Le blog du kraken

March 2, 2008

Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement des logiciels libres

Filed under: Textes — derkraken @ 8:13 am

par Richard Stallman

Il existe des raisons très générales pour lesquelles tout utilisateur d’ordinateur devrait se focaliser sur les logiciels libres. Ils donnent la possibilité de contrôler notre propre ordinateur, alors qu’avec les logiciels commerciaux l’ordinateur obéit au propriétaire du logiciel – l’éditeur – et non plus au propriétaire de l’ordinateur lui-même. Avec les logiciels libres, les utilisateurs ont la liberté de coopérer, de mieux diriger leur vie. Cela s’applique aux écoles comme à tout le monde.

Mais il existe des raisons spécifiques qui concernent les écoles.

D’abord, les logiciels libres permettent aux écoles d’économiser de l’argent. Même dans les pays riches, les écoles ont un budget très serré. Les logiciels libres donnent aux écoles, comme aux autres utilisateurs, la liberté de copier et de redistribuer les logiciels, si bien que l’Éducation nationale (ou tout système éducatif) peut faire des copies pour tous les ordinateurs de toutes les écoles. Dans les pays pauvres, cela peut aider à réduire la « fracture numérique ».

Cet argument économique évident, quoi qu’important, n’a qu’une portée assez marginale. En effet les développeurs de logiciels propriétaires peuvent éliminer cet inconvénient en donnant des copies aux écoles. Mais attention : une école qui accepte ce « cadeau » risque de devoir payer les futures mises à jour.

Approfondissons donc la question.

L’École devrait enseigner aux élèves des comportements qui profiteront à la société toute entière. Elle devrait promouvoir l’utilisation des logiciels libres tout comme elle promeut le recyclage. Si l’École enseigne les logiciels libres aux élèves (et aux étudiants), ceux-ci les utiliseront encore après la fin de leurs études. Cela pourra aider la société toute entière à échapper à la domination (et à la lamination) par les multinationales. Ces entreprises offrent des versions gratuites de logiciels aux écoles pour la même raison que des compagnies de tabac américaines distribuent des cigarettes gratuites : pour rendre les enfants dépendants[3]. Ils ne feront pas de remises à ces élèves et étudiants après leurs études une fois qu’ils auront grandi.

Les logiciels libres permettent aux élèves et aux étudiants d’apprendre comment les logiciels fonctionnent. À l’adolescence, certains d’entre eux veulent tout apprendre au sujet de leur ordinateur et de ses logiciels. C’est à cet âge que les personnes qui deviendront de bons programmeurs devraient l’apprendre. Pour bien apprendre à écrire des logiciels, les élèves et les étudiants ont besoin de lire beaucoup de code source et d’écrire beaucoup de logiciels. Ils ont besoin de lire et de comprendre de vrais programmes que les gens utilisent réellement. Ils seront extrêmement curieux de lire le code source des programmes qu’ils utilisent.

Le logiciel propriétaire rejette cette soif de connaissance ; il dit « le savoir que tu veux est un secret, l’apprendre est interdit ! » Le logiciel libre encourage tout le monde à apprendre. La communauté du logiciel libre rejette ce « culte de la technologie », qui maintient le grand public dans l’ignorance du fonctionnement de la technologie ; nous encourageons les élèves et les étudiants de tous âges et de toutes origines à lire du code source et à apprendre autant qu’ils veulent savoir. Les écoles qui utilisent les logiciels libres encouragent cela et permettent aux apprentis programmeurs doués de progresser.

La raison suivante est encore plus profonde. Nous attendons de l’École qu’elle enseigne aux élèves et étudiants des connaissances de base et des compétences utiles, mais ce n’est pas son unique mission. La mission la plus fondamentale de l’École est d’enseigner aux gens à être de bons citoyens et de bons voisins pour œuvrer avec ceux qui ont besoin d’aide. Dans le domaine de l’informatique, cela signifie enseigner à partager les logiciels. Les écoles élémentaires, par dessus tout, devraient dire à leurs élèves : « si tu apportes un logiciel à l’école, tu devras le partager avec les autres enfants ». Bien entendu, l’école doit pratiquer ce qu’elle prêche : tous les logiciels installés par l’école devront être accessibles aux élèves pour être copiés, emportés à la maison et redistribués par la suite.

Enseigner l’utilisation des logiciels libres aux élèves et étudiants et prendre part à la communauté des logiciels libres est une forme d’éducation à la citoyenneté. Cela démontre aussi aux étudiants les avantages d’un modèle basé sur le service public plutôt que celui prôné par les ultralibéraux. Les logiciels libres devraient être utilisés à tous les niveaux de l’École.

La reproduction exacte et la distribution intégrale de cet article est permise sur n’importe quel support d’archivage, pourvu que cette notice soit préservée.

Notes

[1] Les enclosures des biens communs : du vivant aux logiciels – Conférence de Richard Stallman et Jean-Pierre Berlan à La Cantine le samedi 23 février, organisé par la Radio du Ministère entité du Labo de la Générale et de BelliGnu/Bellinux.

[2] Traduction : Laurent Bertaud.

[3] La compagnie de tabac RJ Reynolds fut condamnée à 15 millions de dollars d’amende en 2002 pour avoir fourni des échantillons gratuits de cigarettes sur des évènements ciblés sur les enfants. Voir ce lien.

Sources:
 http://framablog.org/


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June 4, 2007

L’avenir du disque

Filed under: Textes — derkraken @ 7:51 am

Il eut d’abord le cylindre, en suite le disque de cire, puis de vinyle pour finir avec le support laser. Qu’y aura t-il après ?

Bien sincèrement, le disque tel que nous le connaissons, risque de laisser place à la mémoire non volatile ou flash si vous préférez, le but ultime de tout systèmes électroniques etant de supprimer tout ce qui est mécanique, or un disque, même si la lecture est optique il faut qu’il tourne, donc mécanique. L’avenir est à la flash, au memory stick si vous préférez et comme cette technologie a tendance à la miniaturisation à l’extrême, je ne serai pas étonné de voir, dans 10 ans, 10Go dans une carte de la taille d’une pièce de 1€. Je crois même, comme c’est très à la mode, que ces flash seront plutôt du format d’une carte de crédit et si nos support audio numérique ou/et vidéo atteignent un jour de tel taille, plus besoin de pochettes ou de jaquettes, donc plus besoins d’acheter physiquement ces médias, la mort du disquaire et des maisons de disques est donc bien proche.

Il est certain que demain tous nos films, livres, revues, disques, … préférés ne seront plus disponibles que par internet, sauf quelques exceptions et cela veut aussi dire la fin du monopole des maisons d’éditions qui n’auront plus de raison d’être, tout individu pourra créer sa propre maison d’édition et vendre ses oeuvres sur le net librement (dans un certain cadre juridique évidemment).Les auteurs n’auront plus les mêmes pouvoirs qu’aujourd’hui, pas qu’ils en auront plus ou moins, mais leurs pouvoirs seront différents, ils pourront créer, mais ne pourront plus maîtriser la circulation de leurs oeuvres, les majors ont beau faire de la répression, le peer to peer est là et pour longtemps, il en existe même des cryptés dont il est impossible de savoir ; qui échange quoi avec qui.

Et le droit d’auteur ?

Avec le numérique, il sera impossible de contrôler le transport des données, mis à part dans les lieux publiques et les sites publiques, le reste sombrera dans un marché noir, dans une circulation illicite et incontrôlable.

Comment faire, pour contrôler le caractère légale des informations ?

- Tout filtrer et/ou Placer des agents de polices virtuel prendrai trop de ressources.
- Limiter la bande passante, interdire l’accès au web serait contre l’évolution des nouvelles technologies.
- Protéger les fichiers avec des DRM ou autre systèmes me rappel les logiciels aux protections infalsifiables, ça tiendrait quelques temps, mais c’est tout.

Le mieux est de faire prendre conscience des enjeux, créer une sorte de déontologie, la répression ne fait qu’installer la fraude et les mauvaises attitudes et si aujourd’hui la répression est encore possible, qu’en sera t-il demain quand le trafic numérique sera tellement intense qu’il sera impossible de contrôler quoi que ce soit, là il sera trop tard, les mauvais habitudes seront prise et définitivement ou bien alors on sombre dans la propagande avec incitation à la délation, comme au temps du petit moustachu.

C’est aujourd’hui qu’il faut prendre les choses en main et proposer quelque chose de viable, de réellement viable et le copyleft l’est.

Quand on parle de copyleft beaucoup disent « Et comment vont vivre les artistes ? », selon le journal Libération, Nouvel Observateur et d’autres sources, peu d’artistes et mêmedes artistes très connus ne vivent pas de leurs activités culturelles, à peine 10 à 15 % d’entre-eux selon les différentes sources, pire des artistes aussi connus que Les Wampas, Anne Pierlé, Musta Largo, Autour de Lucie, … sont aux limites de la précarité.

C’est ça que les majors appel faire vivre les artistes et que les télécharger illégalement les tuent !

Mis à part Johnny (et encore), JJ Goldman, C Dion, H Segara, .. le system tel que nous le connaissons ne fait vivre que très peu d’artistes, pire il les opprime et pour preuve un témoignage parmi tant d’autres, celui de Grazielle de Michele, vous vous souvenez « le pull-over blanc », se plaint que sont album « le Clown d’Alicante » est sorti depuis 10 ans et jamais il ne fût commercialisé, rappelez vous aussi Axel Bauer (Cargo de Nuit) qui a réalisé quelques albums jamais sortis, car jugés non rentables.

L’industrie du disque ne fait vivre que leurs patrons et actionnaires et quelques artistes, payent leurs personnels et puis c’est tout.

Une bonne solution serait d’encourager la contribution volontaire, le mécèna, le sponsoring d’artiste. Imaginez si un artiste aussi connu que Calogero distribuait son CD librement sur son site avec une bannière publicitaire, tout comme au début d’internet, ces webmaster qui se faisaient un peu d’argent avec la pub sur leur site. En suite l’artiste peu se faire rénumérer pour des prestations publiques ou autres …
Artistes, le monde change, prenez le train en marche !

La mort de ces grosses sociétés d’éditions ne peut être que bénéfique pour l’artiste et légitime dans un monde ou chacun peut s’exprimer librement avec des moyens tel qu’internet. Ce monde arrive devant nous, sachons nous y adapter.


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CE QUE POURRAIT ÊTRE UN ART LIBRE

Filed under: Textes — derkraken @ 7:41 am

CE QUE POURRAIT ÊTRE UN ART LIBRE
Jean-Pierre Depétris
1. L’art sort du marché

1. L’art du vingtième siècle était dans le système marchand, dans le même sens où l’art rupestre était dans les grottes, ou l’art sacré dans les temples.
Il était un art marchand, comme on dit art sacré, art rupestre.

2. Pourquoi le dire au passé ? Il existe bien encore un marché de l’art, un marché du livre, un marché du disque, sans parler d’un très grand marché du multimédia. Le marché existe, mais y distingue-t-on encore un art contemporain, comme furent visibles dans le marché, disons au hasard, Rembrandt, Turner ou César ?

3. Il y a dix ans encore, j’étais persuadé que ce marché privé de l’art allait être remplacé par un marché public. Le marché public n’a rien changé à la disparition de l’art du marché.
On passe seulement d’un marché privé de l’art à un marché privé d’art.

4. En cherchant bien, on trouvera peut-être dans ce marché quelques œuvre intéressantes. Elles s’y noient bien plus qu’elles n’y apparaissent.
L’art contemporain n’apparaît plus dans le marché, alors qu’il y a peu de temps encore, on ne le trouvait que là. Il n’apparaissait pas en dehors.

2. L’art et la marchandise

5. Comment l’artiste était-il entré dans le marché ? Sous l’ancien régime des privilèges, il y est entré par « privilège du Roi », sous la révolution bourgeoise, il y est entré par la reconnaissance de son « droit de propriété », avec les idées socialistes, il y est entré comme « travailleur intellectuel ». Depuis la seconde guerre mondiale, le problème se complique : employé culturel, petit entrepreneur… ?

6. Pourquoi est-il entré dans le marché ? Parce que le marché était son véhicule.
L’art est d’abord entré dans le marché par la littérature, et la littérature par l’imprimerie. La photographie, le disque, le cinéma, ont fini de faire entrer tout l’art dans le marché. Cette époque est terminée.

7. Le modèle marchand de l’art est le livre. Qu’est-ce qu’un livre ? Pour le marché, la définition est simple : ce sont des feuilles de papiers contenant des signes linguistiques, brochées ou reliées, en un certain nombre d’exemplaires.
C’est une définition très claire, mais qui suppose quand même qu’il n’existait pas de livre avant l’imprimerie.

8. Cette définition implique aussi que le livre n’est pas fait par un auteur, mais par un imprimeur et/ou un éditeur. (La reconnaissance d’un droit vient donc remédier à la négation d’un fait.)

9. Le sens juridique et commercial du mot livre est sensiblement différent de son sens courant dans toutes les langues naturelles, qui suppose, lui, l’articulation de signes graphiques dans un ensemble cohérent sur un support quelconque.
Les deux définitions sont même sensiblement contradictoires, puisque l’une désigne le livre indépendant de tout support, l’autre l’assimile au support.

10. De fait, dans le monde moderne, le livre n’existait que sous la forme d’objet manufacturé. Dans le monde marchand, un livre inédit n’était tout simplement pas un livre.
La photographie, le gramophone, le cinéma, la radio ont étendu cet état de fait à toute activité artistique.

3. Objet et langage

11. Le remplacement des procédés de reproduction analogiques par des procédés numériques a d’abord semblé être une apothéose du marché ; en fait, il sonnait son glas.
Pourquoi cela ? Parce que la numérisation implique la contingence du support.

12. Le numérique ne fait pas qu’émanciper l’œuvre du support, il abolit la séparation entre écriture et édition.
Il n’y a pas d’un côté le manuscrit unique que produit l’auteur, et qui attend l’imprimeur pour devenir un livre réel. Le fichier numérique est immédiatement réitérable.
Mieux, l’œuvre n’est pas comme le plan ou le projet qui attend d’être réalisé en dur : le livre imprimé. C’est plutôt le livre imprimé qui devient la copie, la reproduction toujours réitérable de l’œuvre originale.

13. Ici la définition du livre rejoint celle qui a toujours eu cours dans les langues naturelles, et elle contamine aussi toute création artistique.
Le plasticien, le musicien, tendent irrésistiblement à considérer le document numérique comme l’œuvre véritable.

14. Il ne s’agit pas de prédire la disparition de la toile unique, ou de la musique vivante et in situ, pas plus que celle de l’événement, la manifestation, la performance ou du happening, mais aucun artiste ne peut encore ignorer que son œuvre est susceptible de s’émanciper de la toile, de l’instrument, de la situation.
Irrésistiblement, il est amené à se reconnaître l’auteur de cette part émancipable de tout support et réitérable à l’infini.

15. Supposons un très bon orateur qui ne sache pas écrire, ou ne se soucie pas de le faire, ou seulement ne sache pas écrire comme il parle. Un autre note ses paroles. Quel en est l’auteur ? Celui qui parle, certainement, et non le scribe.
C’est une situation fréquente dans l’antiquité (l’Iliade, le Tripicata). Elle cesse avec la généralisation de l’écriture. L’auteur (est devenu celui qui) écrit.
Maintenant, irrésistiblement, l’auteur devient celui qui édite un fichier numérique.

16. Au vingtième siècle, on a fini par dire que l’éditeur faisait le livre, et non l’auteur. Disiez-vous « un livre inédit », on vous corrigeait : « un manuscrit inédit ».
Et ce n’était pas toujours sans raison. Il y eut des livres d’éditeurs, seulement écrits par des rédacteurs.

17. Aujourd’hui, un éditeur est principalement un programme, un outil pour l’écriture. Écrire devient éditer un texte.
Il en va de même pour la musique. Le musicien ressemble à un ingénieur du son. Le travail de l’artiste se déplace toujours plus vers celui qu’il abandonnait précédemment en aval de son œuvre.

18. Dans ses Cours sur l’Esthétique, Hegel attribuait à la poésie une place supérieure aux autres arts en ce qu’elle seule pouvait s’émanciper de tout support, et donc de l’espace et du temps. Manifestement, les autres arts la suivent dans cette voie.

19. Comment les autres arts suivent-ils la même route que la poésie ? (Il n’est pas question ici d’analyser comment l’art s’émancipe de tout support depuis ces deux derniers siècles, même si cette analyse est incontournable, mais de savoir comment, pratiquement, il le fait en ce moment même.)
En prenant la forme de fichiers numériques immédiatement réitérables à l’infini ? Pas seulement.
En étant immédiatement édités par l’auteur lui-même ? Non plus.
Ils la suivent d’abord en devenant eux aussi, essentiellement, des documents composés de signes graphiques ; en devenant, d’un certain point de vue, du texte, du moins du langage, en acquérant son caractère textuel.

20. C’est ainsi que l’art sort du marché : en sortant de l’objet manufacturé, donc de la marchandise.
L’art cesse d’être dans le marché pour être dans le langage.

4. L’objet linguistique

21. Nous pourrions dire que l’art sort du marché pour entrer dans la noosphère, ou pour devenir immatériel. Ça ne résoudrait en rien les ambiguïtés qui règnent sur ce qu’on doit entendre par signe, langage ou texte.

22. Pour complexe que soit la notion de document numérique, elle n’est pas pour autant obscure. Elle est seulement complexe dans le sens où elle suppose une architecture verticale de langages différents.
Texte en langue naturelle converti en langages de programmation, convertis en langages numériques, convertis en langage binaire.

23. Sur cette architecture, texte en langue naturelle peut être remplacé par image, son, ou à peu près tout ce qui est intuitif aux sens.
Cette première couche intuitive se trouve à la surface de diverses couches de langages qui deviennent de plus en plus indéchiffrables jusqu’à des suites binaires.

24. Dans le monde qui s’achève, le modèle de l’œuvre était le livre imprimé. Quel est-il aujourd’hui ? Le fichier propriétaire ? en source libre ? en code hexadécimal ? en code binaire ?
Cette question est moins complexe qu’elle ne le paraît d’abord. L’œuvre véritable est l’œuvre éditable (et non plus seulement réitérable), c’est à dire une copie transparente dont on peut modifier librement le code source.

5. L’art spectaculaire marchand

25. Le marché s’adresse à une clientèle. Celle-ci peut être un cénacle d’amateurs éclairés comme un très large public populaire. Elle n’en demeure pas moins une clientèle.
L’art marchand est essentiellement déterminé par une clientèle. S’il s’adresse à une clientèle d’avant-garde, il est d’avant-garde, s’il s’adresse à une clientèle populaire, il est un art populaire.

26. L’art marchand est déterminé par une nette séparation entre producteur et consommateur : le créateur et son public. Le premier est d’autant plus célèbre que le second est anonyme.

27. L’œuvre d’art marchande, comme toute marchandise, peut donner lieu à de nombreuses déclinaisons : œuvre unique et chère réservée aux collectionneurs, tirages limités et numérotés, éditions bon marché. Il pourra en exister aussi des produits dérivés.
Une même œuvre peut donc être déclinée pour des publics différents, et même pour tous les publics. C’est ainsi qu’une œuvre marchande peut conserver un caractère élitiste tout en devenant célèbre et sans que de larges masses l’ignorent.

28. La nette séparation entre le créateur et son public, qui se concrétise dans l’objet d’art, implique que la consommation ne touche pas à l’intégrité de l’objet. L’objet d’art ne doit pas être altéré dans sa consommation, qui doit donc être seulement contemplative, spectaculaire.

6. Art et travail intellectuel

29. Le marché de l’art a séparé le travail artistique des autres formes de travail intellectuel.
Le marché a séparé l’art des sciences, de la philosophie, des mathématiques, de la logique…, de toutes les productions intellectuelles qui ne peuvent produire des objets d’art.

30. Naturellement, on peut vendre un livre de mathématiques ou de physique comme n’importe quel autre livre. On peut vendre aussi n’importe quel objet manufacturé qui soit l’application directe d’une recherche scientifique, et envers lequel le brevet tient un rôle comparable à celui du droit d’auteur.
Il se trouve qu’il n’y a pas de marché de la science, de la philosophie ou des mathématiques, même sous la forme d’un marché des brevets, comme il y a un marché de l’art.

31. Le marché de l’art fonctionne sur une clientèle – sur des consommateurs directs -, et c’est principalement ce qui l’isole et le distingue des autres activités intellectuelles.
« L’art produit des œuvres », a-t-on dit, et les œuvres, dans le marché, deviennent des marchandises.
Une activité intellectuelle qui ne produirait pas immédiatement des marchandises ne serait pas de l’art.

32. L’art tend à devenir plus difficilement une marchandise. Cela tient en partie à l’évolution propre de l’art, et, en partie, à l’évolution du marché et de la marchandise.
Le marché tend à être de moins en moins libre ; l’art, de plus en plus.

7. Les contradictions de l’art marchand

33. En réalité, ni l’art ne veut sortir du marché, ni le marché ne veut expulser l’art, et leur divorce engendre des contradictions cocasses.
Une des plus cocasses est l’effet Bovary.

34. Dans l’art marchand, l’artiste peignait son monde (non plus un « autre monde » et s’y identifiait. « Bovary, c’est moi », Disait Flaubert à son procès.
À la fin du vingtième siècle, le monde s’identifiait à l’artiste : « Flaubert, c’est moi », aurait dit Madame Bovary.

35. Il n’est rien de comique à ce qu’un art soit fait par tous et pour tous, mais un tel art devrait alors être sensiblement différent d’un art marchand.
Supposons que les lecteurs de romans ne lisent plus que pour apprendre à devenir romanciers, qu’on n’entre plus dans les galeries que pour apprendre à peindre ; le marché risque d’abord d’en être sensiblement modifié, et, plus profondément, la nature de l’art et les méthodes de création.

36. Ce sont ces contradictions cocasses qui ouvrent l’époque nouvelle. Le marché de l’art n’est plus rien d’autre que celui de ces contradictions cocasses.

8. Programmation et travail intellectuel

37. Le marché avait séparé l’art de la vie intellectuelle. L’art se libère en brisant cette séparation.
Une part de l’art (marchand) se libère (en sortant) du marché, une autre sort de celui de l’art pour créer le marché de la culture, des loisirs et de l’animation sociale.

38. La libération de l’art et la recomposition du travail intellectuel se fait essentiellement autour de la programmation et grâce à elle.
D’une façon très pratique, la numérisation des données, l’ordinateur personnel et l’internet sont les principaux instruments de la libération de l’art. D’un point de vue plus profond, la dimension épistémologique du phénomène génère de nouveaux paradigmes.
(Un tel vocabulaire, certes, appelle plus d’explication qu’il n’en fournit.)

39. En s’émancipant du marché, l’art trouve des prises plus directes avec le réel. Il prend ses distances avec l’objet, l’œuvre, le produit marchand, au profit de la dimension symbolique, linguistique, sémiotique, sémantique, poétique, pragmatique ou performative.
Par cela, il devient essentiellement travail intellectuel.

40. Dans le même temps, les sciences et les mathématiques suivent des cheminements convergents avec celui de l’art.
Ici encore, la programmation tient une place déterminante.

9. Travail intellectuel et intuition

41. Les mathématiques ont adopté un cours nouveau depuis l’usage généralisé de l’ordinateur, avec la possibilité de faire effectuer par la machine des quantités de calculs qui auraient été inconcevables dans les époques antérieures.
Apparaît alors une nouvelle mathématique basée sur l’expérience et l’observation de « phénomènes numériques », et non plus sur l’hypothèse et la déduction.

42.À l’inverse, les sciences de la nature ont plus recours à des modèles automatiques, c’est à dire, abordent les phénomènes naturels à travers des programmes qui les simulent.
Elles découvrent alors des comportements mathématiques communs à des phénomènes sans rapport, ou transversaux à des disciplines, par exemple, la climatologie et l’évolution des cours boursiers du coton.

43. Alors que l’effort visait depuis longtemps la modélisation des phénomènes, le modèle lui-même se comporte à son tour comme un phénomène naturel.
Ou encore, alors que l’énoncé se proposait d’être l’explication, la description, la démonstration du phénomène (ce qui se conçoit bien s’énonce clairement), il devient ce qui demande élucidation (ce qui s’énonce bien doit être clairement conçu).

44. Une bonne part de l’activité cognitive appartenant en propre à la raison peut être abandonnée à des dispositifs logiciels. (Comprenons intelligence artificielle au sens de prothèse cognitive, comme on pourrait parler de perception artificielle à propos de prothèses auditives ou ophtalmiques, même si les lunettes ou les sonotones ne voient ni n’entendent rien par eux-mêmes.)
Le travail intellectuel humain est alors essentiellement orienté vers la conception intuitive.

45. Mathématiques et sciences rejoignent ici l’esthétique, non pas dans la recherche du beau, ni du vrai, mais de l’intuition.

46. « Nous savons que cet énoncé est vrai. Nous savons même qu’il participe du réel en ayant la possibilité d’intervenir sur lui et de le modifier. Mais nous ne comprenons pas ce qu’il veut dire. »
47. « Jusqu’à maintenant les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit maintenant d’interpréter leurs énoncés. » Cela peut se concevoir comme une conclusion stupide à quatre siècles de modernité.
C’est globalement celle qui est proposée sous le nom de « Culture ». L’enjeu est d’échapper à cette stupidité.

48. Le beau est l’essence qui apparaît, disait en substance Hegel dans ses cours d’esthétique. On peut bien considérer l’apparence comme contingente, mais que serait une essence qui n’apparaîtrait pas ?
Si nous concevons l’apparence comme un apparaître, alors nous concevons le réel comme une réalisation.

49. Dans le modèle classique, le savant cherchait à énoncer la réalité (la décrire, l’expliquer ou la déduire), tandis que l’artiste cherchait à la montrer, la rendre intuitive.
Ces deux perspectives se rejoignent en se dépassant : l’énoncé devient programme.
L’énoncé doit être intuitif et programmatif (performatif ?) à la fois. Les deux nécessités n’en font qu’une.

10. La double impasse marchande

50. En sortant du marché, l’art court un certain nombre de risques. Le premier est de se retrouver à la rue. Il risque de changer sa place dans le marché : de producteur qu’il était, devenir consommateur – consommateur d’informations, de publications, de matériels et de matériaux, notamment consommateur d’ordinateurs et de programmes ; au mieux, consommateur de technique et même de science.

51. Si l’art doit être fait par tous et pour tous, il est probable qu’il représente un immense marché. La production artistique ne sera plus productrice dans ce marché, mais consommatrice.
On comprend bien alors qu’un certain nombre d’artistes aient des positions conservatrices devant cette perspective. Mais que peuvent-ils espérer ?

52. Dans un tel marché, les artistes ne peuvent revendiquer un statut de professionnels qu’en s’en faisant les supports publicitaires. (Tel excellent photographe, par exemple, s’attachant à telle marque de pellicules et se faisant sponsorisé.)
Pourquoi pas ? L’art n’a jamais été alimenté par des sources moins contestables. Le problème est ailleurs : Si de telles conditions permettent la réalisation de l’art, les artistes les accepteront. Le leur permettent-elles ?

53. Si le marché de l’art devait devenir un marché de la consommation, après avoir été celui des œuvres, alors l’œuvre devrait s’y effacer au bénéfice du talent.
Nous pouvons oser la comparaison avec le sport : le sportif professionnel vent son talent. Il fait vendre indirectement des produits manufacturés qu’il ne produit pas mais qui le sponsorisent.

54. On pourrait imaginer des artistes qui font des « performances », dans le sens non anglophone du terme.
Que manquerait-il ? Il manquerait principalement la possibilité de compter les points, de mesurer la performance. Un sport a des règles précises, l’art devrait-il s’en donner ? Qui feraient les jurys, qui seraient les arbitres ?

55. Supposons qu’on distingue amateurs et professionnels sur les ventes, le chiffre d’affaire, l’audience publique… : le cercle ne se refermerait-il pas sur lui-même ?
(Zidane est-il célèbre parce qu’il est professionnel, ou est-il professionnel parce qu’il est célèbre ? Il est les deux parce qu’il marque des points.)
Le marché de l’art a déjà largement évolué en ce sens. Et que se passe-t-il ? L’art sort du marché.

11. Calcul et langage

56. L’art est plus sérieusement menacé de devenir simple consommation de science et de technique ; mais en ce cas, la menace serait encore plus grave pour celles-ci.
Un ordinateur est avant tout un instrument qui opère des calculs. C’est une évidence qui tend à se dérober. Les techniques et les sciences consommées seraient donc celles du calcul.

57. Qu’est-ce que les mathématiques ? On peut sérier la question : Les mathématiques sont-elles un langage ? Ou ont-elles une existence indépendante de leur langage ?
C’est une question très complexe qu’on peut encore varier : Le pluriel de mathématiques désigne-t-il une pluralité de langages ? Ou, au contraire, une pluralité de mathématiques seraient-elles unifiées en un seul langage ?

58. L’option tacitement choisie par la modernité semble bien être que plusieurs mathématiques sont unifiées par un seul langage.
Ce n’est qu’une option tacite, qui pourrait fâcher si l’on cherche à la justifier. Rien n’est moins clair, dans la culture contemporaine, que le possible rapport entre langage mathématique et un éventuel référent.

59. Un langage unifié des mathématiques pouvait avec quelque raison être considéré comme une bonne chose au début du vingtième siècle. À la fin, on se demande si, contre toute attente, on ne doit pas une excessive complexité des mathématiques à ce qui aurait dû les simplifier.

60. Les mathématiques sont-elles autonomes de leur langage ? C’est un peu comme si l’on se demandait si le monde était indépendant de la langue française : le monde réel, naturel, imaginaire, irrationnel… pourtant, la langue française le décrit bien ; elle sait aussi décrire, expliquer ou paraphraser le langage des mathématiques.
On pourrait penser que, dans certains cas, l’extrême difficulté des problèmes, et surtout l’extrême cloisonnement des diverses mathématiques, pourraient bénéficier d’un plus large recours à la langue naturelle.

61. Les mathématiques seraient le langage, non pas de Dieu, comme cela put paraître évident à quelques esprits initiateurs de la modernité, mais de la nature.
Reste à savoir jusqu’à quel point les mathématiques seraient un langage, et si leur rapport avec le monde physique est de nature linguistique.

62. Jusqu’à quel point une preuve mathématique peut-elle établir une certitude ? Jusqu’à quel point preuve mathématique et certitude ne sont pas une contradiction dans les termes ? La certitude relève de l’intuition synthétique ; la preuve, de la déduction analytique. Tout le problème est d’établir la déduction sur l’intuition. (L’inverse est-il pensable ?)

63. Les mathématiques contemporaines supposent une formidable confiance en un langage, une confiance qui excède largement le raisonnable. (« Le langage mathématique se révèle efficace au-delà du raisonnable », Wigner 1960.)

12. La nouvelle Babel

64. Le formalisme mathématique des débuts du vingtième siècle n’a pas offert ce qu’on attendait de lui, mais ce qu’on n’en attendait pas.
Si l’on avait cru qu’il allait nous aider à penser, ou seulement à compter, on s’est trompé, mais il s’est révélé efficace pour faire calculer des machines à notre place.

65. Les machines ne calculent pas comme nous. Elles manipulent des suites binaires que nous avons la plus grande peine à déchiffrer. Nous ne nous y essayons pas, d’ailleurs, nous les convertissons en d’autres langages, qui tiennent à la fois d’une langue naturelle – l’Anglais -, et d’un langage logico-mathématique : le code source.

66. À partir du code source, nous pouvons aller aux langages mathématiques, aux langues naturelles, aux langages machines, aux « langages » des sens : son, image, textures…

67. Le langage formel des mathématiques ne fait pas ici fonction de langage universelle. Il n’y a pas de langue universelle, mais une floraison de langages, de divers niveaux, qui, cette fois, contrairement au mythe de Babel, ne semble pas diviser, ni décourager les bâtisseurs.

13. Lecture écriture et édition

68. « Si la généralisation et le développement de systèmes d’exploitations basés sur des interfaces graphiques et métaphoriques de plus en plus perfectionnées, permettent de rendre l’usage de l’ordinateur accessible à celui qui n’a pas connaissance de son fonctionnement, ils nous éloignent et nous cachent la véritable nature du programme informatique et son potentiel métaphysique. » BlueSreen (.

69. À la fin du vingtième siècle, on a cru voir venir la fin de l’écriture. C’est le contraire qui advint : tout est devenu texte.
Le nom « source », dans « code source » est très explicite. Le code est à la source de tout. La source est libre quand elle est lisible, et elle est lisible quand les lignes de commandes sont explicites ou accompagnées de commentaires.

70. Au début de la modernité marchande, la vie intellectuelle concernait une élite lettrée bien circonscrite dans quelques capitales européennes ou gravitant autour. Rendre public son travail signifiait implicitement le faire connaître de cette élite. Aujourd’hui, presque chacun peut virtuellement s’adresse au monde entier dans une langue quasiment universelle.
Naturellement, cette possibilité reste toujours virtuelle, à l’autre extrême d’une communication privée menacée. Toute communication réelle se place entre ces deux pôles : universel et privé.

71. Quand bien même continuerait-il d’exister un milieu homogène composé de célébrités faisant fonction de leaders d’opinion, il serait réduit à donner un spectacle de masse de la pensée.
Sa production s’inscrirait dans un marché de masse de la culture et du loisir, dans le marché du divertissement clé en main.

72. La finalité de l’écriture, avant, était la production d’un texte édité. Elle l’est maintenant d’un texte éditable – voire de musiques, d’images… éditables.

73. Le problème qui se pose en ce moment-même sur les droits d’utiliser librement, de diffuser, de copier et de modifier, est déjà un problème d’arrière-garde. Le problème actuel est celui de la possibilité (et non seulement du droit) d’éditer.
Un travail intellectuel ne saurait qu’être éditable. Le concept d’édition remplace et unifie ceux de lecture et d’écriture.

14. Liberté et lisibilité

74. Personne ne sait très bien aujourd’hui ce qu’est un art libre. C’est une idée neuve, jamais évoquée avant. On a revendiqué un art révolutionnaire, un art engagé, un art pour l’art, un art pour tous et par tous, un art indépendant, un art populaire, un art démocratique,… on n’avait jamais sérieusement pensé qu’un art pût être libre, ni comment.

75. En partie, l’art libre s’inscrit dans le prolongement de la modernité du vingtième siècle et n’y apporte visiblement rien de neuf, en partie, il calque son principe sur ceux de la distribution des logiciels libres.
Il y a donc un rapport, jusqu’alors impensé, entre libre et lisible. Reste à mieux penser ce que serait cette lisibilité pour l’art.

© Jean-Pierre Depétris, avril 2003
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer
et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre.

Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft
Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d’autres sites.

Adresse de l’original : jdepetris.free.fr/load/arlib.html


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Historique du Mouvement Libre

Filed under: Textes — derkraken @ 7:32 am

Le mouvement libre est apparu dans les années 80′s, lorsqu’un certain Richard Matthew Stallman s’est aperçu que tous les contenus informatiques (comprendre principalement logiciels, drivers, etc.) commençaient à se fermer, les éditeurs refusant de dévoiler le code source de leurs programmes (pilotes d’imprimantes pour la note historique). On commençait alors à entrevoir qu’il serait prochainement impossible de contrôler soi-même son ordinateur, de faire ce que l’on entend de son matériel et de ses logiciels.

Le manifeste GNU est né en partant de ce postulat, et voulant proposer une réelle alternative au monde propriétaire.

De ce point de vue historique, seuls les logiciels et matériels informatiques sont concernés par l’esprit libre. Cependant, le mouvement a depuis grandi, laissant le champ ouvert à la réflexion. Pourquoi ce terme de liberté, pourquoi cette philosophie de distribuer, modifier, comprendre un code source ferait-il la seule joie des programmeurs et autres geeks ?

Afin de fournir des documents garantissant les mêmes libertés que celles des logiciels libres, la FSF créa la licence GNU FDL, transposant ainsi les 4 libertés fondamentales d’un logiciel libre aux documents (estimant que les deux étaient liés et qu’un logiciel devait avoir sa documentation libre pour pouvoir lui-même être véritablement libre). Des logiciels et des documents informatiques, est-ce là les seuls domaines touchés par la culture libre ?
Non, bien évidemment, d’une même époque sont nés les mêmes constats, les mêmes envies, et la même philosophie. De nouveaux intervenants ont dès lors cherché à rendre possible l’échange d’œuvres afin de contribuer à l’enrichissement commun, pour une culture accessible à tous.

C’est de ce constat qu’est né la Licence Art Libre, une initiative française conduite par le collectif Copyleft Attitude, avec pour objectif de transposer les libertés de la GNU GPL aux oeuvres non logicielles.

Aujourd’hui le mouvement du logiciel libre s’est étendu au-delà des simples logiciels et la “culture libre” touche de nombreux domaines : musique, littérature, films, sites internet, graphisme, photographie, documents, dessin, …

Il existe en outre de nombreuses licences libres correspondant plus ou moins à chaque création, à chaque envie, à tout besoin. Les licences libres de la culture libre reprennent (pour la plupart) les 4 libertés fondamentales d’un logiciel libre. De même que pour les logiciels, certaines licences sont copyleft : elles imposent que tout travail dérivé ou que toute modification apportée à l’œuvre originale conserve la licence choisie par l’auteur initial.

Vous êtes l’auteur d’un roman, d’un poème, d’une étude universitaire, ou de tout autre écrit issu de votre main (ou de vos doigts) ? Vous êtes musicien amateur ou semi-professionnel ? Ou tout simplement un artiste envieux de diffuser ses oeuvres, de partages ses créations, et de les laisser évoluer.
Les licences libres sont certainement un outil formidable pour permettre une diffusion et une réutilisation optimale de celles-ci.
Vos oeuvres pourront ainsi circuler librement, être reprise dans d’autres, et évoluer, tout ceci dans le respect de la licence libre originale : ainsi, vous serez systématiquement cité dès que votre oeuvre sera reprise ou diffusée.
Mais, n’ayez aucune crainte, en aucun cas cette licence ne pourra permettre d’attenter au respect de l’oeuvre ou de son auteur (vous) : les droits moraux, inaliénables, empêchent toute dérive qui serait susceptible de vous porter préjudice.
Pour résumer, mettre une oeuvre sous licence libre vous assure une plus grande diffusion de votre oeuvre, une plus grande reprise de son contenu (il s’agit en quelque sorte d’un « droit de citation élargi ») et une plus grande renommée (vous assurant la paternité de vos oeuvres, et vous permettant surtout de toucher un public plus intéressant).

De nombreux portails vous permettent de déposer et promouvoir vos oeuvres. Sans être exhaustif :

* Pour la musique : Dogmazic.netBoxson.netKeopz.com
* Pour la littérature : InLibroVeritas.net
* Pour tous types d’oeuvres sous Licence Art Libre : Copyleft Attitude


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May 25, 2007

le Pacte du Logiciel Libre

Filed under: Textes — derkraken @ 8:36 am

Législatives 2007 : l’APRIL propose le Pacte du Logiciel Libre.

Dans le cadre de l’initiative candidats.fr, l’APRIL propose aux citoyens d’encourager les candidats aux élections législatives à signer Le Pacte du Logiciel Libre.

Le Pacte du Logiciel Libre est un document simple permettant aux électeurs de savoir quel candidat dans leur circonscription a conscience des enjeux du Logiciel Libre et s’est engagé à promouvoir et défendre les libertés qui y sont associées.

Le Pacte du Logiciel Libre est également un outil permettant à tous les citoyens attachés au Logiciel Libre de sensibiliser les candidats quant à la responsabilité qui sera la leur s’ils sont élus;

(…)

—-

Source : Billet d’annonce et de présentation du Pacte du Logiciel Libre

 http://candidats.fr/index.php/2007/05/24… l-april-propose-le-pacte-du-logiciel-libre

Références contenues dans le billet

I- Le Pacte du Logiciel Libre
 http://april.org/actions/le-pacte-du-log…

*Logos « J’ai signé le pacte du Logiciel Libre » destinés aux sites des candidats, formations politiques, associations, syndicats, …

 http://april.org/actions/le-pacte-du-log… tml

II – Compléments

*Coordonnées des candidats aux législatives 2007 (mise à jour collaborative, aide bienvenue)
 http://www.candidats.fr/legislatives2007…

*FAQ/How-to : comment briser la glace ? comment convaincre ?
 http://wiki.april.org/phpwiki/index.php/…

*Un argumentaire de base pour expliquer ce qu’est le Logiciel Libre et les enjeux
 http://wiki.april.org/phpwiki/index.php/…

*Un inventaire sur les menaces qui pèsent sur le Logiciel Libre
 http://wiki.april.org/phpwiki/index.php/…

*Les cahiers Candidats.fr Présidentielles 2007

 http://www.candidats.fr/index.php/2007/0… s-cahiers-candidatsfr

*Les réponses au questionnaire Candidats.fr Présidentielle 2007 (Bayrou, Besancenot, Bové, Buffet, Le Pen, Royal, Sarkozy, Voynet)
 http://www.candidats.fr/annuaire.php


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May 22, 2007

Engagez, rengagez vous!

Filed under: Textes — derkraken @ 10:57 am

Richard Stallman appelle les citoyens français épris de liberté
informatique à adhérer à l’APRIL.

Fondée en 1996, l’APRIL est devenue aujourd’hui l’acteur reconnu et
incontournable pour la promotion et la défense du logiciel libre. Pour
encore mieux promouvoir et défendre le logiciel libre l’APRIL a lancé
le samedi 19 mai 2007 une campagne d’adhésion [1] dont l’objectif est
d’atteindre les 1 500 adhérents et de permettre de renforcer son
équipe de permanents avant la fin de l’année. L’APRIL a besoin de
votre soutien.

Présent en France à cette occasion [2], Richard Stallman,
président de la Fondation pour le Logiciel Libre, a déclaré :

« L’APRIL joue en France un rôle fondamental et unique pour la
promotion et la défense du logiciel libre et de ses différents
acteurs. La liberté informatique est un enjeu de société et il est
essentiel, aujourd’hui plus encore qu’avant, de soutenir celle-ci en
rejoignant l’APRIL. J’encourage tous les citoyens épris de liberté
informatique à adhérer dès maintenant à l’APRIL »

De nombreuses menaces pèsent aujourd’hui sur le logiciel libre et les
biens communs informationnels : les brevets sur les logiciels, les
dispositifs de contrôle d’usage (DRM), la remise en cause de
l’interopérabilité ou la fausse interopérabilité, l’informatique
déloyale, la vente liée, les lois nationales créant de une insécurité
juridique comme DADVSI, les traités internationaux en préparation, les
campagnes de désinformation menées dans les médias ou dans le milieu
scolaire.

Simples utilisateurs de l’informatique et d’internet, vous utilisez de
plus en plus de logiciels libres sur vos ordinateurs les logiciels
libres sont par ailleurs indispensables au fonctionnement
d’Internet. Les logiciels libres permettent de s’équiper à moindre
coût, et sont donc, pour les populations les plus défavorisées, des
outils de lutte contre la « fracture numérique ». Ils garantissent un
meilleur respect des libertés individuelles face à l’informatique
déloyale consistant à dresser un profil de chaque utilisateur de
l’internet mais garantissent aussi l’indépendance technologique.

Développeurs de logiciel libre, la liberté d’exprimer votre créativité
en développant et diffusant des logiciels libres est un droit qui ne
doit être remis en question par aucune législation.

Voulez-vous apporter votre soutien à la sauvegarde des libertés
informatiques ? Un contre-pouvoir est necessaire pour defendre le
logiciel libre face à ses adversaires.

Rejoignez maintenant l’APRIL pour renforcer ses actions pour la
promotion et la défense du logiciel libre et pour intensifier une
dynamique gagnante [3]. Adhérer à l’APRIL ne vous engage pas à être
actif dans l’association.

Pour adhérer à l’APRIL c’est simple :
 http://www.april.org/association/adhesio…

Références :

[1] « Soutenez maintenant le logiciel libre – rejoignez l’APRIL »
 http://www.april.org/association/campagn…

[2] « Logiciels libres : un enjeu de société »
 http://www.april.org/groupes/csi/cycle-l…

[3] Au 19 mai 2007 l’APRIL compte 715 adhérents dont 641 particuliers,
45 entreprises, 28 associations et 1 établissement public. L’APRIL a
doublé son nombre d’adhérents en moins d’un an. L’APRIL a trois
permanents : un délégué général, une assistante de direction, un
chargé de mission.


APRIL
Soutenir le logiciel libre : http://www.april.org
01 46 49 25 15


Lettre d’information de l’APRIL
 http://www.april.org/wws/listinfo/april-…


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May 12, 2007

MANIFESTE ANARGEEK

Filed under: Textes — derkraken @ 8:47 am

Je suis un anargeek.

Geek, parce que j’appartiens sans conteste à cette catégorie de personnes qui prennent plaisir à utiliser, comprendre et modifier ces mystérieuses machines qu’on appelle ordinateurs.

Geek, donc, parce que je suis curieux de leur fonctionnement, des possibilités offertes par leurs programmes, et excité par d’autres qui n’ont pas encore été explorées, ou même imaginées.

Geek, parce que ces engins font partie de ma vie quotidienne, et se font simultanément horloges, chaînes hifi, bibliothèques, machines à écrire, à café, téléphones ou aides-mémoire… mais aussi et surtout vastes terrains d’expérimentation, de communication et de découverte.

Geek, aussi, parce que ma vie a intégré la communication numérique. Tous les jours ou presque, je lis mon courrier électronique, veille au bon fonctionnement des serveurs internet que j’utilise, entretiens le réseau que je partage, m’informe, apprends et échange par le biais des forums, mailing-lists et divers sites, discute et rencontre par irc, etc.

Geek, toujours, parce que le terme, insulte à l’origine, a été délicieusement réapproprié et positivé par la communauté qu’il désigne, à la façon d’autres “minorités culturelles”.

· · ·

Anar, parce que je rejette une société basée sur la domination des un-e-s sur les autres, et demeure persuadé qu’il est possible de se réaliser dans le respect de tout-e un-e chacun-e, par la pratique de l’égalité, de la solidarité et de l’autogestion.

Anar, donc, parce que je suis révolté par cet ordre des choses, qui impose exploitations, souffrances et morts quotidiennes, que je veux contribuer à bouleverser, par une implication dans des mouvements sociaux et une participation aux courants de remise en cause radicale du système.

Anar, parce que je tente d’expérimenter au quotidien mes idées, vers une autonomie vis à vis des normes sociales : refuser les sirènes de la consommation et de la compétition, enrayer l’aliénation et déconstruire les comportements dominants, développer des pratiques de vie égalitaires et collectives.

Anar, aussi, parce que je suis inévitablement critique et méfiant vis à vis de l’information “officielle”, commerciale et institutionnelle, qui formate notre vision du monde à coup d’omissions, de mensonges et déformations. Sans prétendre à l’objectivité, je veux chercher d’autres moyens de m’informer et de communiquer.

Anar, encore, parce que je déplore la paranoïa sécuritaire qui gagne la société en instrumentalisant ses peurs. Je refuse la criminalisation, le fichage, la répression déployés par les autorités contre les pauvres, contestataires et diverses “classes dangereuses”. Nous pouvons et devons nous y insoumettre!

· · ·

Anargeek, parce que j’entends combiner curiosité et savoir-faire technologiques avec volonté et pratiques éthiques et politiques. Si les idées donnent sens aux pratiques et les orientent, les pratiques nourissent et matérialisent les idées.

Anargeek, donc, parce que j’aspire à une société basée sur l’autodétermination, la libre coopération et l’intelligence collective. C’est dans ce sens que j’adhère au mouvement des logiciels libres, fruit de la collaboration volontaire de milliers de personnes de part le monde, permettant à quiconque de partager, mais aussi de modifier et de distribuer les programmes informatiques libres.

Anargeek, parce que je refuse d’être esclave d’un système politique comme d’un système informatique. Les états imposent leurs lois, les logiciels propriétaires leurs “standards”. Les premiers empêchent la contestation par la répression, les seconds l’alternative par les brevets. Je veux pouvoir autogérer ma vie, comme je veux pouvoir comprendre, modifier et créer mes outils.

Anargeek, aussi, parce que je veux résister à la consommation frénétique imposée par le capitalisme, qui ne cesse de produire et de manipuler, pour toujours jeter et gaspiller. Je récupère le matériel jugé obsolète pour le réanimer à coups de logiciels libres et pièces dépareillées; m’amuse à explorer les limites des machines démodées; tente d’intégrer créativité, imagination et expérimentations à mes pratiques électroniques.

Anargeek, parce que j’ai envie de bousculer certaines réalités et clichés qui collent aux milieux dans lesquels je suis impliqué. Si j’ai à coeur que les communautés militante et informatique alternatives puissent se rencontrer, c’est qu’il me semble primordial, notamment, de mettre à mal le sexisme qui sévit chez les geeks, d’avoir un regard critique sur l’ultra-spécialisation qui accompagne l’informatique, mais aussi d’ouvrir les milieux contestataires aux perspectives numériques, sur lesquelles ils sont si souvent fermés et cyniques.

Anargeek, encore, parce que l’informatique est aussi un excellent support d’information indépendante. Aussi puis-je participer à des réseaux de contre-info comme Indymedia, média autonome dispersé dans le monde entier, ouvert aux contributions de tou-te-s, cassant la frontière actrice/spectateur/journaliste, explorant des sujets boycottés ou maltraîtés par “l’information” de masse.

Anargeek, enfin, parce que je crois que les ordinateurs ne se résument pas à des instruments de fichage et d’aliénation, mais peuvent constituer des outils d’épanouissement, de communication et de transformation sociale. Je préfère partager mes savoirs plutôt que de jalousement les garder, en participant, par exemple, à des ateliers d’informatique alternative; ou à la mise en place d’outils et de “services” collectifs & non-marchands, tels que serveurs, accès internet, sites ouebs ou collectivisation de matériel…

· · ·

Ce “manifeste” n’a pas vocation de vous représenter. Libre à vous de le reprendre, tout ou partie, de l’adapter, de l’endosser ou de le rejeter. Parce qu’il y a autant d’anargeeks que d’individualités, j’encourage chacun-e à écrire et réaliser son manifeste, ses idées, son texte, son graffiti ou son ascii!

Contre le culte de la personnalité, les leaders et la passivité, tout le monde peut s’inventer et se réaliser!

décembre 2002,
darkveggy (mail | www).

· · ·

Contre le copyright, le copyleft! Ce texte est placé sous licence Creative Commons Atribution-NonCommercial-ShareAlike 2.0.


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INDEPENDANCE DU CYBERSPACE

Filed under: Textes — derkraken @ 8:41 am

“Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.

Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n’est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s’il s’agissait d’un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.

Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n’ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.

Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s’élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.

Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.

Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.

Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de contexte ne s’appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n’y a pas de matière.

Nos identités n’ont pas de corps ; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d’Or [de l’Ethique]. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.

Aux États-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.

Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont les habitants d’un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air dans lequel battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.

Vos industries de l’information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.

Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amis de la liberté et de l’autodétermination, qui ont eu à rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé.”

Davos (Suisse), le 8 février 1996.

John Perry Barlow
Electronic Frontier Foundation

Seule l’erreur a besoin d’un soutien gouvernemental. La vérité sait se défendre elle-même. Thomas Jefferson, Notes sur la Virginie.

Traduction de Jean-Marc Mandosio.

Titre original:”A Declaration of the Independence of Cyberspace”


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