Le blog du kraken

juin 3, 2007

Stratégies de l’information

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 1:50

par François-Bernard Huyghe
 http://www.huyghe.fr.

Les stratégies informationnelles servent à accroître le pouvoir de celui
qui les emploie : elles augmentent sa capacité de faire prédominer sa volonté.

Qui dit stratégie dit agir dans des conditions adverses et en fonction de
facteurs dont on ne possède pas la maîtrise. La notion même de stratégie, art de
limiter autant que possible le hasard, implique que dans la vie réelle (et non
dans un jeu où le nombre de coups et les situations possibles sont limités par
des matrices), aucune méthode ne fonctionne à cent pour cent. Elle opère sur
des gens (c’est une pragmatique, pas une technique qui manie des choses). Elle
rencontre des obstacles, généralement la stratégie adverse et un pouvoir lui est
opposé : au minimum la résistance potentielle de celui sur qui elle s’exerce.
Donc pas de recette imparable.

Vaincre par les signes

Il est possible d’utiliser l’information pour vaincre:

- Soit en réduisant sa propre incertitude (ce qui correspond à une
définition classique de l’information), grâce à des renseignements ou des
connaissances qui favorisent les bons choix. Corollairement, il est utile
d’accroître l’incertitude de l’adversaire ou du concurrent. Le tout est de savoir
et d’empêcher de savoir afin de réaliser de meilleures performances. La
supériorité consiste ici en un différentiel de connaissance : A sait fabriquer telle
arme, pas B, A sait qu’il y aura demain tel mouvement en bourse, pas B. Il
s’agit de réduire à son profit le brouillard et la friction inhérents à tout conflit.

- Soit par des messages ou signaux qui produisent un effet sur la cible :
inciter, faire peur, séduire, convaincre…, et suscitent une réaction favorable à
ses desseins. La sémiologie parle de la fonction « conative » du message : elle
est centrée sur l’effet produit sur le récepteur. Ce principe est celui de la
publicité, de la propagande, y compris sous la forme la plus simple : faire
adhérer ou faire rejeter. Ce peut être celui de la déception au sens militaire :
tromper l’autre sur ses intentions, ses forces, sa localisation pour le pousser à la
faute.
- Soit en agissant sur la façon de traiter l’information, et ce qui la
structure. Ce peut être un système de transmission, un logiciel, un code. Mais il
est possible de s’appuyer sur les catégories mentales, sur l’idéologie, les
procédures et méthodes, la langue, les modes de raisonnement. Influencer,
former, voire formater sont les procédés les plus courants en ce domaine. Faire
adopter son vocabulaire, son code de déontologie ou ses habitudes de
consommation… Le secret est d’agir sur les réactions d’autrui, mais en amont,
quitte à modifier le code employé ou la prédisposition d’un acteur.
Pour faire formule, nous avions dit que la première stratégie d’information pèse sur les choses par le savoir, la seconde sur les gens par conviction ou incitation et la troisième sur l’information elle-même en modifiant le sens qu’elle prendra pour les acteurs.

Les trois types de stratégies se mêlent constamment et se soutiennent
mutuellement. Prenons un étudiant cherchant à assurer le succès de sa thèse et
à la rentabiliser professionnellement. Tout le travail de recherche,
documentation et bibliographie ressort à la première catégorie. Tout ce qui
touche à l’élaboration et à la mise en forme de son texte, bref toute son
éloquence à la seconde catégorie. Mais il faut aussi l’art de s’appuyer sur telle
école, sur l’autorité d’X ou de Y. Il faut la façon de réunir tel jury, tout le
dispositif matériel et relationnel qui soutiendra l’exposition et de légitimation
des idées exposées ressort à la troisième catégorie de même que la stratégie de
publication (le publish or perish des anglo-saxons) de présence dans les
colloques et séminaires, d’exposition médiatique, de réseaux.

De la même façon, une entreprise pratique la veille économique et faire
de la publicité et du marketing, ce qui correspond aux deux premières
fonctions, mais elle doit aussi songer à son image de marque, comprendre les
courants de valeurs et d’idées sur lesquels elle s’appuiera pour conquérir son
marché. Sans parler des pratiques de guerre économique où les sociétés
recourent à la désinformation et la déstabilisation informationnelles parfois
plus que ne le faisaient les États du temps de la guerre froide idéologique.

Notre troisième exemple, forcément dans le domaine militaire, peut se
trouver dans le classique des classiques, « L’art de la guerre » de Sun Zi.
Quand il conseille d’avoir des espions partout, cela ressort à la première
catégorie, quand il suggère de feindre l’inactivité au moment où on s’apprête à
lancer son attaque, à la seconde. Mais quand le général chinois recommande de
songer au moral de ses troupes ou, au contraire, de préparer les moyens de
démoraliser les adversaires ou de leur instiller une fausse confiance avant les
hostilités, il se range dans le troisième cas de figure.

Se soutenant mutuellement (pas de persuasion sans connaissance
préalable, mais pas de conviction si le terrain n’est pas réceptif), les stratégies
de l’information relaient et préparent les stratégies de force et de puissance.
Parfois même elles les remplacent. Les stratèges chinois considéraient le
stratagème comme le moyen le plus honorable de vaincre, suivi par la
diplomatie, et en dernier lieu la victoire militaire.

Savoir et croyance

Nombre de pratiques regroupées sous le terme ambigu de « guerre de
l’information » reposent sur la capacité matérielle de percevoir (ou d’empêcher
de percevoir) des signaux. Ainsi des capteurs et senseurs : un micro, un radar,
un scanneur correctement utilisé permettent d’écouter une conversation à
distance, de repérer un objet en mouvement, …. Inversement, un bon
camouflage, un brouilleur, la structure d’un avion furtif, l’emploi d’une encre
sympathique empêchent l’autre de déceler les indices de la présence d’un objet
ou d’un corps. Et une attaque contre un système informationnel adverse permet
de perturber la réception de sons ou d’images, la circulation de signaux
électronique, l’accès à un site ou à une base de données… Les stratégistes
américains ont théorisé cette notion en prônant « l’infodominance » dans le
cadre de la « Révolution dans les affaires militaires ». L’infodominance est, en
théorie, la situation de l’armée qui dispose sur le champ de bataille de capteurs
perfectionnés, de satellites et instruments d’interception, de moyens de
communication lui garantissant une coordination et une réaction instantanée.
Elle sait tout de l’adversaire qui ne sait rien d’elle et dont les systèmes
d’intelligence et de transmission sont détruits ou perturbés dès le début du
conflit, ses infrastructures critiques bien vite paralysées par un bombardement
chirurgical ou une cyberattaque. Cette vision utopique (les technologies de
l’information et de la communication garantissant la victoire quasiment sans
avoir à verser de sang) s’est récemment heurtée aux réalités de la guerre
asymétrique et du terrorisme. Ce qui, sur le papier, fonctionne très bien contre
un État avec armée, télétransmissions, réseau téléphonique, télévision nationale
et autres. ne vaut guère contre une guérilla.

Cet aspect purement technique de traitement des signaux est affaire
d’appareillage et de procédures. En dépit de ses applications « civiles »,
comme les conflits économiques, il n’est pas celui qui nous intéresse le plus
ici.

Dans ce cas, en effet la valeur de la stratégie est proportionnelle à celle
de l’information que l’on a acquise ou protégée. Tout repose sur sa
disponibilité (X sait ou ne sait pas que A) et sur la confiance que l’on peut
accorder à l’information (A est vrai ou pas).

Quand, les Alliés ont cassé le code de la machine de cryptologie,
Enigma, et ont pu ainsi déchiffrer les messages de l’armée nazie, ou quand ils
ont réussi à débarquer par surprise en Normandie, tandis que les Allemands,
intoxiqués par l’opération Fortitude les attendaient ailleurs, la question de la
valeur de cette stratégie ne s’est pas posée. Quand l’Union Soviétique a pu se
doter de la bombe atomique, en espionnant les U.S.A, la valeur de son système
de renseignement s’est révélée immense. Quand un initié de la Bourse sait si
telle OPA aura lieu et quand, il peut chiffrer son gain probable. Quand une
entreprise connaît l’offre de prix de sa concurrente, elle sait si elle peut
remporter le marché et à quelles conditions. Quand une société pharmaceutique
qui a décidé de produire un certain médicament est informée de l’état
d’avancement des travaux d’un laboratoire rival, elle sait si elle doit continuer
à investir ou pas dans ce domaine….

Si les stratégies “de capacité” reposent essentiellement sur l’acquisition
de connaissances (ou a contrario sur la possibilité de priver la partie adverse de
savoirs comparables), d’autres méthodes supposent l’emploi de messages
efficaces et recherchent un effet de croyance. Pour prendre un critère simple : il
importe que les premières soient vraies (et efficaces) et que les secondes soient
crues (et répandues). Les premières supposent de la capacité d’analyse, les
secondes des symboles efficaces suscitant une dynamique. Dans le premier cas,
il est possible de parler d’un «patrimoine informationnel» à défendre ou
accroître comme en Intelligence économique. Dans le second, le résultat de la
stratégie se mesure peut-être moins en nombre de convaincus (encore que l’on
puisse admettre ce critère si l’on veut par exemple mesurer par sondage
l’efficacité d’une campagne publicitaire ou électorale) qu’à leur position et à la
façon dont se manifeste cette conviction.

Il est assez tentant d’appliquer les catégories du mensonge et de la
vérité, voire de considérer les stratégies de l’information comme des façons de
créer une pseudo-réalité agencée de façon à provoquer les résultats attendus. Le
vocabulaire employé est symptomatique. Tantôt on parle de déception (qui
dans l’ancien français avait bien le sens de tromperie ou détournement avant de
prendre celui de « ne pas être à la hauteur des espérances »), tantôt de
désinformation ou de diversion, comme s’il s’agissait par ce « dé » privatif
d’indiquer que l’autre à été volé d’une part de la réalité, ou privé d’un élément
de jugement. Tantôt on parle de manipulation, de « management de la
perception », de mystification, de suggestion, d’intoxication, de subversion,
terminologie compliquée et redondante, mais qui chaque fois évoque une
action qui fausse l’évaluation de la cible.

Les mêmes notions sont déjà présentes dans le principe de la ruse. La
ruse (initialement un détour que fait le gibier à la chasse pour tromper ses
poursuivants) implique d’abuser l’autre par des apparences délibérément
agencées. Ruser, c’est feindre la faiblesse quand on est fort ou la force quand
on est faible, suggérer un danger imaginaire ou un gain impossible, apparaître
là où on n’est pas. Cela suppose deux éléments : une tromperie (la victime de la
ruse est illusionnée sur ce qui est réel ou probable) et une opportunité (la ruse
doit créer une occasion pour l’exploiter)

Pourtant, la notion de tromperie ou d’apparence ne rend pas compte de
l’ensemble des stratégies de l’information. Réduire à des bobards destinés à
tromper le public la propagande – qui du reste est d’autant plus efficace qu’elle
se réfère à de faits vérifiables - c’est passer à côté de l’essentiel. Assimiler les
stratégies d’influence à des mises en scène, c’est se condamner à ne rien y
comprendre. Quand bien même nous résoudrions la question de ce qu’est une
information « vraie », ou une idée vraie nous n’aurions pas rendu compte du
véritable pouvoir de l’information. Il n’est pas proportionnel à sa conformité au
réel.

On a souvent dit que le véritable pouvoir des médias est le pouvoir
d ’ o c c u p e r le temps des gens. Pour être complète, toute stratégie de
l’information doit occuper du temps, donc de l’attention, et gagner un
monopole (ou une prépondérance) dans le domaine de la parole ou de la
représentation. Par ailleurs le pouvoir de l’information réside aussi dans sa
capacité de déchaîner des sentiments, de rassembler des communautés
partageant les mêmes émotions. Soit l’exemple de la musique – dont on nous
accordera qu’elle n’est en soi ni vraie ni fausse - : elle peut s’intégrer à une
stratégie de qu’il s’agisse de grandes communions humaines dans un meeting
ou de l’effet « subversif » que peut exercer une certaine musique dans un
certain contexte culturel (rock dans le monde soviétique, musique occidentales
dans le monde islamique…). Dans nombre de stratégies de l’information, la
distinction du vrai et du faux n’est pas la plus pertinente.

Effet direct et indirect

Une autre distinction semble plus opérante. Les théories de la guerre ou
des jeux, distinguent souvent des stratégies directes, où l’action produit le
résultat escompté de par sa propre force ou son adéquation à la situation (une
bonne vieille charge de cavalerie par exemple) et, d’autre part, les stratégies
indirectes qui reposent sur la réaction d’un intermédiaire (feinter au Nord pour
attaquer au Sud). Elles sont nécessairement triangulaires, (mouvement initial,
phase intermédiaire, résultat final).

Il est fréquent de recourir à la comparaison entre les jeux d’échecs et de
go. Le premier repose sur des mouvements de pièces dotées de différentes
puissances et qui se prennent, se bloquent et se menacent. Tout l’art consiste à
faire le plus de dégâts chez l’autre ou du moins à arriver à la position la plus
dangereuse pour son roi. Dans le jeu de go, la règle est d’occuper des territoires
en posant des pierres Gagne celui qui contrôle le plus de territoires – ensemble
d’intersections vides qu’il entoure ou fait le plus de prisonniers, des pièces
adverses encerclées .

Cette distinction s’applique aux stratégies de l’information. Les plus
riches sont indirectes, et, du reste, les stratégies « directes » à l’état pur y sont
rares et secondaires. Une action de propagande primaire (je lance un slogan
« Votez X », l’électorat suit, j’ai gagné) ? Une action publicitaire (« achetez
Y », le public achète) ? Dans la réalité, il est rare de pouvoir ainsi cerner un
mécanisme où une cause produit un effet. Une stratégie théoriquement directe
– celle du discours persuasif par exemple – peut mobiliser des tactiques
indirectes : ce peut être l’appel à l’autorité ou aux normes acceptées, ou encore
l e recours au processus d’identification pour faire passer une thèse.
Corollairement une stratégie indirecte peut rarement faire l’économie à un
moment ou à l ‘autre des méthodes de conviction ou de séduction d’une
rhétorique « directe ».

Statégies directes signifie souvent stratégies explicites. La plaidoirie
d’un avocat est censée faire gagner son client. Une publicité faire vendre
davantage. Une menace faire peur. Une campagne électorale officielle faire
gagner des voix. Une opération de relations publiques faire parler de vous en
bien. Les professionnels qui vendent de telles prestations assurent que des
résultats mesurables peuvent être attendus de « bons messages » élaborés dans
les règles de l’art. Il y aurait beaucoup à dire sur la scientificité de ce discours,
mais il présuppose un rapport direct entre des moyens employés (des affiches,
des visuels, des logos, des discours..) et des résultats obtenus.

Dans le cas des actions indirectes, nous pouvons conserver l’image d’un
territoire issue des jeux de stratégie, mais entendue ici au sens métaphorique.
L’adversaire ou la cible ne peut plus manœuvrer que dans l’espace sémantique
qui lui est concédé et dans la direction voulue. Ainsi les stratégies qui visent à
limiter la liberté d’action de l’autre en s’en prenant à sa réputation, à ses
alliances illustrent ce principe De même que toutes celles qui tendent à
« baliser » le terrain mental où l’on manœuvre : déterminer les mots, les
catégories intellectuelles utilisées, les habitudes, normes, critères, attitudes…
En ce sens, les stratégies indirectes sont toutes à un degré ou à un autre liées au
principe d’influence : elles génèrent un influx qui prédispose à ou dirige vers.

Si nous voulions encore prolonger la métaphore, nous dirions que les
stratégies négatives, agressives cherchent à paralyser l’autre, donc à limiter son
territoire d’action, tandis que les stratégies positives servent à orienter vers une
« zone », celle des bonnes idées et des bonnes images. Soit la desinformatsia
soviétique des années 50 ou 60. Elle a pour fonction de créer, éventuellement à
partir des faux documents, de la confusion, de l’embarras, de la méfiance, du
discrédit à l’égard de l’ennemi américain. À la même époque les Etats-Unis,
via l’USIA (United States Information Agency), subventionnent les radios et
médias qui donnent une image favorable de leur mode de vie et invitent des
jeunes étrangers, susceptibles de devenir les futures élites de leurs pays, à
fréquenter leurs universités ou leurs institutions. C’est typiquement une
stratégie positive pour orienter les attitudes futures dans le sens souhaité. Mais,
quand, à la même époque, la CIA enseigne les « opérations psychologiques »
destinées à démoraliser les vietcongs, ou quand Moscou favorise les congrès
internationaux d’étude du marxisme, c’est l’inverse.

Les stratégies indirectes supposent trois conditions :

- Un initiateur qui pense et lance le processus. Ainsi dans les ruses
puériles, l’enfant songe spontanément à faire le mort, faire le distrait, faire le
dormeur, faire le maladroit… Tromper par l’apparence que l’on prend est une
ébauche des stratégies indirectes. Il n’est pas toujours facile de distinguer (ou
au moins de prouver) l’intentionnalité de l’initiateur. Soit une rumeur : A l’a-t-
il lancée pour affaiblir B, ou par pure bêtise ou envie ? Une personnalité en vue
lance une mode (ainsi une vedette de Star Academy qui adopte une coiffure
aussitôt imitée par des milliers d’adolescents) : s’agit-il d’une stratégie de
marketing (augmenter la visibilité de la vedette, stimuler ses ventes) ou d’une
conduite spontanée ?

- Une médiation. Médiation a ici son sens le plus large : tout ce par quoi
passe le message de l’initiateur et par lequel il se transforme et développe son
effet réel différent de sa direction apparente initiale. La médiation peut être
simplement celle d’un milieu : ainsi les internautes qui répercuteront une e-
rumeur se font les intermédiaires d’une opération de déstabilisation. Dans
d’autre cas, la médiation correspond à un stade intermédiaire : une réaction de
la cible qui fait produire à la stratégie tout son effet. De façon générale, la
« cible » tend à coopérer inconsciemment aux desseins de l’initiateur. Dans
d’autres cas encore, la médiation est un média : un bruit habilement lancé
repris par les journaux par exemple. Enfin, la médiation peut être celle d’un
allié : les stratégies indirectes consistent à faire coopérer d’autres acteurs à vos
objectifs. En cas de désinformation, ces acteurs peuvent être inconscients : ils
répercutent simplement une information. Mais dans d’autres méthodes d’action
en réseaux, l’art du stratège consiste à faire agit plusieurs acteurs dans le même
sens, chacun là où il est le plus efficace. Ceci est valable s’il s’agit de relations,
des copains, des gens influents sollicités pour obtenir une décision favorable à
ses desseins, mais aussi dans le cas d’une mobilisation d’associations,groupes de pression d’activistes, d’autorités morales ou d’experts comme les
pratiquent les altermondialistes. La médiation fait ici relais et amplification.

- Une cible dont, au final, l’attitude sera modifiée dans le sens désiré
p a r l’initiateur, sans qu’elle ait nécessairement conscience du
processus. L’initiateur a ainsi accru son pouvoir au sens défini plus haut.

Cadre et contenu de l’information

Les stratégies indirectes conditionnent dans le double sens du terme :
des gens et des circonstances. Il s’agit d’une part d’agir sur l’esprit d’autrui
pour susciter la réaction attendue et d’autre part de créer de telles conditions
que la situation semble déboucher spontanément sur le résultat attendu. Par
exemple en organisant une mise en scène ou en favorisant certains éléments
dans la perception de la situation. Les stratégies indirectes emploient la
puissance d’institutions sociales, véritables machines à faire croire, mais elles
ne les créent pas pour autant L’Église, l’armée, l’école peuvent jouer la cette
fonction, CNN, Google ou une bibliothèque nationale aussi. Si le but d’une
stratégie indirecte est de faire penser que, cela passe aussi par le comment
penser et à quoi.

Dans un milieu clos, telle une secte ou un régime totalitaire, un groupe
ou un individu peut décider ainsi autoritairement de tout ce que ses sujets
peuvent penser et percevoir. Ainsi, dans 1984 de George Orwell, Big Brother
contrôle ce que montrent les médias, ce que disent et écoutent les citoyens. Il
fait même modifier les livres d’histoire pour rendre le passé conforme aux
nécessités de la politique présente. Mais Big Brother détermine aussi des
valeurs et des catégories mentales grâce auxquelles pensent les citoyens : il les
oblige à parler la novlangue, une langue de bois au carré : il n’y existe aucun
terme pour désigner les notions interdites. Tout y est fait pour amener le
locuteur à enchaîner les expressions autorisées et phrases standardisées, si bien
qu’il ne peut avoir que les pensées « licites ».

Quelles que soient les limites qu’apportent nos systèmes aux libertés
individuelles, nous n’en sommes pas là. Dans notre monde, les stratégies
indirectes doivent plutôt tenter de modifier les machines existantes ou
s’appuyer sur elles. Une méthode peut consister à infiltrer une ONG pour
mettre son prestige au service des causes souhaitées, ou encore à fournir aux
journalistes et aux agences de presse un sujet bien ficelé qui va dans le sens
souhaité. Sélectionner les informations disponibles plus que les imposer est
aussi une pratique fréquente. Globalement les stratégies indirectes consistent
d a v a n t a g e à peser ou intervenir sur un processus de décision et de
communication qu’à la construire. Elles jouent là où l’acteur ne dispose pas de
l’autorité (comme celle que confère l’institution), de la contrainte ou de la
capacité de fournir des contreparties. Donner un ordre, menacer ou acheter ne
sont pas des stratégies indirectes

La stratégie indirecte suggère des notions comme « faire pression au
bon endroit », « faire basculer », « inciter », « stimuler », « faire levier »,
« contourner », « prendre appui », Toutes indiquent la même idée, une action
minimale où et quand elle peut diriger une force supérieure dans le sens voulu.
Rarement là où elle s’oppose frontalement à une autre force ou à une
résistance, puisqu’elle elle interagit plus qu’elle n’impose.

Une stratégie indirecte de l’information n’oppose pas frontalement un
argument à un autre, une image à une autre comme dans la dialectique chère à
la tradition grecque où la parole forte représentant la raison forte l’emporte sur
la faible de par sa propre vertu. Dans une stratégie indirecte, l’efficacité des
signes que l’on emploie est fonction de leur adaptation,, de la synergie qu’ils
exploitent. C’est une notion chère à la pensée chinoise, telle que la résume
François Jullien, : la propension des choses. Une stratégie indirecte favorise ou
exploite une potentialité inhérente à la situation, elle ne la crée pas. Elle ne fait
qu’actualiser ce qui était latent. Celui qui a été trompé ne demandait qu’à
l’être, aveuglé qu’il était par son avidité ou ses préjugés. La rumeur n’a fait que
jouer sur des préconceptions ou des stéréotypes déjà implantées dans la
population cible. La déstabilisation n’a fait que révéler des faiblesses, telles
celles d’une entreprise qui est soumise au risque de réputation et dépend de son
image de marque.

Soit le lobbying. Comment procède le professionnel ? Certes, il va
employer un argumentaire élaboré, et si possible lui conférer une apparence
chatoyante et séduisante : belles brochures, présentations audiovisuelles. Mais
surtout, il va travailler en amont, et identifier des besoins auxquels peut
répondre son discours.

Il va déterminer qui décide ou bloque quoi dans une administration, qui
a besoin de quelle information et dans quel langage elle sera la plus
exploitable. Il va analyser où une documentation fournie à la bonne personne
qui cherche à s’éviter un long travail de recherche va orienter ses conclusions.
Il offre du « prédigéré ». Il cherche surtout ce que désire et ce que souhaite
entendre son interlocuteur. Parfois même, il travaille encore plus en amont, en
créant le courant d’opinion ou la réserve d’idées et de mots qui favorisent ses
desseins. Certaines think tanks américaines remplissent notamment cette
fonction.

Par ailleurs le lobbyiste a l’art de faire intervenir dans son sens des gens
prestigieux, représentatifs, ou simplement actifs. Bien entendu, cela le conduira
à flirter avec la menace (« Si vous adoptez telle mesure, cela créera du
chômage et nous nous arrangerons pour que cela se sache »), ou avec la
promesse voire la corruption (« Si vous vous rangez à notre avis, telle catégorie
d’électeurs, tel média ou telle institution avec qui nous nous entretenons les
meilleurs rapports saura s’en souvenir. »). Dans tous les cas, il jongle avec les
attentes, besoins et désirs d’autrui, plus qu’il ne les crée par une rhétorique
implacable.
Dans la vie courante, nous rencontrons et pratiquons des stratégies indirectes
Petites ruses et menus stratagèmes, du type prêcher le faux ♦
pour savoir le vrai ou utiliser le « pied dans la porte » (obtenir une première
petite concession pour formuler une demande plus importante)

Manœuvres de séduction :
A feint la faiblesse, pour permettre à B de manifester sa force et sa compétence, et le flatte par de bruyantes manifestations de reconnaissance. À obtient ce qu’il veut de B. Telle est l’argument de la pièce de Labiche, Le voyage de Monsieur Perrichon

Diffamation et médisance :
A affaiblit la position de son rival B en répandant les pires horreurs pour qu’elles soient répétées et si possible amplifiées.

Si nous abordons les stratégies indirectes complexes, nous pouvons encore retrouver des catégories simples pour décrire les interventions de l’initiateur.
Il peut d’abord intervenir sur le contenu même de l’information qui parviendra à la cible de diverses manières :

Falsification.
Il s’agit alors de faire parvenir une information fausse à la cible.♦
L’utilisation d’un agent double pour envoyer à l’adversaire de faux
renseignements est emblématique de cette situation. Les exemples
sont innombrables autant dans les livres des stratagèmes chinois
qu’au cours de la seconde guerre mondiale.

Scénarisation.
Ici, il ne suffit plus de dire ou d’écrire quelque chose que l’on♦
sait faux, il faut créer des apparences trompeuses. L’escroc qui se
livre à des manœuvres frauduleuses ou excipe d’une qualité qui n’est
pas la sienne, tel que le décrit le code pénal, appartient typiquement
à cette catégorie. De même le général que qui fait allumer des feux la
nuit pour tromper l’ennemi sur la position et l’importance de ses
troupes. Ou encore le ministre Potemkine qui faisait peindre de faux
villages riants, comparables à des décors de théâtre, de façon que
Catherine de Russie se fasse une image idyllique des conditions de
vie des moujiks.

Dissimulation.
Dans ce troisième cas, il suffit de faire le silence ou de susciter♦
une conspiration du silence. Ce sont des stratégies d’omerta qui
reposent plus ou moins sur la menace implicite et sur les règles
implicites dans un milieu. Ainsi, la cohésion culturelle au sein d’un
milieu, celui des journalistes de presse écrite parisiens, par exemple,
peut rendre faciliter la diffusion de l’idée qu’il ne serait pas
convenable d’évoquer tel ou tel sujet.

2) Seconde grande catégorie : l’action qui joue sur l’attention de la cible (ou des médiateurs
qui pèsent sur la cible). Il s’agit alors d’interférer sur la disponibilité de l’information et sur
le retentissement qui lui est donné pour « vendre » quelque chose (y compris une idée ou sa
propre renommée) sur la Toile, il ne suffit plus d’être bruyant et spectaculaire : il faut
maîtriser les arcanes de l’indexation. La plupart des internautes parvenant à une page à la
suite d’une requête sur un moteur de recherche. Du coup est née une niche de pouvoir : l’art
de référencer, de diriger les requêtes (donc une fois encore l’attention) en fonction de
certains critères (taxinomiques, sémantiques, de notoriété…). Cela suscite des stratégies
asymétriques comme le « bombardement de Google » (Google bombing). Cette technique
consiste à améliorer son classement sur les pages du moteur de recherche en multipliant
artificiellement les liens hypertextuels pointant vers le site désiré ou encore en employant
une politique habile de multiplication des mots-clefs. Mais l’attention des internautes
(concrètement : leur faculté de se précipiter vers tel ou tel site qui n’est pas nécessairement
le plus riche, le plus professionnel ou le plus connu) fonctionne largement suivant des
critères propres aux communautés virtuelles. Ils correspondent souvent à un «bouche-à-
oreille » numérique incontrôlable. Dans un autre ordre d’idées créer un média, comme une
chaîne internationale d’information en arabe (al Jazira) ou en espagnol (Telesur) c’est,
certes, se donner un moyen d’en contrôler le contenu. Mais c’est aussi se doter d’un moyen
de « faire l’agenda », d’attirer l’attention sur certains faits ou sur certains « points de vue »
(celui des masses arabes, celui des latino-américains), c’est donc aussi mener une stratégie
de l’attention.

3) Troisième grande famille : l’action sur le « point de vue » ou le
cadre de la communication. Le cadre inclut toutes les croyances et émotions
relatives à la source de l’information, aux rapports entre ladite source et son
destinataire, et à tout le contexte qui en guidera l’interprétation. Le fait que la
cible A se persuade que l’information émane d’origine amie ou ennemie, fiable
ou non, volontairement ou pas, qu’il s’imagine qu’elle est destinée à le leurrer
ou à l’aider, qu’il entretienne tel ou tel rapport affectif, soit dans telle position
par rapport au messager, sont évidemment déterminants. Tout ce qui agit sur
les prédispositions de la cible joue dans le même sens.
Des expériences célèbres montrent jusqu’où peut aller ce phénomène.
Ainsi dans celle de Stanley Milgram des cobayes persuadés qu’il participent à
une expérience scientifique sont incités à infliger des punitions effroyables (des
chocs électriques, heureusement simulés) à des sujets qui feignent d’accomplir
une tâche, de se tromper souvent et finalement d’être punis. Du fait qu’ils
s’imaginent appliquer des consignes garanties par l’autorité de la science, de
braves gens en viennent à accomplir des actes qui répugneraient à leur
conscience en temps ordinaire.
Dans la vie courante, les effets du conditionnement, même s’ils sont
spectaculaires que dans cette situation manipulée en laboratoire, portent bien
plus en amont sur l’usage d’habitudes mentales, de la langue au système de
comptabilité ou des modes de vie aux références philosophiques. Ce n’est pas
par hasard que notre pays a développé les Alliances Françaises après la défaite
de 1870, espérant que la diffusion de notre langue compenserait la perte de
prestige due à la guerre. Ce n’est pas non plus par hasard que, pendant les
années de guerre froide, la CIA subventionnait l’exportation vers l’Est de livres
au contenu expressément anticommuniste (comme le bouleversant « Le Zéro et
l’Infini » de Koestler) mais aussi la musique moderne et la peinture abstraite,
dans une perspective de guerre culturelle contre l’URSS.

Du reste nous avons probablement vécu dans les années 90 l’apogée de
la stratégie indirecte de l’information, ainsi entendue, quand les partisans de
l’élargissement (enlargment) du modèle américain, d’Alvin Toffler à Al Gore,
comptaient sur l’expansion d’Internet pour étendre la modernité et finalement
une attitude pro-occidentale. L’homme nouveau devait naître de l’extension
des forces de communication, comme pour les marxistes orthodoxes, il devait
résulter du développement des forces productrices. À ce stade, on peu parler
d’une idéologie (ou d’une utopie) de la technologie, mais comme toute
idéologie, celle-là servait des desseins de puissance bien précis. En dépit de ou
grâce à son apparente naïveté.

En un mot toutes recherches sur les stratégies indirectes nous renvoient à la
question de l’idéologie, question que l’on a trop vite crue obsolète au cours de
la dernière décennie et sur laquelle nous reviendrons longuement ailleurs.
Conclusion

Comment ne pas être victime des stratégies de l’information ? Le
tableau redoutable que nous venons d’en dresser pourrait faire craindre pire.
Mais il y a deux bonnes nouvelles. La première est que ces stratégies échouent
parfois. Et la seconde – qui justifie la première – que leur étude ne date pas
d’hier et que nous disposons d’une sérieuse panoplie de connaissances.

Les Grecs nous ont légué des traités de rhétorique et d’éristique, de
véritables matrices des « figures » de nature à convaincre l’interlocuteur et
qu’emploient encore les modernes spécialistes de la publicité et du marketing
politique. La stratégie chinoise s’est condensée en traités, du type des fameux
« 36 stratagèmes » transposables à la compétition économique, politique ou
militaire moderne. L’étude des médias est une discipline qui sera bientôt
centenaire Il existe une multitude de grilles de lecture des méthodes de la
propagande. Autant la stratégie militaire que l’intelligence économique ont
réfléchi sur les conflits informationnels. La réflexion critique sur la société de
l’information commence à s’intéresser à ces questions. Bref, il est difficile de
plaider la surprise et l’ignorance.

Nous avions pour notre part proposé le terme d’infostratégie pour
d é s i g n e r l’étude des conflits (modalités, occurrences, motivations et
f i n a l i t é s … ) liés aux systèmes de transmission et communication
caractéristiques de la société dite de l’information. Le champ de cette discipline
à inventer serait celui des changements, technologiques, stratégiques,
symboliques, régissant les rapports entre conflit et information. Quel que soit le
nom que l’on donne à la chose, il nous faut maintenant comprendre
l’information comme un pouvoir paradoxal qui s’accroît aussi souvent par sa
rareté que par sa multiplication.


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L’industrie du disque dit leurs dix vérités aux pirates

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 7:53

La Fédération internationale de l’industrie phonographique (Ifpi) veut tordre le cou à plusieurs idées reçues sur l’échange de fichiers piratés.

Karine Solovieff , 01net., le 01/06/2007 à 18h07

Il y a ceux qui veulent engager un dialogue constructif avec les internautes sur le futur de la musique en ligne, comme le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) avec son site FaceFace.

Et puis il y a l’Ifpi (la Fédération internationale de l’industrie phonographique), équivalent du Snep au niveau international, qui préfère dire leurs dix vérités à ceux qui téléchargent de la musique illégalement ou qui en font leur business.

A l’occasion de la deuxième édition à Hong-Kong de Music matters (la musique c’est important), le président de l’Ifpi a mentionné les « dix vérités dérangeantes sur l’industrie musicale aujourd’hui », dont voici la traduction :

1. Pirate Bay, l’un des porte-étendards du mouvement anti-droits d’auteur, génère des milliers d’euros en publicité sur son site, tout en maintenant sa rhétorique anti-establishment sur la musique libre.

2. Allofmp3.com, le très populaire site russe [qui vend des fichiers MP3 sans DRM et à prix cassés, NDLR], n’a reçu de licence d’aucun membre de l’Ifpi, a été désavoué par les ayants droit à travers le monde et fait l’objet d’une plainte en Russie.

3. Le crime organisé et même des groupes terroristes utilisent la vente de CD piratés pour récolter des fonds et blanchir de l’argent.

4. Les personnes qui téléchargent illégalement n’en ont rien à faire que la musique piratée émane de majors ou de labels indépendants.

5. Moins de chiffre d’affaires pour les labels musicaux veut dire moins d’argent disponible pour miser sur des groupes underground et pousse au contraire à investir sur des valeurs sûres.

6. Les FAI utilisent souvent la musique comme argument publicitaire, tout en facilitant l’échange illégal de musique à grande échelle.

7. Le mouvement anti-droits d’auteur ne crée pas d’emplois, de chiffre d’affaires ni de croissance économique - ce sont principalement des personnes pontifiant sur le monde commercial dont ils ne connaissent pas grand-chose.

8. Le piratage n’est pas lié à un manque de moyens financiers. Le professeur Zhang de l’université Nanjing a montré que les Chinois qui achètent des produits piratés appartiennent à la classe moyenne ou supérieure.

9. La plupart des gens savent que c’est mal d’échanger des morceaux protégés par le droit d’auteur mais ils continueront tant qu’ils ne seront pas contraints légalement à arrêter, comme l’a démontré une récente étude par le groupe australien contre le piratage, le Mipi.

10. Les réseaux peer to peer ne permettent pas de découvrir des nouveaux talents. Ce sont principalement les derniers tubes qui sont échangés.

Alors ? Convaincus par les arguments de l’Ifpi?

Dans le climat d’hystérie qui prévaut actuellement à propos du p2p, nous vous conseillons donc de vous tourner vers la musique libre et légale dont vous pouvez trouvez un annuaire ici:
 http://rezal404.org/wikini/wakka.php?wik…


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mai 26, 2007

La désinformation

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 8:34

« La désinformation consiste à propager délibérément des informations fausses pour influencer
une opinion et affaiblir un adversaire. »
- “Propager” sous-entend un caractère public. Plus que le simple bouche-à-oreille ou l’usage de
messages privés, il faut avoir recours à des médias et à des vecteurs.
- “Délibérément” demande au moins chez l’acteur la connaissance de sa finalité, même si les
“repreneurs” et propagateurs de l’information peuvent être inconscients du processus. Qui se
ment à soi-même par erreur ou aveuglement idéologique ne peut désinformer mais seulement
répandre la désinformation.
- “Des informations” ce qui requiert qu’il s’agisse de relations de faits, de descriptions de la
réalité, non de simples jugements moraux ou opinions. La désinformation a pour base la
description d’événements fictifs.
- “Fausses” implique qu’elle comportent des affirmations contraires à la réalité ou recadrées de
façon à en altérer l’interprétation. Il ne saurait s’agir de simple rhétorique, d’exagération, etc. qui
ne constituent pas un processus de falsification. Ni même de constructions ou explications de la
réalité à l’aide de stéréotypes ou catégories idéologiques. Le mensonge dans la désinformation
porte sur la réalité qu’il décrit, sur la personne ou l’appartenance de qui la rapporte et sur le but
de son énonciation qui est de provoquer un dommage. Cela en fait une sorte de mensonge au
cube. Et un jeu à trois : initiateur, public, victime. La désinformation fait souvent appel de
véritables mises en scène ou la construction d’apparences de réalité. Cela marque la frontière
entre la falsification et la simple illusion. Les politiques de “deux poids deux mesures” dans la
présentation des faits par les médias lorsqu’ils donnent plus de place à ce qui accable un camp
qu’un autre ou les procédés de ceux qui n’appliquent pas les mêmes critères d’indignation en
fonction d’un régime ne constituent pas de la désinformation.
- “Pour influencer une opinion” veut dire que l’on cherche à imposer une croyance ou des
attitudes à un public plutôt qu’une décision à un responsable, même si les deux peuvent se
combiner. Ce public peut être l’opinion adverse, des alliés, des neutres ou l’opinion
internationale en général ; on peut viser le grand public ou des cercles plus restreints. La
désinformation se distingue de l’intoxication qui est la fourniture délibérée d’éléments de
décision erronée à l’adversaire. La désinformation n’est possible que là où existent un espace
public, un lieu de débat et une pluralité d’opinion et de connaissances. Elle n’a de sens que là où
sont en concurrence diverses sources de savoir et diverses interprétations. Big Brother ne
désinforme pas, il contrôle le présent, le passé et le futur, il contrôle jusqu’à la langue même.
Dans un système totalitaire, il y a la vérité officielle et la rumeur clandestine. Le dictateur dicte
ce qui doit être su et cru, et pour y résister on ne peut recourir qu’à une propagation clandestine
de contre-information. La désinformation n’est donc possible que là où il y a connaissance
imparfaite de la réalité, non-fiction absolue, là où règne au moins un pluralisme apparent.
- “Et affaiblir un adversaire” : la désinformation est un instrument utilisé dans un conflit. Elle
sert à diminuer les capacités offensives de l’autre. Ceci se fait, soit en divisant l’autre camp, soit
en l’inhibant (moralement, par désorganisation, etc…). Ce procédé vise à produire un dommage.
En cela, la désinformation, toujours négative ou agressive, diffère de la publicité commerciale,
de l’endoctrinement, etc. dont la finalité est d’obtenir l’adhésion. C’est pourquoi elle recourt à
l’imputation d’actes ou d’intentions inavouables à l’adversaire, à la perversion de son image ou
plus simplement encore la désinformation accroît la confusion et le désordre. Elle devient alors
le contraire de l’information au sens étymologique : mise en forme de connaissances. Ceci se
réalise à travers deux dimensions de la croyance qu’elle suscite : d’une part comme incitation
propageant des passions et sentiments de manière quasi épidémique, telle de la haine, et, d’autre
part, comme représentation erronée, confuse, biaisée de la réalité. Le délire idéologique, la
faculté d’auto-illusion, la clôture informationnelle, l’hallucination interprétative, et tant d’autres
formes de déni de la réalité dont il existe de multiples exemples ne constituent pas de la
désinformation, pour autant qu’elles ne sont pas dirigés contre un adversaire.
La désinformation se distingue ainsi du mensonge, de la ruse, de l’intoxication, de la légende, de
la rumeur, de la publicité, du bobard journalistique, du faux bruit, du trucage, de la rhétorique, et
de la propagande, même si elle fait peu ou prou appel à ces éléments.
Internet s’est souvent révélé le domaine où la mauvaise information chasse la bonne. Il manque
des procédures d’accréditation ou de vérification fiables. Ce que nous avons théoriquement
gagné en pluralité de sources d’information, il se pourrait que nous l’ayons perdu en capacité de
vérifier les sources ou en temps de réaction. Comment la vieille désinformation joue-t-elle de
tant de mésinformation potentielle ?
La technique change les facilités, les fragilités et les finalités de la désinformation.
La facilité de la désinformation s’accroît.
La production est simplifiée La fabrication de faux, y compris de fausses images numériques
parfaites, est à la portée de tous les logiciels. Leur introduction sur Internet, parfois de façon
anonyme et plus vite que les grand médias, est accessible à tout un chacun. Plus besoin
d’imprimerie ou de bureaux, plus besoin de soumettre sa prose à un directeur de publication
pénalement responsable.
La propagation – cela va de soi - est plus commode : les réseaux échappent à toutes les frontières
ou à toutes les censures
La réception rencontre moins d’obstacles : l’énorme masse de l’information disponible, plus le
nombre de sites ou de médias classiques qui se recopient mutuellement. Le tout n’encourage
guère l’esprit critique.
Le plus jeune média du monde réactive le plus archaïque : la rumeur. Elle se caractérise par son
contenu (elle porte sur des sujets amusants, surprenants, croustillants ou scandaleux, souvent en
rapport avec de grands thèmes symboliques, l’argent caché, le complot, l’empoisonnement,
etc…) La rumeur suppose aussi un minimum de vraisemblance : soit elle dénonce une faute ou
un scandale, soit elle relate un malheur, une catastrophe. Elle a un certain degré de rareté et de
confidentialité qui lui donne sa valeur d’échange (il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent
pas). Elle semble ou prétend souvent contredire une vérité ou un silence officiel et surtout,
surtout elle se réclame d’une source inconnue ou invérifiable, toujours indirecte. Toutes les
conditions sont donc réunies pour faire d’Internet son milieu de propagation idéal.
L’existence de communautés d’internautes recherchant la moindre occasion de diffuser et
commenter une nouvelle, de lancer une chaîne, de se valoriser en étant les premiers informés le
rend aussi réceptifs aux cancans de commères en réunion. Le village global annoncé par Mc
Luhan est bien un village, y compris par la médisance et la vacuité des propos.


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mai 15, 2007

Bréviaires des propagandistes

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 6:30

La propagande suscite l’adhésion à une cause par des techniques de communication. Elle ne
sert pas à vendre une chose désirable (comme la publicité) ou à enseigner un savoir vrai et
utile (comme la pédagogie) ou à convaincre d’une thèse controversé (comme la rhétorique). Il
ne s’agit pas non plus de répandre des dogmes (comme le prosélytisme) ou de transformer des
adeptes en robots obéissants (comme le lavage de cerveau dans les sectes). Il s’agit d’une
performance combinant tout cela à un degré ou à un autre : persuader plus mobiliser.
Il faut faire en sorte que la cible (disons «le propagandé») :

- tienne pour vraies certaines affirmations. Ce contenu peut souvent se résumer en un
slogan : « nous dépasserons le plan quinquennal », « nous vaincrons parce que nous
sommes les meilleurs », « voter Machin, c’est assurer la paix et la prospérité », « la loi
Truc est inique et scandaleuse »…

- qu’il adhère aux valeurs et comportements qu’impliquent ces affirmations. Pareille
adhésion peut se traduire par des attitudes allant de l’acceptation passive des mesures
du gouvernement jusqu’au brûlant désir de militer ou de mourir pour la patrie. D’une
vague complicité, plus ou moins conformiste, à une conversion totale, il ne s’agit
pourtant que des degrés de l’identification de l’individu à une institution ou un projet.
Le but final est de changer le monde bien plus que de multiplier le nombre de croyants
en une vérité.

La propagande n’a de raison d’être que là où le propagandé aurait un autre choix : il aurait
pu voter Y et non X, devenir nationaliste ou libéral ou marxiste, soutenir la mondialisation
heureuse et non l’altermondialisme. Dans une société où ce choix n’existe pas, où chacun
adhère au même dogme et répète ce qu’ont répété ses pères, la question ne se pose guère.
Il faut alors parler de culture et de tradition, non d’effet de la propagande : celle-ci cherche
à gagner les esprits, plutôt qu’à les reproduire à l’identique. Il y a propagande là où une
cause s’oppose à d’autres (même si celles-ci ne peuvent s’exprimer et ne représentent
qu’un danger virtuel) et opinion à conquérir

Le propagandiste a donc deux ancêtres: le sophiste grec, ce beau parleur capable de
convaincre indifféremment du vrai ou du faux, et le prédicateur qui débarque un jour dans un
pays inconnu et en repart quand les habitants ont abandonné des dieux de leurs ancêtres pour
en adopter un nouveau. Le premier pour la qualité du discours, le second pour les relations
publiques (elles peuvent être assez exigeantes : plusieurs années de présence sur place à
enseigner et soigner, risque de martyre, voire besoin d’un miracle de temps en temps…). Le
propagandiste jouit d’un avantage que n’avaient pas les deux précédents : il maîtrises les
médias de masses et s’adresse aux masses. Pour cela, relire Aristote et Saint François Xavier,
mais avoir aussi maîtriser suivant l’époque les salles de montage, les plateaux de télévision ou
la Toile.

Dans le domaine de la propagande, la guerre de 14-18 marqua un bond en avant: l’art de gérer
l’enthousiasme des foules y atteignit une perfection inégalée. Après guerre, beaucoup cherchèrent à comprendre ce qui s’était passé. Certains propagandistes se vantèrent même
(tles G. Creel et A. Bernays aux USA) d’agir sur les ressorts de l’âme humaine et de gérer de
manière quasi industrielle les «manufacture du consentement» (une expression de W.
Lippmann autre grand praticien et théoricien). Durant la Grande Guerre, la propagande, dont
le rôle consistait surtout jusque là à glorifier le souverain ou à répandre des idées
révolutionnaires, acquiert de nouvelles dimensions :
- susciter à volonté l’hostilité des masses et leur capacité d’accepter les plus grands
sacrifices
- mobiliser et coordonner l’appareil bureaucratique et les médias de manière qui se veut
scientifique
- censurer, désinformer, contrôler les informations disponibles en dépit du pluralisme de
la presse.

Lord Ponsonby, un aristocrate anglais, socialiste et pacifiste, résuma ainsi les méthodes
utilisées pendant le conflit :
Il faut faire croire :
1 que notre camp ne veut pas la guerre
2 que l’adversaire en est responsable
3 qu’il est moralement condamnable
4 que la guerre a de nobles buts
5 que l’ennemi commet des atrocités délibérées (nous pas)
6 qu’il subit bien plus de pertes que nous
7 que Dieu est avec nous
8 que le monde de l’art et de la culture approuve notre combat
9 que l’ennemi utilise des armes illicites (nous pas)
10 que ceux qui doutent des neuf premiers points sont soit des traîtres, soit des jobards
victimes des mensonges adverses (car l’ennemi, contrairement à nous qui informons, fait de la
propagande)

Même si le décalogue de Ponsonby ne fournit pas à proprement parler une explication de la
propagande, mais un recensement de ses argumentaires en temps de guerre, il reste
remarquable par sa simplicité.

À preuve : lorsque, plus d’un demi-siècle plus tard, Alvin Toffler le ponte de la société de
l’information et de l’information warfare tente de résumer les recettes des armées modernes
(comme celles de l’Otan au Kosovo en 1999), il retombe sur une énumération assez similaire
de recettes :
• Accusations d’atrocités (atrocity propaganda, un terme datant de 14-18),
• Gonflement des enjeux (la guerre devient un affrontement métaphysique du Bien et du Mal),
• Diabolisation de l’adversaire (ce qui équivaut souvent à son « hitlérisation »),
• Polarisation (ou bien on est pour le camp du Bien, ou bien pour celui du Mal),
• Appel à la sanction divine (Dieu est avec nous),
• Méta propagande, c’est-à-dire accusation de propagande lancée contre toute information
provenant de source adverse ou toute assertion contestant la votre. Bénéfice secondaire : on
peut, par exemple, bombarder la télévision serbe, al Jazira ou al Manar sans commettre un
crime, puisque ces gens là font de la propagande pour la tyrannie et le terrorisme qui menacent la liberté d’opinion.

Quand on parle d’analyse de la propagande, il faut rendre hommage à l’IPA (Institute for
Propaganda Analysis). Cette institution fut créée dans l’entre deux guerres par des
scientifiques, inquiets de la puissance de la propagande en temps de guerre et de paix dans les
démocraties. Leur idée était de fournir au citoyen ordinaire des outils d’analyse pour détecter
la propagande, donc de ne plus en être victime.

L’IPA a surtout dénombré « 7 principes » (name calling, glittering generalities, transfer,
testimonial, plain folks, card stacking, and bandwagon) devenus des «classiques» aux USA, à
force d’être répétés

En voici une des versions avec des exemples plus récents:

1)Étiquettes péjoratives : cette technique consiste à accoler simplement un nom à un
groupe pour évoquer des images négatives et contrôler l’aspect réel ou imaginaire de
son identité évoqué du seul fait de nommer les Huns, les Boches, les Rouges, les
Viets, la Réaction les Partageux… Cette méthode renvoie à un principe plus général :
le contrôle des dénominations donc du code. Il n’est pas neutre de nommer quelqu’un
anti ou altermondialiste, progressiste ou radical, fasciste ou nationaliste, cosmopolite
ou mondialiste, libéral ou ultra-libéral, de parler d’Ordre moral ou de bonnes mœurs,
de sans-papiers ou d’immigrants en situation irrégulière. Le pouvoir commence par le
celui de nommer et de circonscrire le champ du pensable et du discutable.

2)Euphémisme et dissimulation. Cette fois les mots servent à occulter le caractère de ce
dont on parle, à le banaliser ou à lui ôter ses implications les plus gênantes. Frappe
chirurgicale sonne mieux que bombardement et « les événements d’Algérie » évoque
moins la gravité de la situation que « la guerre d’Algérie ».

3)Brillantes généralités et noms prestigieux. Cette fois encore, rien de très original. Le
propagandiste accole un terme évoquant le Bien, le Juste, le Beau… à ce qu’il désire
promouvoir. Le « camp de la paix » ou l’opération « juste cause », l’appel à tout bout
de champ à la tolérance ou à la patrie servent ainsi à capter le prestige de valeurs pour
paralyser la critique. Qui se dirait contre les Travailleurs, la Diversité ou l’Autre ?

4)Argument d’autorité : citer des personnalités prestigieuses, «des scientifiques», «des
intellectuels», les «autorités morales» voire des vedettes. Sans se demander si le fait de
très bien chanter ou d’être un remarquable spécialiste de la biologie moléculaire donne
compétence pour parler réforme fiscale.

5)Argument de banalité. Il consiste à rappeler que l’homme du commun pense que…,
Comment aller contre le bon sens populaire ? Si Monsieur Dupont ou Mr. Smith sont
de cet avis, comment contredire les évidences auxquelles croit l’homme du commun ?
On songe ici au film de Kaplan Loin de la foule déchaînée, où un présentateur de radio
gagnait un inquiétant pouvoir politique en se présentant comme le brave gars qui
reflète ce que pensent spontanément tous ses auditeurs.

6)Argument de simplicité : réduire tout à des alternatives binaires, jouer sur la paresse
mentale du public en lui proposant des explications faciles à reprendre et des jugements de valeur. C’est souvent la stratégie du Yaka…

7)Unanimisme et effet moutonnier. Cette fois, le nombre des partisans d’une idée sert à
l’appuyer. Tant de monde ne peut pas se tromper, n’est-ce pas ? Cette conviction sera
renforcée si l’on peut voir ces foules enthousiastes ou en faire partie.

8)Transfert et fausses connexions. Il s’agit d’associer la cause que l’on défend (ou
inversement) avec des symboles plus généraux positifs ou négatifs suivant le cas :
drapeaux, prières, images de héros et de grands hommes, emblèmes de la Nation,
références à la Science… Le but est de s’approprier le prestige d’une valeur positive
ou, au contraire de lier l’adversaire à la Barbarie, à l’Archaïsme, au Fascisme.

9)L’appel à la Peur: la Nation est en péril, nous subissons une invasion invisible, la
tyrannie est à nos portes, la violence monte, un complot nous menace, A va prendre le
pouvoir. La seule solution est de voter X ou de soutenir Y. Avantage collatéral, cette
technique peut se combiner avec celle du Bouc Émissaire : si tout va si mal, c’est de la
faute des étrangers, des capitalistes, des militaristes, des conspirateurs…

Un des « bons docteurs » de l’Ipa, Clyde Miller synthétisait en parlant de quatre leviers :
1. Levier d’adhésion (virtue device) faire accepter une personne, une idée ou un
parti comme « bon » en l’associant à des mots ou symboles «bons »
2. Levier de rejet (poison device) : l’opération inverse avec des symboles du mal
ou de valeurs détestées.
3. Levier d’autorité (testimonial device) : récupérer le prestige d’un homme ou
d’une institution ou exagérer la valeur exemplaire d’un cas pour faire
approuver ou rejeter.
4. Levier de conformité (together device) qui fait appel au poids de la masse des
partisans ou à l’appartenance à une entité supérieure, Nation, Église pour
obtenir l’adhésion.

Ce schéma théorique n’est pas d’un raffinement extrême, mais il décrit assez bien une
pratique quotidienne.

Là aussi on comparera avec intérêt avec une grille des années 50 exposée par J.M. Domenach.
Pour lui, la propagande suppose :
1) la simplification et le choix d’un ennemi unique
2) le grossissement et la défiguration des faits (ce qui ne signifie pas le
mensonge systématique : moins la propagande risque d’être démentie et le
trucage démontré, plus elle est efficace)
3) l’orchestration dans la répétition des thèmes principaux,
4) la «transfusion » qui est l’emploi des mythes préexistants et affects collectifs mobilisés au service de la cause
5) Le principe d’unanimité et de contagion : la pression conformiste du groupe
sur l’individu

Les schémas précédents se recoupent sur cette idée : la propagande prospère là où elle répond
à un besoin du propagandé.. Besoin d’être rassuré d’abord et d’avoir confiance dans l’opinion
du groupe, de la tradition, des grandes valeurs… Second besoin : celui de rejeter, de nourrir sa
peur, d’identifier le mal et les adversaires. Quant au troisième besoin, il est d’ordre cognitif :
la propagande est efficace parce qu’elle rend le réel plus facile à interpréter. Elle impose des
logiques binaires, des catégories attrape-tout, qui rendent le monde et l’histoire enfin
compréhensibles.

Bien entendu, il existe d’autres recettes y compris les manuels de propagande nazis
téléchargeables sur Internet ou les principes de l’Agit Prop soviétique. Et les analystes de la
propagande ne manquent pas non plus qui l’ont expliquée soit par l’instauration de réflexes
conditionnés (comme le pavlovien Serge Tchakhotine), ou par un appel direct à l’inconscient
(Vance Packard dans le cas de la publicité). Dans un autre genre Noam Chomsky incrimine le
système économique des médias qui les rend dépendants des intérêts des annonceurs voire du
gouvernement. La propagande consisterait donc plutôt en la sélection ou la présentation des
nouvelles dans un sens qui renforce le système économico-politique.

L’un peut mettre l’accent sur le pouvoir des images et de l’inconscient, l’autre sur
l’imprégnation idéologique ou sur la censure de fait, un troisième sur l’engagement du
propagandé qui, par étapes, est amené à aller de plus en plus loin.. Il existe des théories
expliquant la propagande par référence au marxisme, à la psychanalyse, à la psychologie
sociale et à dix théories et plus ou moins idéologisée mais l’efficacité pratique de la
propagande est sans rapport avec ses bases « scientifiques ». Surtout, ses succès dépendent de
deux facteurs principaux. :
- Les techniques relatives au contenu du message
- Leur adaptation aux objectifs et à l’environnement de la propagande

Pour les objectifs, la propagande sert à faire entrer dans un cerveau humain, et dans des
proportions diverses, des informations (au sens d’énoncés, d’assertions, de descriptions de la
réalité), des représentations (des symboles, des catégories générales, des images de certaines
réalités abstraites comme la Nation, le Prolétariat ou le Droit), des valeurs, des décisions
(« oui je voterai Machin »), des émotions (« ces Poldèves, quelles brutes sanguinaires ! »)…

Cela peut servir à une de ces fins (qui se chevauchent souvent) :
- à un endoctrinement de fond,
- à maintenir le propagandé dans un état qui lui fasse percevoir le monde où il vit
comme naturel, acceptable ou inéluctable : c’est ce que nous pourrions appeler de la
propagande pour le système
- à provoquer un engagement jusqu’au sacrifice,
- à inciter à des choix simples à un moment précis (voter oui ou on à un referendum),
- à contrôler empêcher les mauvaises nouvelles de circuler et l’opposition de
s’exprimer,
- à maintenir le moral de la population dans des circonstances comme une guerre et à
atteindre le moral adverse,
- à célébrer les mérites d’un dirigeant ou candidat, comme ceux d’une marque
commerciale (mais dans ce dernier cas, il vaut mieux parler de marketing politique
que de propagande..).

Bien entendu, l’efficacité de la propagande dépend du rapport entre objectifs et moyens
disponibles. La situation est différente si l’on dispose du département de l’Agit Prop en URSS
( otdel agitatsii i propagandy), plus quelques petits moyens de contrainte, pour
populariser le changement de ligne du parti ou s’il faut gérer un budget de X millions
de dollars pour faire élire un candidat aux prochaines primaires US.

Quant à l’environnement où s’exerce la propagande, il ne détermine pas moins son contenu.
Certaines distinctions sont évidentes : la propagande dans un système totalitaire, ou en
situation de quasi monopole de l’information, diffère de son application dans un système
pluraliste, on s’en doute.

L’environnement politique renvoie aussi à l’environnement technologique. La propagande
exaltante, martiale, emphatique de l’ère des meetings de masse et des quotidiens d’opinion
doit se faire douce, consensuelle, personnalisée, et se centrer sur les besoins du prospect à
l’heure de la télévision. De même Internet a rendu nécessaires des stratégies de sélection de
l’information disponible, de direction de l’attention des sujets, d’indexation…
L’environnement est aussi sociologique : on ne s’adresse pas à l’individu isolé comme à un
groupe précis (tel un syndicat pour l’inciter à faire ou à ne pas faire grève) ou à la Nation en
général Plus exactement, la propagande devrait idéalement s’adresser au propagandé à
plusieurs titres :
- en tant qu’individu, cerveau recevant des messages de son journal, de sa télé et y réagissant
- en tant que membre de groupes qui peuvent renforcer l’efficacité de la propagande par un
effet de pression et de conformisme, mais qui peuvent aussi lui opposer une singulière
résistance collective ou interpréter de façon non prévue par le propagandiste comme infime composante des masses auxquelles s’adresse la propagande.

Dernier élément : l’environnement mental. L’ensemble des valeurs, des attitudes, des
croyances, des mythologies, du vocabulaire des populations-cibles qui imposent des limites
évidentes aux idées qu’instille la propagande ou constituent des sources de. Il est par exemple
évident qu’il serait aussi difficile de faire ouvertement campagne contre le développement
durable dans les années 2000 en Europe, à peu près aussi difficile que de s’en prendre au
progrès et à la croissance dans les années 60.

Cette adaptation du message culminela forme qui a remplacé la propagande, au moins dans
les pays occidentaux : le marketing politique. Celui-ci transpose dans le domaine politique,
censé être celui des idées et des valeurs, des méthodes utilisées pour vendre des choses, mais
pour vendre des gens.

Le marketing obéit au principe d’adaptation :
- déceler les attentes du « marché » (les électeurs) ou des secteurs qui pourraient être
intéressés par le produit (le candidat)
analyser le produit en terme d’image de marque (que corrigeront des spécialistes)
- déterminer le message qui « passera » et faire correspondre au mieux l’image du
candidat avec les attentes

La question du contenu (ce que croit et veut faire partager le candidat) est secondaire dans le
marketing politique, formant le pôle faible de la propagande dont le pôle fort serait la
conversion, la vraie propaganda fide.

Que conclure ? Il est quasiment impossible de mesurer ces effets de façon certaine ou
d’énumérer les facteurs qui peuvent la faire échouer au moins partiellement. S’il est déjà
diffiile de mesurer l’effet d’une campagne de vente, il est plus que douteux que l’on puisse
cerner toutes les variables qui façonnent l’opinion, surtout dans des circonstances
dramatiques. Sous peine d’aboutir à des raisonnements circulaires (« la propagande doit être
bien puissante pour avoir produit un tel engagement ou un tel bouleversement, mais pour que
des gens aient adhéré à de telles idées, il faut qu’ils aient été victimes de la propagande »).
Comme la guerre, la propagande est un art tout d’exécution. Mais elle n’agit que là où elle
rencontre un terrain favorable. Aucune science supposée de la manipulation, ni aucun appareil
ne pourrait quoi que ce soit sans nos besoins de communion et de croyance.

Tiré d’un texte de François-Bernard HUYGHE
Sources: http://www.huyghe.fr


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mai 13, 2007

Une “étude” visant à décrédibiliser le p2p

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 9:49

Une étude sur les 5 acteurs principaux du p2p
(sic, je cite:
bearshare
limewire
gnutella
edonkey
morpheus
kazaa (sic) )
nous donne sa conclusion:

le p2p, c’est dangereux, car les gens mettent en partage parfois sans le savoir des fichiers privés ou copyrightés et surtout les échangent.

certains ne savent même pas qu’ils redistribuent les fichiers téléchargés.

De plus, les petits logos souriants mettent les gens en confiance:
la tête souriante de bearshare par exemple, alors que cet ours mord cruellement …

Le réseau Gnutella est en train de s’écrouler car les gens ne partagent plus.

ça vous met plein de virus dans votre ordi.

ça crée plein de backdoors qui permettent aux méchants pirates de vous volez vos informations vitales.

Le document disponible ici:
 http://www.uspto.gov/web/offices/dcom/ol…


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Les chiffres du piratage font polémique

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 9:40

Quelle est l’ampleur véritable du piratage et de la contrefaçon sur le marché mondial ? Alors que les lobbys industriels publient des chiffres toujours plus alarmistes, deux rapports indépendants dont un de l’OCDE viennent largement minimiser la réalité du fléau…

Les rapports des lobbys industriels sur les incidences économiques du piratage et de la contrefaçon se multiplient pour donner tous des chiffres de préjudice plus importants et inquiétants les uns que les autres. Il y a une sorte de concours interne à celui qui sortira le chiffre le plus fort, quitte à être en pleine contradiction. Pas plus tard que la semaine dernière encore, un rapport de la MPAA (le lobby du cinéma) indiquait que 40 % des screeners réalisés avec des camescopes étaient produits depuis la seule ville de New-York. Quelques jours plus tard, un autre rapport de Warner Bros disait lui que 70 % de ces camcorders émergeaient du Canada. Cherchez l’erreur.

A chaque fois le but est bien sûr de larmoyer très fort pour obtenir des parlementaires des lois toujours plus sévères contre la contrefaçon. Alors que le Canada résiste toujours, le maire de New York Michael Bloomberg a signé au début du mois une loi qui renforce la répression contre le piratage de films.

Au delà d’Hollywood, toute l’industrie proteste contre la contrefaçon et s’allie pour donner ses chiffres aux législateurs. De sources industrielles, on prétend que le piratage et toutes les formes de contrefaçon (imitations de parfums, vêtements, usines de CD et DVD pirates, etc.) coûtent chaque année plus de 600 milliards de dollars. Comme toujours, les méthodes et les bases de calcul ne sont pas communiquées, ou très peu détaillées. Malgré tout, les pouvoirs publics s’émeuvent et réagissent. Les moyens de répression contre la contrefaçon étaient au programme du G8 à Berlin et le seront encore à Heiligendamm le 6 juin prochain.

Rapports d’acteurs contre rapports d’observateurs

Toutefois, un rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) dont le Financial Times a obtenu copie met en doute les proportions, sans renier la réalité d’un fléau pour l’économie mondiale. Le rapport estime que ce ne sont pas “au moins 600 milliards” de dollars qui sont perdus chaque année au profit des pirates et contrefacteurs, mais “tout au plus 200 milliards de dollars”, c’est-à-dire trois fois moins.

La Chambre de Commerce Internationale, qui a vite réagi au rapport de l’OCDE conteste les chiffres de l’organisation internationale. Guy Sebban, son secrétaire général, considère que ce sont “jusqu’à 1.000 milliards de dollars” qui sont perdus chaque année dans les transactions internationales ! Qui dit mieux ? L’OCDE, qui reconnaît que le rapport est “politiquement sensible”, joue les diplomates et admet qu’elle n’a pas tout couvert, notamment le piratage sur internet. Mais elle estime que les réponses à apporter ne sont pas forcémment dans les mesures législatives à impser aux Etats en développement, mais plutôt de meilleures conditions de travail et une meilleure gestion.

Le rapport de l’OCDE suit de près un autre rapport, issu du Government Accountability Office (GOA), l’agence d’évaluation gouvernementale américaine. Dans ce rapport (.pdf), le GAO - qui est réputé pour sa neutralité et ses positions à contre-courant des lobbys - réfute les chiffres communiqués récemment par des groupes industriels selon lesquels 5 à 7 % du commerce mondial impliqueraint des produits contrefaits. Loin de trouver ces résultats, le GAO note que sur sur 287.000 expéditions inspectées au hasard aux frontières entre 2000 et 2005, seules 0,06 % étaient en violation des droits de propriété intellectuelle. Et en valeur, même si les saisies en contrefaçon augmentent, les violations ne représentent que 0,02 % de la valeur totale des biens importés. C’est 200 fois moins que les chiffres prétendus par l’industrie.

Même s’il faut considérer que la contrefaçon a davantage lieu dans les pays asiatiques qu’aux Etats-Unis, les chiffres du GAO font peser de sérieux doutes sur la crédibilité des données avancées par les groupes industriels qui réclament toujours plus de contrôles et de répression.


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Qui veut faire de The Pirate Bay un site d’extrême droite ?

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 9:36

L’accusation est grave. Réagissant à des rumeurs amplifiées par la presse allemande et britannique, les administrateurs de The Pirate Bay accusent l’IFPI de vouloir faire passer le site de liens BitTorrent pour un site d’extrême droite…

C’est un extrait de télévision d’abord passé inaperçu, diffusé le 24 mars à la télévision suédoise. Invité dans l’émission “Bert”, le porte-parole de The Pirate Bay Tobias Andersson est pressé par l’ancien homme politique Bert Karlsson d’admettre que le site pirate de liens BitTorrent a été financé par Carl Lundström, un homme d’affaires notamment connu pour être l’un des principaux financiers du parti (réputé) d’extrême droite suédois Sverigedemokratema. Surpris par la question, Andersson admet que TPB a été sponsorisé à ses débuts par Rix Telecom, une grande entrerise de télécoms suédoise dont Lundström est à la fois le dirigeant et le principal actionnaire.

L’affaire n’a pas fait beaucoup de remous tant la ficelle semblait grosse, mais elle a trouvé un écho dans un article orienté du grand journal allemand Der Spiegel. L’article rapporte les liens de TPB avec Lundström sans chercher l’autre versant de l’histoire. En réalité, Lundström n’a jamais eu affaire en personne à The Pirate Bay. Frederik, l’un des co-fondateurs de The Pirate Bay, était employé chez Rix Telecom lorsqu’il a demandé à son employeur s’il était possible de bénéficier gratuitement de sa bande passante et de quelques serveurs pour un “projet personnel”. Ce qui fut accepté les premiers temps. Assez vite, TPB a loué sa bande passante avant de changer d’hébergeur. C’est le seul support financier dont aura bénéficié le site de la part de Lundström.

Dans la vidéo, Bert Karlsson va pourtant très loin dans l’accusation, en insinuant que Carl Lundström avait vu dans The Pirate Bay le moyen de diffuser ses idées de droite auprès de la jeunesse. C’est, d’après le présentateur de l’émission, le principal retour sur investissement qu’attendait l’homme d’affaires suédois. Le Spiegel a repris les accusations à son compte, voyant des liens politiques étroits entre le site de liens BitTorrent et l’extrême droite suédoise.

The Pirate Bay pointe un complot orchestré par l’IFPI

Sur leur blog, The Pirate Bay indique aujourd’hui que la seule opinion politique véhiculée par TPB est “partagez vos fichiers, votre culture”. Ils indiquent que l’équipe est composée d’hommes de gauche et de droite, que certains votent et que d’autres non. Mais surtout, ils accusent ouvrement la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (IFPI) de monter ces rumeurs et de les faire véhiculer par la presse quotidienne pour les décribiliser. Bert Karlsson est le propriétaire et le dirigeant du label Mariann Grammofon, membre du lobby de l’industrie du disque.

“L’IFPI et les autres [organisations] anti-pirates ne peuvent pas nous arrêter avec actions judiciaires dont ils essayent à la place de nous donner une mauvaise image”, dénonce TPB.

La vidéo a d’abord été uploadée sur YouTube par un utilisateur du nom de Themaintruthdude, qui s’est inscrit spécialement pour cette vidéo (avec un bel effort de sous-titrage), et n’a jamais rien posté d’autre depuis.
 http://www.youtube.com/profile?user=them…
Sources: ratiatum


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LE MODELE RUSSE DE GUERRE DE L’INFORMATION

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 8:03

Le principal objectif de la guerre de l’information est de capturer la conscience, de saper le moral de l’adversaire, c’est à dire de préparer le terrain pour une pénétration politique, économique et militaire. Il convient donc de se préparer à une confrontation psychologique, forme de lutte qui est partie intégrante de la guerre de l’information, également nommée guerre de l’information intellectuelle ou psychologique, guerre dont les armes sont les opérations d’informations psychologiques.
D’un point de vue théorique, le contenu de base de la GI intellectuelle consiste en:
-La recherche, la collecte et l’analyse de l’information relative aux capacités de participants potentiels à des conflits.
-La prévision de la nature et de l’impact possible des opérations psychologiques ennemies sur ses propres forces.
-La prise de mesure défensives pour contrer l’influence, l’agression idéologique et psychologique par l’information sur ses propres forces.
-la neutralisation des conséquences négatives de l’influence ennemie sur la conscience, le moral, le mental, c’est à dire garantir la fonctionalité de la psyché et la conscience de l’individu en temps de pais et en temps de guerre.
-La préparation de ses propres forces et des moyens pour conduire des offensives psychologiques
-L’exercice d’une influence psychologique constante sur l’adversaire.

11 Types d’offensives peuvent etre envisagées:
-La distraction: pendant les phases préparatoires des opérations, en créant une menace réelle ou imaginaire contre un objectif ennemi vital(les flancs ou l’arrière par exemplle), obligeant l’adversaire à réévaluer ses décisions pour opérer sur tel ou tel axe.
-La surcharge: envoyer à l’adversaire une masse importante d’informations contradictoires.
-La paralysie: en créant la croyance en une menace spécifique contre les interets vitaux ou les points faibles.
-L’épuisement: consistant à entrainer l’ennemi à mener des opérations inutiles, de maniére à ce qu’il entre dans le combat avec des ressources entamées
-La deception: pendant les phases préparatoires aux opérations, forcer l’ennemi à réallouer ses forces vers des points menacés, que les menaces soient réelles ou imaginaires.
-Les techniques de division: amener l’ennemi à croire qu’il doit agir contre les interets de ses alliés.
-la pacification: au moyen d’une attitude et d’une approche pacifique, amener l’ennemi à perdre sa vigilance.
-La dissuasion: créer l’impression de supériorité.
-La provocation: forcer l’ennemi à mener des actions qui soient avantageuses pour son adversaire.
-La suggestion: offrir de l’information qui affecte l’ennemi légalement, moralement, idéologiquement ou de quelque autre manière.
-La pression: offrir de l’information qui encourage la société à discréditer son propre gouvernement.

Dans un contexte d’affrontement, le principal effort doit consister à tenter de détruire les composantes psychiques sur lesquelles reposent les capacités d’un ennemi a mener une résistance , à combattre.
C’est à dire que par la manipulation de l’information, le but est d’influencer les décisions et les actes d’autrui et de fait de controler son processus de décision.

Cette conception de la guerre de l’information est directement inspirée par les opérations de guerre psychologique anglaises lors de la seconde guerre mondiale(opération “fortitude”) et ces méthodes sont parfaitement transposables et utilisables par d’autres organisations ou individus et sur une échelle différente.


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LA GUERRE ECONOMIQUE PAR L’INFO GUERRE

Classé dans : Infoguerre — derkraken @ 8:02

Qu’est ce que la guerre économique?

La guerre économique est l’expression des affrontements indirects entre puissances.
Il existe aujourd’hui deux types de pays industrialisés:
Ceux qui ont une stratégie d’accroissement de puissance comme les USA ou la Chine.
Ceux qui n’en ont pas, comme la plupart des pays européens, dont la France.
Cette différence de posture stratégique influe sur la lecture des évènements.
Ainsi, les milieux patronaux français sont très génés par la notion de patriotisme économique qui est mis en avant par le politique sans référence à la moindre doctrine sur la puissance.
Habitués à réfléchir en termes d’économie de marché, les patrons français ont bien du mal à percevoir certains enjeux économiques en termes d’économie de puissance.
La Russie à fait de Gazprom le fer de lance de la reconquete de la puissance russe.
La Chine développe des standart nationnaux afin de bloquer les technologies occidentales à sa portée.
Les USA ont des objectifs de puissance affirmés dans le domaine de la société de l’information en souhaitant prendre le leadership mondial de l’information privée.
En refusant de tirer les conséquences de cette situation, les patrons français analysent le monde avec des cartes partiellement fausses.
C’est un de leurs points faibles.
Cette paralysie de la pensée patronale qui cohabite avec la passivité du discours politique(quand ce n’est pas avec l’ignorance pure et simple du probleme, voire de son déni) sur la question de la puissance sont les deux raisons majeures de l’incompréhension des enjeux véritables de la guerre économique du temps de paix que se livrent les puissances sur des sujets aussi divers que les ressources, les matières premières, les technologies critiques, les systèmes de communication, les industries d’avenir, la conquete des économies émergentes…..

Quelles sont les armes de la guerre économique?

Il est nécessaire de différencier les modes d’affrontements:
-Les affrontements avec limites dont les armes principales sont le management des sources ouvertes que coiffe l’intelligence économique ainsi que le lobbying et l’art de la rhétorique dans les multiples polémiques générées par le biais de la société de l’information.
-Les affrontements sans limites dont les expressions opérationnelles sont le renseignement, l’espionnage industriel, le noyautage des organisations, la désinformation et le piratage informatique sous toute ses formes.

Les changements induits par Internet

Internet a provoqué une véritable révolution dans les méthodes de travail se rapportant au traitement des sources ouvertes.
L’introduction du temps réel et la disparition de la distance géographique remodèle la nature des affrontements économiques. Le net est un nouveau terrain de manoeuvre aux limites infinies(youpi!). Les lois de la guerre sont modifiées dans la mesure ou l’avantage est systématiquement à l’attaquant(re-youpi!). Il n’existe pas de places fortes informationnelles pour protéger sa production de connaissances. Celle ci n’a de valeur que si elle se développe et occupe le terrain de manière plus efficace que l’adversaire. Cette évidence prévaut aussi dans le cadre d’une polémique ou meme d’une guerre de l’information.
Aujourd’hui, les stratégies informationnelles des entreprises les plus proactives ne sont pas simple à décrypter. Elles agissent indirectement par le biais de la société civile pour faire valoir leur point de vue et destabiliser des concurents génants.

Comment reconnaitre une offensive de guerre de l’information?

Une attaque par l’information sur internet est identifiable par les effets de résonnance qu’elle produit.
Les sites protestataires et encore plus les blogs(héhé!) sont désormais couramment utilisés pour déstabiliser des entreprises accusées par des groupes de pression.
Aujourd’hui, les accusations portent sur des sujets très divers: non respect des droits de l’homme, nuisances à l’environnement, affaires de corruption.
La société civile est la plupart du temps le point de départ de l’attaque pour une raison très simple: elle fournit la légitimité à ceux qui, à tort ou à raison, dénoncent les injustices commises.
Une entreprise est automatiquement considérée comme juge et partie alors qu’une ONG ou une association qui s’autoproclame défenseur d’une cause prend un avantage très net sur le lancement d’une polémique.

Les moyens d’une contre attaque

Une entreprise qui veut anticiper les attaques doit mettre en oeuvre un minimum de pratiques d’intelligence économique.
La première consiste à avoir un aperçu des différentes menaces qui peuvent affecter le développement de l’entreprise. Cette approche conflictuelle du marché est en train de s’imposer dans les secteurs d’activité touchés par les retombées de la mondialisation des échanges.
La concurence déloyale, la prédation par le dumping, la copie des savoirs faires sont désormais des pratiques courantes qui affectent de plus en plus de PME/PMI.
Les recours juridiques étant lents et peu efficaces, il est donc nécessaire de trouver d’autres moyens pour maintenir l’activité des entreprises menacées.La société de l’information par le biais du net ouvre de nouvelle perspectives pour contrer ces attaques, car les prédateurs et les concurents ont aussi une vulnérabilité qui est leur image et/ou celle du pays dont ils sont originaires.

L’exemple chinois

La Chine commence à s’implanter en Afrique.
Les grandes nations n’osent pas critiquer leurs pratiques de dumping, et la loi du silence est encore plus forte du coté des firmes qui craignent de se voir fermer les portes du marché chinois.
Ces groupes chinois possèdent pourtant une faille: ils ne font pas travailler de main d’oeuvre locale et ne pratique pas le transfert de technologie. Drole de façon de mettre en pratique le dialogue sud/sud. C’est sur ce theme que des argumentaires critiques ont commencé a circuler à partir de sites comme www.infoguerre.com ou www.knowckers.org .

Les conséquences

Cette évolution des pratiques des entreprises ont plusieurs conséquences:
-L’instrumentalisation de l’information en temps de paix.
-La banalisation des pratiques de désinformation actives.
-L’apparition de cabinets de conseils en communication (exemple: www.spinpartners.fr) pratiquant la guerre de l’information.
Si internet est un terrain de manoeuvre facile d’accés, il n’est pas le seul. C’est toute la chaine de l’information qui est devenu un objectif légitime pour les “spin doctors”.
Dans le cadre de la communication de crise, il faudra donc d’abord cacher la vérité, puis si elle apparait controler les sources et faires pression sur les médias capable de la relayer, les menacer, les terroriser, les séduire ou les acheter. Si la vérité est diffusée par les médias, controler son impact sur l’opinion et tout mettre en oeuvre pour qu’elle ne soit pas entendue et surtout qu’elle ne crée pas une émotion populaire.
Mais si il y a une action de “censure” il peut aussi y avoir une action de “propagande” suivant le meme principe: créer une vérité, faire pression sur les médias pour qu’ils la relaient, controler l’augmentation de son impact et manipuler l’opinion populaire afin de controler l’émotion du public.
Aujourd’hui on ne censure plus pas plus qu’on ne fait de la propagande: on gére la perception du public. Le vacarme médiatique est le meilleur allié de ces nouveaux professionels de la communication. Soit ils font en sorte de tout mettre en oeuvre pour que le citoyen n’entende pas ce qu’il est en train d’écouter, soit au contraire l’information est reprise encore et encore jusquà ce que cette information prenne la place de la réalité.
Les exemples sont nombreux: La pénétration de la Chine en Afrique combattu avec plus ou moins de succès par la critique de son action prédatrice, la “vente” de l’intervention américaine en irak, sous le prétexte que l’Irak faisait partie des soutiens d’AlQuaida, les interventions politisés de militants des différents candidats sur les forums et les blogs lors de récente campagne électorale, etc
La nouveauté est que ce sont des cabinets spécialisés qui orchestrent le vacarme médiatique.
L’info-guerre est donc passée des mains des militaires aux mains de professionels civils, et son objectif et ses cibles ont évolué au point qu’il est devenu difficile de savoir quelles sont les motivations des différents intervenants, que ce soit sur internet ou dans le médias traditionels.


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