liberté d’action de l’autre en s’en prenant à sa réputation, à ses
alliances illustrent ce principe De même que toutes celles qui tendent à
« baliser » le terrain mental où l’on manœuvre : déterminer les mots, les
catégories intellectuelles utilisées, les habitudes, normes, critères, attitudes…
En ce sens, les stratégies indirectes sont toutes à un degré ou à un autre liées au
principe d’influence : elles génèrent un influx qui prédispose à ou dirige vers.

Si nous voulions encore prolonger la métaphore, nous dirions que les
stratégies négatives, agressives cherchent à paralyser l’autre, donc à limiter son
territoire d’action, tandis que les stratégies positives servent à orienter vers une
« zone », celle des bonnes idées et des bonnes images. Soit la desinformatsia
soviétique des années 50 ou 60. Elle a pour fonction de créer, éventuellement à
partir des faux documents, de la confusion, de l’embarras, de la méfiance, du
discrédit à l’égard de l’ennemi américain. À la même époque les Etats-Unis,
via l’USIA (United States Information Agency), subventionnent les radios et
médias qui donnent une image favorable de leur mode de vie et invitent des
jeunes étrangers, susceptibles de devenir les futures élites de leurs pays, à
fréquenter leurs universités ou leurs institutions. C’est typiquement une
stratégie positive pour orienter les attitudes futures dans le sens souhaité. Mais,
quand, à la même époque, la CIA enseigne les « opérations psychologiques »
destinées à démoraliser les vietcongs, ou quand Moscou favorise les congrès
internationaux d’étude du marxisme, c’est l’inverse.

Les stratégies indirectes supposent trois conditions :

- Un initiateur qui pense et lance le processus. Ainsi dans les ruses
puériles, l’enfant songe spontanément à faire le mort, faire le distrait, faire le
dormeur, faire le maladroit… Tromper par l’apparence que l’on prend est une
ébauche des stratégies indirectes. Il n’est pas toujours facile de distinguer (ou
au moins de prouver) l’intentionnalité de l’initiateur. Soit une rumeur : A l’a-t-
il lancée pour affaiblir B, ou par pure bêtise ou envie ? Une personnalité en vue
lance une mode (ainsi une vedette de Star Academy qui adopte une coiffure
aussitôt imitée par des milliers d’adolescents) : s’agit-il d’une stratégie de
marketing (augmenter la visibilité de la vedette, stimuler ses ventes) ou d’une
conduite spontanée ?

- Une médiation. Médiation a ici son sens le plus large : tout ce par quoi
passe le message de l’initiateur et par lequel il se transforme et développe son
effet réel différent de sa direction apparente initiale. La médiation peut être
simplement celle d’un milieu : ainsi les internautes qui répercuteront une e-
rumeur se font les intermédiaires d’une opération de déstabilisation. Dans
d’autre cas, la médiation correspond à un stade intermédiaire : une réaction de
la cible qui fait produire à la stratégie tout son effet. De façon générale, la
« cible » tend à coopérer inconsciemment aux desseins de l’initiateur. Dans
d’autres cas encore, la médiation est un média : un bruit habilement lancé
repris par les journaux par exemple. Enfin, la médiation peut être celle d’un
allié : les stratégies indirectes consistent à faire coopérer d’autres acteurs à vos
objectifs. En cas de désinformation, ces acteurs peuvent être inconscients : ils
répercutent simplement une information. Mais dans d’autres méthodes d’action
en réseaux, l’art du stratège consiste à faire agit plusieurs acteurs dans le même
sens, chacun là où il est le plus efficace. Ceci est valable s’il s’agit de relations,
des copains, des gens influents sollicités pour obtenir une décision favorable à
ses desseins, mais aussi dans le cas d’une mobilisation d’associations,groupes de pression d’activistes, d’autorités morales ou d’experts comme les
pratiquent les altermondialistes. La médiation fait ici relais et amplification.

- Une cible dont, au final, l’attitude sera modifiée dans le sens désiré
p a r l’initiateur, sans qu’elle ait nécessairement conscience du
processus. L’initiateur a ainsi accru son pouvoir au sens défini plus haut.

Cadre et contenu de l’information

Les stratégies indirectes conditionnent dans le double sens du terme :
des gens et des circonstances. Il s’agit d’une part d’agir sur l’esprit d’autrui
pour susciter la réaction attendue et d’autre part de créer de telles conditions
que la situation semble déboucher spontanément sur le résultat attendu. Par
exemple en organisant une mise en scène ou en favorisant certains éléments
dans la perception de la situation. Les stratégies indirectes emploient la
puissance d’institutions sociales, véritables machines à faire croire, mais elles
ne les créent pas pour autant L’Église, l’armée, l’école peuvent jouer la cette
fonction, CNN, Google ou une bibliothèque nationale aussi. Si le but d’une
stratégie indirecte est de faire penser que, cela passe aussi par le comment
penser et à quoi.

Dans un milieu clos, telle une secte ou un régime totalitaire, un groupe
ou un individu peut décider ainsi autoritairement de tout ce que ses sujets
peuvent penser et percevoir. Ainsi, dans 1984 de George Orwell, Big Brother
contrôle ce que montrent les médias, ce que disent et écoutent les citoyens. Il
fait même modifier les livres d’histoire pour rendre le passé conforme aux
nécessités de la politique présente. Mais Big Brother détermine aussi des
valeurs et des catégories mentales grâce auxquelles pensent les citoyens : il les
oblige à parler la novlangue, une langue de bois au carré : il n’y existe aucun
terme pour désigner les notions interdites. Tout y est fait pour amener le
locuteur à enchaîner les expressions autorisées et phrases standardisées, si bien
qu’il ne peut avoir que les pensées « licites ».

Quelles que soient les limites qu’apportent nos systèmes aux libertés
individuelles, nous n’en sommes pas là. Dans notre monde, les stratégies
indirectes doivent plutôt tenter de modifier les machines existantes ou
s’appuyer sur elles. Une méthode peut consister à infiltrer une ONG pour
mettre son prestige au service des causes souhaitées, ou encore à fournir aux
journalistes et aux agences de presse un sujet bien ficelé qui va dans le sens
souhaité. Sélectionner les informations disponibles plus que les imposer est
aussi une pratique fréquente. Globalement les stratégies indirectes consistent
d a v a n t a g e à peser ou intervenir sur un processus de décision et de
communication qu’à la construire. Elles jouent là où l’acteur ne dispose pas de
l’autorité (comme celle que confère l’institution), de la contrainte ou de la
capacité de fournir des contreparties. Donner un ordre, menacer ou acheter ne
sont pas des stratégies indirectes

La stratégie indirecte suggère des notions comme « faire pression au
bon endroit », « faire basculer », « inciter », « stimuler », « faire levier »,
« contourner », « prendre appui », Toutes indiquent la même idée, une action
minimale où et quand elle peut diriger une force supérieure dans le sens voulu.
Rarement là où elle s’oppose frontalement à une autre force ou à une
résistance, puisqu’elle elle interagit plus qu’elle n’impose.

Une stratégie indirecte de l’information n’oppose pas frontalement un
argument à un autre, une image à une autre comme dans la dialectique chère à
la tradition grecque où la parole forte représentant la raison forte l’emporte sur
la faible de par sa propre vertu. Dans une stratégie indirecte, l’efficacité des
signes que l’on emploie est fonction de leur adaptation,, de la synergie qu’ils
exploitent. C’est une notion chère à la pensée chinoise, telle que la résume
François Jullien, : la propension des choses. Une stratégie indirecte favorise ou
exploite une potentialité inhérente à la situation, elle ne la crée pas. Elle ne fait
qu’actualiser ce qui était latent. Celui qui a été trompé ne demandait qu’à
l’être, aveuglé qu’il était par son avidité ou ses préjugés. La rumeur n’a fait que
jouer sur des préconceptions ou des stéréotypes déjà implantées dans la
population cible. La déstabilisation n’a fait que révéler des faiblesses, telles
celles d’une entreprise qui est soumise au risque de réputation et dépend de son
image de marque.

Soit le lobbying. Comment procède le professionnel ? Certes, il va
employer un argumentaire élaboré, et si possible lui conférer une apparence
chatoyante et séduisante : belles brochures, présentations audiovisuelles. Mais
surtout, il va travailler en amont, et identifier des besoins auxquels peut
répondre son discours.

Il va déterminer qui décide ou bloque quoi dans une administration, qui
a besoin de quelle information et dans quel langage elle sera la plus
exploitable. Il va analyser où une documentation fournie à la bonne personne
qui cherche à s’éviter un long travail de recherche va orienter ses conclusions.
Il offre du « prédigéré ». Il cherche surtout ce que désire et ce que souhaite
entendre son interlocuteur. Parfois même, il travaille encore plus en amont, en
créant le courant d’opinion ou la réserve d’idées et de mots qui favorisent ses
desseins. Certaines think tanks américaines remplissent notamment cette
fonction.

Par ailleurs le lobbyiste a l’art de faire intervenir dans son sens des gens
prestigieux, représentatifs, ou simplement actifs. Bien entendu, cela le conduira
à flirter avec la menace (« Si vous adoptez telle mesure, cela créera du
chômage et nous nous arrangerons pour que cela se sache »), ou avec la
promesse voire la corruption (« Si vous vous rangez à notre avis, telle catégorie
d’électeurs, tel média ou telle institution avec qui nous nous entretenons les
meilleurs rapports saura s’en souvenir. »). Dans tous les cas, il jongle avec les
attentes, besoins et désirs d’autrui, plus qu’il ne les crée par une rhétorique
implacable.
Dans la vie courante, nous rencontrons et pratiquons des stratégies indirectes
Petites ruses et menus stratagèmes, du type prêcher le faux ♦
pour savoir le vrai ou utiliser le « pied dans la porte » (obtenir une première
petite concession pour formuler une demande plus importante)

Manœuvres de séduction :
A feint la faiblesse, pour permettre à B de manifester sa force et sa compétence, et le flatte par de bruyantes manifestations de reconnaissance. À obtient ce qu’il veut de B. Telle est l’argument de la pièce de Labiche, Le voyage de Monsieur Perrichon

Diffamation et médisance :
A affaiblit la position de son rival B en répandant les pires horreurs pour qu’elles soient répétées et si possible amplifiées.

Si nous abordons les stratégies indirectes complexes, nous pouvons encore retrouver des catégories simples pour décrire les interventions de l’initiateur.
Il peut d’abord intervenir sur le contenu même de l’information qui parviendra à la cible de diverses manières :

Falsification.
Il s’agit alors de faire parvenir une information fausse à la cible.♦
L’utilisation d’un agent double pour envoyer à l’adversaire de faux
renseignements est emblématique de cette situation. Les exemples
sont innombrables autant dans les livres des stratagèmes chinois
qu’au cours de la seconde guerre mondiale.

Scénarisation.
Ici, il ne suffit plus de dire ou d’écrire quelque chose que l’on♦
sait faux, il faut créer des apparences trompeuses. L’escroc qui se
livre à des manœuvres frauduleuses ou excipe d’une qualité qui n’est
pas la sienne, tel que le décrit le code pénal, appartient typiquement
à cette catégorie. De même le général que qui fait allumer des feux la
nuit pour tromper l’ennemi sur la position et l’importance de ses
troupes. Ou encore le ministre Potemkine qui faisait peindre de faux
villages riants, comparables à des décors de théâtre, de façon que
Catherine de Russie se fasse une image idyllique des conditions de
vie des moujiks.

Dissimulation.
Dans ce troisième cas, il suffit de faire le silence ou de susciter♦
une conspiration du silence. Ce sont des stratégies d’omerta qui
reposent plus ou moins sur la menace implicite et sur les règles
implicites dans un milieu. Ainsi, la cohésion culturelle au sein d’un
milieu, celui des journalistes de presse écrite parisiens, par exemple,
peut rendre faciliter la diffusion de l’idée qu’il ne serait pas
convenable d’évoquer tel ou tel sujet.

2) Seconde grande catégorie : l’action qui joue sur l’attention de la cible (ou des médiateurs
qui pèsent sur la cible). Il s’agit alors d’interférer sur la disponibilité de l’information et sur
le retentissement qui lui est donné pour « vendre » quelque chose (y compris une idée ou sa
propre renommée) sur la Toile, il ne suffit plus d’être bruyant et spectaculaire : il faut
maîtriser les arcanes de l’indexation. La plupart des internautes parvenant à une page à la
suite d’une requête sur un moteur de recherche. Du coup est née une niche de pouvoir : l’art
de référencer, de diriger les requêtes (donc une fois encore l’attention) en fonction de
certains critères (taxinomiques, sémantiques, de notoriété…). Cela suscite des stratégies
asymétriques comme le « bombardement de Google » (Google bombing). Cette technique
consiste à améliorer son classement sur les pages du moteur de recherche en multipliant
artificiellement les liens hypertextuels pointant vers le site désiré ou encore en employant
une politique habile de multiplication des mots-clefs. Mais l’attention des internautes
(concrètement : leur faculté de se précipiter vers tel ou tel site qui n’est pas nécessairement
le plus riche, le plus professionnel ou le plus connu) fonctionne largement suivant des
critères propres aux communautés virtuelles. Ils correspondent souvent à un «bouche-à-
oreille » numérique incontrôlable. Dans un autre ordre d’idées créer un média, comme une
chaîne internationale d’information en arabe (al Jazira) ou en espagnol (Telesur) c’est,
certes, se donner un moyen d’en contrôler le contenu. Mais c’est aussi se doter d’un moyen
de « faire l’agenda », d’attirer l’attention sur certains faits ou sur certains « points de vue »
(celui des masses arabes, celui des latino-américains), c’est donc aussi mener une stratégie
de l’attention.

3) Troisième grande famille : l’action sur le « point de vue » ou le
cadre de la communication. Le cadre inclut toutes les croyances et émotions
relatives à la source de l’information, aux rapports entre ladite source et son
destinataire, et à tout le contexte qui en guidera l’interprétation. Le fait que la
cible A se persuade que l’information émane d’origine amie ou ennemie, fiable
ou non, volontairement ou pas, qu’il s’imagine qu’elle est destinée à le leurrer
ou à l’aider, qu’il entretienne tel ou tel rapport affectif, soit dans telle position
par rapport au messager, sont évidemment déterminants. Tout ce qui agit sur
les prédispositions de la cible joue dans le même sens.
Des expériences célèbres montrent jusqu’où peut aller ce phénomène.
Ainsi dans celle de Stanley Milgram des cobayes persuadés qu’il participent à
une expérience scientifique sont incités à infliger des punitions effroyables (des
chocs électriques, heureusement simulés) à des sujets qui feignent d’accomplir
une tâche, de se tromper souvent et finalement d’être punis. Du fait qu’ils
s’imaginent appliquer des consignes garanties par l’autorité de la science, de
braves gens en viennent à accomplir des actes qui répugneraient à leur
conscience en temps ordinaire.
Dans la vie courante, les effets du conditionnement, même s’ils sont
spectaculaires que dans cette situation manipulée en laboratoire, portent bien
plus en amont sur l’usage d’habitudes mentales, de la langue au système de
comptabilité ou des modes de vie aux références philosophiques. Ce n’est pas
par hasard que notre pays a développé les Alliances Françaises après la défaite
de 1870, espérant que la diffusion de notre langue compenserait la perte de
prestige due à la guerre. Ce n’est pas non plus par hasard que, pendant les
années de guerre froide, la CIA subventionnait l’exportation vers l’Est de livres
au contenu expressément anticommuniste (comme le bouleversant « Le Zéro et
l’Infini » de Koestler) mais aussi la musique moderne et la peinture abstraite,
dans une perspective de guerre culturelle contre l’URSS.

Du reste nous avons probablement vécu dans les années 90 l’apogée de
la stratégie indirecte de l’information, ainsi entendue, quand les partisans de
l’élargissement (enlargment) du modèle américain, d’Alvin Toffler à Al Gore,
comptaient sur l’expansion d’Internet pour étendre la modernité et finalement
une attitude pro-occidentale. L’homme nouveau devait naître de l’extension
des forces de communication, comme pour les marxistes orthodoxes, il devait
résulter du développement des forces productrices. À ce stade, on peu parler
d’une idéologie (ou d’une utopie) de la technologie, mais comme toute
idéologie, celle-là servait des desseins de puissance bien précis. En dépit de ou
grâce à son apparente naïveté.

En un mot toutes recherches sur les stratégies indirectes nous renvoient à la
question de l’idéologie, question que l’on a trop vite crue obsolète au cours de
la dernière décennie et sur laquelle nous reviendrons longuement ailleurs.
Conclusion

Comment ne pas être victime des stratégies de l’information ? Le
tableau redoutable que nous venons d’en dresser pourrait faire craindre pire.
Mais il y a deux bonnes nouvelles. La première est que ces stratégies échouent
parfois. Et la seconde – qui justifie la première – que leur étude ne date pas
d’hier et que nous disposons d’une sérieuse panoplie de connaissances.

Les Grecs nous ont légué des traités de rhétorique et d’éristique, de
véritables matrices des « figures » de nature à convaincre l’interlocuteur et
qu’emploient encore les modernes spécialistes de la publicité et du marketing
politique. La stratégie chinoise s’est condensée en traités, du type des fameux
« 36 stratagèmes » transposables à la compétition économique, politique ou
militaire moderne. L’étude des médias est une discipline qui sera bientôt
centenaire Il existe une multitude de grilles de lecture des méthodes de la
propagande. Autant la stratégie militaire que l’intelligence économique ont
réfléchi sur les conflits informationnels. La réflexion critique sur la société de
l’information commence à s’intéresser à ces questions. Bref, il est difficile de
plaider la surprise et l’ignorance.

Nous avions pour notre part proposé le terme d’infostratégie pour
d é s i g n e r l’étude des conflits (modalités, occurrences, motivations et
f i n a l i t é s … ) liés aux systèmes de